Bilan

Le négoce de vin a changé de visage

Il y a trente ans, l’ambitieuse maison neuchâteloise Amann Vins absorbait Orsat à Martigny. Entre-temps, le groupe a fait faillite tandis qu’Orsat a été sauvée par Rouvinez. Récit.

Jean-Bernard Rouvinez et Jean Gay, président du conseil d’administration des Caves Orsat, en 1998.

Crédits: Gilbert Vogt

En 1986, Albert Amann est à la tête d’un groupe qui fait plus de 150 millions de chiffre d’affaires. Il possède alors 50 hectares à Neuchâtel et loue 18 autres hectares, soit le cinquième du vignoble cantonal. Faute de successeur, il doit pourtant se résoudre à vendre Amann Vins. C’est Félix Rottermann, Alémanique ayant fait toute sa carrière à l’Union des associations agricoles de Suisse orientale, qui va lui racheter son domaine. 

Trois ans plus tard, en 1989, ce dernier se laisse convaincre de faire une excellente affaire en reprenant aussi la maison valaisanne Orsat, soutenue par le Crédit Suisse et présidée par le futur conseiller fédéral Pascal Couchepin. Orsat possède un centre d’embouteillage surdimensionné qui continue de peser lourdement sur les coûts. Toute la production d’Amann Vins quitte Neuchâtel pour Martigny. Mais la viticulture suisse est en crise. La détérioration de la branche, y compris en France où Amann Vins possède des domaines, finit par pousser cette dernière à déposer son bilan en mars 1994, avant d’être déclarée en faillite en avril 1994. 

Juste avant cette débâcle, Orsat avait octroyé un prêt de 13,5 millions en faveur d’Amann Vins, avec en guise de garantie les stocks de vins Amann, ce qui a provoqué le dépôt d’une plainte pénale. Avec la faillite d’Amann, la centrale Orsat a perdu un client qui pesait pour environ un tiers du chiffre d’affaires. Au printemps 1995, un accord de coopération est signé avec le groupe alémanique Garnier, filiale de la Fenaco, qui va utiliser le centre d’embouteillage de Martigny. L’année suivante, une vente à des producteurs sud-africains semble pouvoir apporter la solution pérenne tant attendue, sauf qu’en mai 1997, les dirigeants d’Orsat annoncent ne jamais avoir reçu les 15 millions prévus. Tout est à recommencer. 

Heureusement, une solution cantonale est trouvée durant l’été 1998. C’est finalement la famille Rouvinez qui va récupérer les installations du groupe Orsat, au grand soulagement de Credit Suisse qui portait à bout de bras une entreprise en mauvaise santé depuis des années. Certains observateurs estiment que les Rouvinez ont fait une excellente affaire en versant 14 millions pour Orsat (qui accuse alors 60 millions d’endettement). Ce rachat leur a permis de multiplier la production par quinze et de quasiment doubler la surface de vignes en propriété. En 2003, le groupe Rouvinez s’est porté acquéreur de 50% de la maison Imesch, avant d’en devenir l’unique actionnaire dès 2014. 

De 90 à 110 hectares

En novembre 2004, on apprend que Félix Rottermann et ses deux coactionnaires sont blanchis par la justice après dix ans de procédure. La saga du groupe Rouvinez Vins peut se poursuivre. En juin 2009, il reprend la doyenne des maisons de vins du Valais, Charles Bonvin & Fils. Rouvinez devient le plus important propriétaire privé de vins du Valais, passant de 90 à 110 hectares de vignes.  C’est à la même époque que le groupe Schenk parvient à s’emparer, par le biais de sa société fille Obrist, de la maison Badoux à Aigle. L’entreprise vaudoise est le plus gros négociant de Suisse. Avec ses domaines valaisans, il se place au troisième rang des producteurs valaisans, derrière la coopérative Provins et Rouvinez. Enfin, la famille Rouvinez est entrée au capital-actions des Fils de Charles Favre SA en 2015. 


«L’expansion d’un petit empire»

En 1989 Avec ses nouveaux propriétaires, trois privés alémaniques, la maison neuchâteloise Amann Vins partait il y a trente ans à la conquête de la planète viticole. Elle avait posé ses jalons dans le Beaujolais (avec Aujoux & Cie), en Allemagne et plus récemment en Valais avec Orsat à Martigny. «Nous avons l’intention de constituer une société Amann Vins International pour renforcer notre présence et nos ventes en Europe», résume Fritz Rottermann, ex-dirigeant de l’Union des associations agricoles de Suisse orientale (VOLG).

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

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Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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