Bilan

Le FC Bâle, une passion sans égale en Suisse

Historiquement, le club de football bâlois est l’un des cinq grands de Suisse. Mais depuis dix ans, il l’est aussi sportivement.
  • Le stade du Landhof en 1953, soixante ans après le fondation du club. Crédits: Keystone
  • Hans Gamper, capitaine du FC Bâle et fondateur du FC Barcelone en 1899. Crédits: Keystone
  • Le blason de l’équipe. Un air de ressemblance avec le FC Barcelone. Crédits: Keystone
  • Le FCB hérite du stade Saint-Jacques après la Coupe du monde 1954 organisée par la Suisse. Crédits: Keystone
  • Le capitaine bâlois Karl Odermatt soulève la Coupe de champion de Suisse en 1973. Crédits: Keystone
  • Le stade mythique de Saint-Jacques en 1994. Les matches se vivaient ici très intensément. Crédits: Keystone
  • 1973. Le FC Bâle vit alors son âge d’or. Crédits: Keystone
  • 1973. Le FC Bâle vit alors son âge d’or. Crédits: Keystone
  • 1998. En route pour le sommet après des années de disette. Crédits: Keystone
  • 2001. Le nouveau St. Jakob-Park, signé Herzog & de Meuron, est inauguré le 15 mars. Crédits: Keystone
  • 2013. Les joueurs bâlois parviennent en demi-finale de l’Europa League. Une marche vers les sommets qui semble devoir ne plus jamaiss’arrêter. Crédits: Keystone
  • Christian Gross, entraîneur de 1999 à 2009. Crédits: Keystone
  • Les frères Yakin en 2002. Murat est aujourd’hui l’entraîneur du FCB. Crédits: Keystone
  • En 2011, Gisela Oeri (ci-contre) laisse la présidence du club à l’avocat d’affaires Bernhard Heusler. Crédits: Keystone
  • En 2011, Gisela Oeri (ci-dessus) laisse la présidence du club à l’avocat d’affaires Bernhard Heusler. Crédits: Keystone

C’est l’histoire d’un club vieux de 120 ans dont les plus hauts faits ne sont pas des coupes et des victoires. Dans l’imaginaire collectif, le FC Bâle c’est d’abord le club qui servit de modèle à son capitaine de l’époque, Hans Gamper, lorsqu’il fonda le FC Barcelone en 1899. Mêmes initiales, mêmes couleurs, rouge et bleu. Mais ce n’est pas le plus grand club du monde qui a copié le petit Suisse, c’est l’inverse. L’autre fierté du FC Bâle, c’est de compter parmi ses supporters le plus grand sportif actuel, Roger Federer, qui se rend aussi souvent que possible au Parc Saint-Jacques revêtu d’un maillot floqué à son nom.

Le FC Bâle, que les Bâlois désignent communément par ses initiales, FCB, ou par le plus affectueux Bebbi, n’est pas un club comme les autres. Et ce n’est pas qu’une question de palmarès. Sa domination outrancière sur le football suisse du XXIe siècle et son probable nouveau titre de champion de Suisse (le quatrième consécutif) cette saison font oublier que Grasshopper (27 titres nationaux, 19 coupes) et Servette (17 titres, 7 coupes) demeurent plus titrés. Même sa demi-finale européenne en mai dernier contre les Anglais de Chelsea (futurs vainqueurs de l’épreuve) n’est pas un exploit inédit. Dans un passé certes lointain, le FC Zurich puis le Grasshopper Zurich avaient déjà atteint ce niveau.

Mais le FC Bâle, comme la ville qu’il représente d’ailleurs, jouit malgré tout d’une aura particulière. Ici, on vénère autant Karl Odermatt, le capitaine de l’équipe des années 1970, que l’artiste Jean Tinguely. Ici, on peut débourser autant pour deux Picasso que pour les frères Yakin. Et le rapport fusionnel entre le club et les habitants est aussi une forme de chimie.

Il y a à la fois la foule des grandes agglomérations et la chaleur des fiefs de province, la simplicité des gens du Nord et la ferveur de ceux du Sud. Tous ceux qui se rendent une fois ou chaque fois au Parc Saint-Jacques – joueurs, entraîneurs, adversaires, arbitres, supporters – tous ont le sentiment de vivre le football comme il se vit à Liverpool, Dortmund ou Barcelone, d’être soudain transportés en Italie, en Angleterre ou en Allemagne.

Dans les travées toujours bondées du vieux Joggeli comme du nouveau, façonné par Herzog & de Meuron, la Suisse n’est plus ce pays de sports d’hiver, elle est, elle aussi, une place forte du ballon rond. Et là, le FCB est sans égal en Suisse.

