Bilan

Le luxe se dispute la Bahnhofstrasse

A Zurich, les labels horlogers font de la surenchère pour s’installer sur l’une des avenues commerciales les plus chères du monde. Le prix du mètre carré atteint des sommets.

Les boutiques ont envahi l’avenue, chassant les commerces locaux et les restaurants.

Crédits: Gaetan Bally/Keystone

Au numéro  44 de la Bahnhofstrasse à Zurich, Adriano Maestrini fait figure de dernier des Mohicans dans sa boutique Brunos inaugurée en 1937. D’immenses cartons à chapeau ornent le haut des étagères. En vitrine, un peignoir en soie jaune et motifs cachemire voisine bretelles et nœuds papillons.

«Une ou deux fois par mois, je reçois des appels de la part d’enseignes qui convoitent mon emplacement. Mais notre loyer est supportable et nous voulons rester ici», témoigne Adriano Maestrini, petit-fils du fondateur. Son logo désuet est cerné par des marques prestigieuses: Burberry, Prada (qui doit ouvrir prochainement), Hublot, Chopard, Chanel… Dans cette zone jouxtant la Paradeplatz, les pas-de-porte atteindraient 5  millions de francs.

Pas de quoi décourager les marques horlogères. En 2011, la Chronométrie Beyer a ouvert un espace dédié à Patek Philippe. Autre grand détaillant, Türler a inauguré une boutique Blancpain dans un ancien magasin de fourrures. A proximité de Rolex, Jaeger-LeCoultre ou encore IWC, Breguet a repris le magasin de tapis Vidal et Piaget a remplacé l’un des plus anciens fleuristes de la ville.

Côté joaillerie, le britannique Graff a ouvert son point de vente l’année dernière après avoir piaffé pendant des années. Le bâtiment Credit Suisse héberge Bulgari. Cartier a trouvé un toit chez UBS. Entre les deux, Van Cleef & Arpels a ouvert son flagship store.

Chasse aux rendements

Sur le premier segment au départ de la gare de cette avenue de 1,2  kilomètre, les chaînes internationales de confection ont dévoré les commerces locaux et les restaurants. Ce tronçon est aujourd’hui investi par H&M, Claire’s et Zara – logé dans l’ancien magasin Bally devenu trop cher pour son occupant historique. Avide de meilleurs rendements, le propriétaire du bâtiment de Manor, l’assureur Swiss Life, a entrepris de chasser son locataire présentant des marges trop faibles.

Au-delà, dans la direction lac, la grande surface horlogère de sept étages Les Ambassadeurs marque l’entrée dans le monde du luxe. «Lorsqu’il y a un changement de locataire, le prix du mètre carré se négocie parfois jusqu’à 10  000 francs par an», confie Markus Hünig, président de l’Union de la Bahnhofstrasse zurichoise. Entre 2003 et le pic de 2013, le prix du mètre carré a fait un bond de 60% à 9000  francs, selon des chiffres de Wüest & Partner.

Au premier trimestre 2015, le prix était revenu à 8000  francs de valeur moyenne, ce qui maintient l’avenue dans le top 10 du cabinet Cushman et Wakefield des rues commerçantes les plus chères du monde. A Genève, le mètre carré pour un emplacement équivalent à la rue du Rhône ne vaut «que» 6800 francs par an.

Emblématique de cette ruée vers la Bahnhofstrasse, le rachat par Swatch Group du bâtiment abritant les boutiques Grieder. La marque horlogère l’a repris à Credit Suisse pour la somme record de 400  millions de francs à l’automne 2014. Aucun projet n’a été annoncé pour l’heure. «Notre bail court encore sur une dizaine d’années», indique Nicolas Brunschwig, directeur du groupe Bongénie Grieder. Sibyllin, Nick Hayek, patron du leader suisse de l’horlogerie, déclarait à la HandelsZeitung en mai dernier.

«L’immeuble offre un rendement de 2%. Ce n’est pas si mal, à l’heure où d’autres paient des taux négatifs. Nous ne voulons pas transformer l’immeuble en un palais horloger. Il existe beaucoup d’alternatives créatives pour animer la Bahnhofstrasse.»

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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