Bilan

Le milliardaire indien qui défie Amazon

L’homme le plus riche d’Asie a déjà bouleversé la téléphonie mobile. Le magnat Mukesh Ambani investit désormais des milliards pour révolutionner le commerce électronique.

(Crédits: Indranil Mukherjee/AFP)

Mukesh Ambani a les dents longues. L’homme le plus riche d’Inde et par extension d’Asie – sa fortune est estimée par Forbes à 50 milliards de dollars – a annoncé en octobre à Mumbai la création d’un géant de l’e-commerce. Quinze milliards de dollars seront investis dans une holding détenue par son groupe Reliance Industries. Elle chapeautera ce secteur, ainsi que celui de la téléphonie mobile via l’entreprise Jio. Celle-ci dispose déjà d’un capital de 9 milliards de dollars, mais elle est endettée à hauteur de 22 milliards.

Un marché de 160 milliards

Pour le magnat indien, l’objectif de cette opération est double. D’une part, Jio sera sans dette dès fin mars 2020. D’autre part, en accélérant le développement de l’e-commerce, il veut concurrencer Amazon et Flipkart, entreprise indienne créée en 2007 détenue majoritairement par Walmart. Le marché visé en Inde est immense. Selon une étude de Morgan Stanley, il devrait atteindre 160 milliards en 2026, contre 36 milliards aujourd’hui. Le commerce de détail est essentiellement formé de millions de petites échoppes, appelées kiranas en Inde, alors que les grandes chaînes ne représentent que 10% du secteur. Très peu de kiranas disposent de terminaux de paiement électronique. L’objectif de Mukesh Ambani est de casser le marché en proposant des commissions nettement moins élevées que les solutions actuelles.

La stratégie disruptive de Mukesh Ambani a déjà fonctionné avec la téléphonie mobile. En trois ans, Jio a réussi à attirer 355 millions de clients. Des tarifs abordables, avait-il promis avant de lancer ses offres de téléphonie mobile. «En fait, il les a lancées gratuitement, entamant ainsi une violente guerre commerciale avec les opérateurs rivaux. Ces derniers l’ont accusé de subventions croisées déloyales dans son nouveau business via des fonds provenant d’autres entités de son empire (Reliance Industries, ndlr). L’offre gratuite était une tactique classique de Reliance, un mélange de populisme cru avec une volonté d’endurer des pertes sévères, aussi longtemps que les concurrents souffrent en chemin. Cette affaire s’est révélée naturellement très populaire, permettant à Jio d’attirer 100 millions de clients en six mois», raconte James Crabtree, ancien correspondant du Financial Times à Mumbai, dans son livre The Billionaire Raj*(Oneworld Publications), consacré aux milliardaires indiens.

L’entrée de Jio sur le marché des télécoms avait déjà fait l’objet d’une controverse. La licence avait été remportée par Infotel Broadband (Infotel), entreprise peu connue, pour deux milliards de dollars, alors que sa valeur n’était qu’une fraction de ce montant. Dans la foulée, Reliance s’est emparée d’Infotel. Les activistes anti-corruption ont alors accusé Mukesh Ambani d’avoir utilisé une entreprise tierce pour avancer masqué, ce qu’il a bien évidemment nié. Ses détracteurs estiment aussi que ses liens avec le président indien Narendra Modi lui permettent d’obtenir des faveurs, tout comme son père avait réussi à se faire un réseau proche du pouvoir politique à Delhi, en partant de rien.

«Changer une nation»

En visant les petits commerces, tout comme Jack Ma avec Alibaba en Chine, Mukesh Ambani, 62 ans, veut laisser une trace indélébile dans l’histoire économique de l’Inde, distincte de celle de son père dans le pétrole et la pétrochimie. «Laisser sa propre marque nécessite le lancement d’un vaste projet qui lui est totalement propre et son exécution à une échelle capable de changer une nation, comme son père l’avait fait avant lui. (..) On peut donc presque s’attendre à ce qu’il se comporte de manière irrationnelle pour dépenser n’importe quelle somme d’argent. Car il ne peut pas se permettre de perdre», souligne James Crabtree. Quand on parle de n’importe quelle somme, des rumeurs ont avancé que l’immeuble de 27 étages qu’il s’était fait construire à Mumbai valait un milliard de dollars. Quant au mariage de sa fille en 2018, il lui aurait coûté cent millions.

Daniel Eskenazi

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