Une annonce parue en 1893

Tout débute pourtant simplement par une petite annonce publiée le 12 novembre 1893 dans un journal bâlois. Sous le titre «Jeu de football», l’entrefilet invite «les amis du jeu de football à se présenter le mercredi prochain dans le hall supérieur de la Schuhmachern-Zunft dans le but de créer un club». Le mercredi suivant, 15 novembre 1893, onze volontaires répondent à l’appel.

Peu d’Anglais parmi eux – on sait que ce sont les voyageurs de commerce britanniques qui ont introduit le football en Suisse – mais beaucoup de sportifs, des rameurs notamment, désireux de parfaire leur entraînement à l’aide de ce nouveau sport à la mode. Ils sont rapidement rejoints par d’autres jeunes gens, si bien que le premier match du FC Bâle, le 20 novembre 1893, oppose l’équipe première à l’équipe réserve.

Un second match, contre un vrai adversaire cette fois, est joué – et gagné 2-0 – le 10 décembre de la même année contre la Realschülerturnverein Basel. Faute d’adversaires, le FC Bâle se frotte ensuite à ses premières expériences européennes: Strasbourg lui inflige un sévère 8-0 au printemps 1894.

Le club croît rapidement. En 1900, c’est  le deuxième plus important du pays (derrière Grasshopper déjà) avec 111 membres. Il participe dès la saison suivante au championnat national, fournit très tôt des joueurs à l’équipe de Suisse, accueille son premier joueur étranger (un Allemand), se structure, créé une section juniors mais peine à garnir son étagère à trophées. Hormis une Anglo Cup en 1913 (l’ancêtre de la Coupe de Suisse), son palmarès reste vierge durant un quart de siècle.

Les résultats financiers sont plus florissants. En 1923, un bénéfice de 3000 francs finance la création d’un bulletin d’information. Le public est déjà nombreux pour les grands matches. En 1924, 10 000 spectateurs se pressent au vieux stade du Landhof pour voir les maîtres uruguayens du Nacional Montevideo. Souvent placé, jamais gagnant, le FC Bâle entre au début des années 1930 dans l’ère du professionnalisme avec un déficit de 6100 francs. Mais son soutien populaire déjà fort lui vaut une source de revenus appréciable et, en 1933, après quarante ans d’existence, le FC Bâle domine enfin Grasshopper pour s’adjuger son premier trophée, la Coupe de Suisse.

Il faudra attendre dix ans pour fêter le premier titre. Guidée par l’entraîneur-joueur René Bader, l’équipe bâloise est une constellation de stars des fifties. Après la Coupe du monde 1954, que la Suisse organise, le club hérite du stade Saint-Jacques, une enceinte de béton pouvant contenir plus de 50 000 personnes. C’est un baril de poudre auquel il ne manque qu’une étincelle. La mèche blonde de Karl Odermatt, enfant du cru, va tout faire exploser. 

Mais l’incendiaire se nomme Helmut Benthaus. Avant de devenir le plus grand entraîneur du FCB (en poste durant dix-sept saisons), cet ex-international allemand (8 sélections, 0 but) n’est qu’un joueur de second ordre qui débarque en 1965, en fin de carrière. Il va se révéler un meneur d’hommes exceptionnel. Sous sa férule, le FC Bâle traverse les années 1970 comme une tornade.

Le club remporte le championnat en 1966, 1969, 1970, 1972, 1973, 1977 et 1980. Il ajoute deux Coupes de Suisse (1967 et 1975) et quatre finales à son hégémonie. C’est la grande époque des Beatles, de Woodstock, de l’amour libre. Bâle est le club le plus populaire, le plus fou, le plus chevelu. Les joueurs deviennent des rock stars mais demeurent de bons gars accessibles. C’est l’âge d’or du foot et Bâle est au sommet.

Le réveil sera douloureux. Helmut Benthaus part monnayer sa réussite à Stuttgart. Il revient trois ans plus tard mais le contexte n’est plus le même. Les joueurs ont changé, GC, Servette et Xamax ont mis le pied dans la porte. Le foot suisse et ses mécènes offrent alors les meilleurs salaires d’Europe à des stars internationales vieillissantes (Rummenigge, Stielike, Antognoni).

Il faut se ruiner pour suivre la cadence. A Bâle, les joueurs découvrent que le poids du public peut être une arme à double tranchant. La pression des tribunes accélère le déclin de l’équipe. En 1988, l’impensable se produit: le FC Bâle est relégué en ligue nationale B (l’actuelle Challenge League). Il mettra cinq ans à s’en sortir, usant les entraîneurs, jetant les vedettes comme des Kleenex usagés.

