Bilan

Le parcours original d’un autodidacte

De la présidence du loueur Hertz à celle de Compass Europe en passant par l’hôtellerie et la restauration, retour sur le cheminement d’Antoine Cau.

Le Français, établi en Suisse depuis une quinzaine d’années, pose sur la terrasse de son restaurant genevois.

Crédits: Lionel Flusin

Scolaire, Antoine Cau ne l’a jamais été. Il parvient néanmoins à entrer dans la modeste Université de Grenoble où il obtient un diplôme en gestion d’entreprise. Il débute dans la vie active en se voyant confier une petite agence de location de voitures à Avignon. Petit à petit, il va réussir à gravir les échelons chez Hertz, jusqu’à devenir le PDG de la division internationale (8000 collaborateurs).

Durant cette période qui a duré près d’un quart de siècle, le Français a d’abord dirigé avec succès l’agence de l’aéroport de Nice, la plus grosse de France en termes de chiffre d’affaires, avant de prendre en charge la Côte-d’Azur, puis l’Italie. Sa tâche fut d’y mettre à niveau la structure et l’image corporate.

Lorsqu’il récupère le marché français, Antoine Cau succède à un directeur hollandais qui avait diminué drastiquement le réseau Hertz. Une mesure qui débouchera sur un échec complet. Notre homme va alors s’ingénier à rouvrir le réseau et, surtout, à commencer une stratégie de partenariat. Son grand succès viendra de celui qu’il parvient à signer avec feu la compagnie aérienne Air Inter. Une offre de package est élaborée. «Ce n’était pas facile de convaincre ce groupe qui, quelque part, faisait partie de l’Etat français, lequel ne souhaitait pas conclure de contrat d’exclusivité avec des entreprises étrangères, se souvient-il. Nous avions essentiellement une clientèle d’hommes d’affaires et le marché de la location de voitures durant le week-end était quasi inexistant. Après un vaste travail, les volumes de locations se sont envolés grâce à des offres de prix extrêmement agressives.» Sa stratégie permet de faire de la filiale française la plus rentable du groupe Hertz après les Etats-Unis, avec une croissance de plus de 40% par an et ce pendant trois ans!

Interrogé sur la récente mise en faillite de Hertz par ses dirigeants, avec l’aval de son principal actionnaire (l’activiste multimilliardaire Carl Icahn est un de ceux qui ont inspiré Oliver Stone pour son film Wall Street, sorti en 1987), il ne mâche pas ses mots: «En six ans, pas moins de six CEO se sont succédé à ce poste, aucun n’ayant la moindre connaissance du métier de la location de voiture.» Et de relever d’autres «erreurs»: le niveau de la dette, lié au prix du rachat de Hertz (autour des 19 milliards de dollars), ainsi que le versement de gros dividendes aux principaux managers juste avant la mise au chapter 11… «C’est au manager d’assumer. Lorsque, après la 1re guerre du Golfe, ce marché s’est effondré, j’ai décidé de baisser mon salaire et demandé aux autres cadres supérieurs de faire des efforts, ce qu’ils ont tous accepté.»

Contacté à de multiples reprises par des chasseurs de têtes, du fait de son expérience internationale, il finit par accepter de devenir le grand patron du groupe hôtelier Forte. Ce dernier venait de faire l’objet d’une OPA hostile du conglomérat Granada. Rocco Forte avait succédé peu avant à son brillant père. Antoine Cau s’est retrouvé à réorganiser une entité comprenant environ 250 hôtels en fonction des marques plutôt que des marchés géographiques. De quinze marques au départ, Antoine Cau a rationalisé ces dernières à seulement quatre: Le Méridien (haut de gamme), Posthouse (3 étoiles), Heritage (environ 90 hôtels de charme au Royaume-Uni) et Travel-Inn (des budget hotels). Les hôtels ont été cédés en juin 2001 «à plus de dix fois l’Ebitda», se souvient ce Français établi en Suisse depuis une quinzaine d’années.

Une fois cette cession finalisée, Granada a souhaité se défaire aussi de son activité de restauration collective, pour se recentrer sur sa division média. Le géant Compass a acquis ce pôle et en a profité pour engager Antoine Cau et lui confier la présidence de la division Europe (France, Italie, Suisse, Belgique, Luxembourg, Maroc, Croatie). C’est dans ces circonstances qu’il est amené à venir fréquemment à Genève. La très faible présence de Compass sur le marché alémanique l’incite à mener le rachat, fin 2001, d’une série d’actifs dont se défait SAirGroup en pleine débâcle, soit Restorama (restauration d’entreprise) et Rail Gourmet (dans les gares). Le groupe britannique double alors de taille en Suisse. Antoine Cau le réorganise, avant de décider de prendre sa retraite pour venir s’établir avec sa femme en Suisse, à Coppet (VD).

Antoine Cau a décidé d’offrir 1000 repas aux «héros du Covid». (Crédits: Dr)

Soutien aux jeunes qui se lancent

Mais, au bout d’un an, il commence à sérieusement s’ennuyer. Il crée une structure de conseil pour acheter et vendre des entreprises: Antedman. En parallèle, il s’est organisé pour dégager du temps afin d’accompagner bénévolement des jeunes qui se lancent. C’est ainsi qu’il se retrouve aujourd’hui propriétaire du Bistrot de Charlotte, à la place des Bergues à Genève, après avoir aidé Bruno Josserand et Lionel Christen à monter le concept du restaurant qu’il a ensuite repris seul lorsque ces deux entrepreneurs ont souhaité voler de leurs propres ailes (ils gèrent trois restaurants aujourd’hui, dont le BEEF à Genève).
«Je les ai rencontrés par le biais d’une petite écurie de voitures de course que je sponsorisais et qui participait au Trophée Pirelli.»

Le Bistrot de Charlotte s’en sort plutôt bien, malgré le Covid-19. A ce propos, Antoine Cau a décidé de remercier les «héros du Covid» en leur offrant un repas de leur choix. L’opération se déroule sur dix mercredis soir et concerne tour à tour les médecins, les pharmaciens, les infirmiers, les aides-soignants, mais aussi les caissières, les nettoyeurs, les policiers, les pompiers, les facteurs, etc. A cette fin, il va offrir quelque 1000 repas. «Cette promotion a aussi un impact extrêmement motivant pour chacun des membres de notre équipe.»

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin 2019.

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