C’est finalement le Genevois Claude «Didi» Andrey qui ramène le FCB dans l’élite. Comme autrefois, le public accourt. Il n’avait jamais déserté complètement le stade Saint-Jacques, qui affichait les grands soirs un taux d’affluence à faire pâlir d’envie le rival Grasshopper.

L’empreinte de «Gigi»

Mais remonter est une chose, regagner en est une autre. La vraie renaissance bâloise se fera encore attendre. La date clé est 1999. Trois événements déterminants se déroulent simultanément: la construction du nouveau stade (achevée deux ans plus tard), l’arrivée à la vice-présidence de Gisela Oeri et l’engagement de l’entraîneur Christian Gross.

Epouse d’Andreas Oeri, un des héritiers d’Hoffmann-La Roche, «Gigi» Oeri va faire passer le FC Bâle dans une autre dimension. En douze ans, elle injectera 20 millions de francs dans des caisses structurellement déficitaires. Elle le fait pourtant sans jamais céder à un caprice, sans coup de folie pour s’offrir une star surpayée. Juste parce que le club en a besoin à ce moment-là. Elle convainc également d’autres amis fortunés de mettre la main au portefeuille pour financer certains transferts.

Impliquée dans les achats de joueurs, Gisela Oeri délègue l’aspect sportif à Christian Gross. Entraîneur à succès avec GC, le chauve importe tout d’abord la méthode zurichoise et débauche quelques joueurs clés pour apporter l’expérience européenne qui manque alors à Bâle. Il s’entoure également d’un staff technique digne des meilleurs clubs étrangers.

Sur les bords du Rhin, ils sont alors douze, tous anciens footballeurs de haut niveau, à gérer la vie sportive du club. Christian Gross développe un réseau de recruteurs, conscient que, même avec l’argent de Gigi, il est condamné à acheter malin, à percevoir le talent avant les autres. Mais Christian Gross s’aperçoit aussi que Bâle possède un potentiel bien supérieur à celui de GC. 

Le nouveau stade est inauguré le 15 mars 2001. Dès la saison suivante, le club réalise le doublé coupe-championnat, remportant son premier titre après vingt-deux ans de disette. Hasard? Absolument pas. Douze ans après, le St. Jakob-Park est à la fois le plus ancien et le plus moderne des nouveaux stades de Suisse. C’est le moins cher (220 millions) et le plus beau, le plus grand et le plus rempli, le plus fréquenté et le moins embouteillé. Il compte 33 commerces, un fitness et même un EMS. Bref, une réussite totale où le public se presse avant, pendant et après les matches. Envié par le voisin strasbourgeois, copié par Munich, il a lancé la renommée des architectes (bâlois) Herzog & de Meuron jusqu’à Pékin.

Plus de 600 000 personnes le fréquentent chaque année, ce qui assure au club 70% de ses recettes. Pour que le stade reste une fête, le club dépense chaque année 3 millions de francs pour la sécurité.

Une usine à talents

Avec un pareil outil, le FC Bâle est armé pour lutter sur la scène européenne, où il signe ses premiers exploits contre le Celtic Glasgow et Liverpool. Mais cette fois, le FC Bâle est aussi équipé pour survivre au départ de ses leaders. Gross s’en va, les frères Yakin s’en vont, les buteurs argentins Rossi et Gimenez s’en vont, mais Bâle ne quitte plus les premiers rôles.

Le club est devenu une entreprise de spectacle qui produit de jeunes joueurs de talent (Petric, Rakitic, Derdiyok, Shaqiri, Xhaka, demain Fabian Frei ou Stocker) et qui les vend. A Bâle, les tensions sont rares car les choses sont claires. Les talents arrivent, se mettent en valeur et partent. Ce n’est pas un hasard si le FC Bâle est le meilleur club formateur de Suisse. Le club y consacre 4 millions de francs par an et 10 entraîneurs professionnels. Les transferts ne servent qu’à combler un manque, répondre à un besoin ponctuel. Ils sont votés à cinq et jamais à chaud.

Lorsque l’avocat d’affaires Bernhard Heusler remplace Gigi Oeri à l’hiver 2011, le club reste tranquille. Idem lorsque l’entraîneur Heiko Vogel, tombeur pourtant de Manchester United la saison précédente, est débarqué à l’automne 2012. Murat Yakin, pilier de la première campagne européenne, le remplace et Bâle reprend sa marche vers les sommets. Celle-ci semble devoir ne plus jamais s’interrompre.  

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