Bilan

Le groupe Manor devient SDF à Zurich

Tout un symbole. Le grand distributeur bâlois est chassé de son magasin phare de la Bahnhofstrasse zurichoise, alors qu’il subit une restructuration drastique.

Swiss Life, propriétaire du bâtiment, veut en tirer un meilleur rendement.

Crédits: Eduard Meltzer/Manor

La période est sombre pour le groupe Manor. A Zurich, le grand magasin est chassé de son navire amiral de la Bahnhofstrasse par son bailleur, l’assureur Swiss Life qui souhaite retirer davantage de rendement du bâtiment. Quelque 290 collaborateurs sont touchés par la fermeture.

Devenue SDF à la fin de janvier, la filiale de la holding genevoise Maus Frères cherche un nouvel emplacement de 5000 à 6000 m2 dans le centre-ville de a Limmat, à un prix abordable bien sûr. Autant dire: mission impossible.

La fermeture de ce commerce suscite l’indignation de la population qui souhaite continuer à pouvoir acheter du shampooing dans le centre-ville et pas seulement des vêtements Chanel. Directeur de Manor, Jérôme Gilg affirmait à la NZZ am Sonntag: «Le centre-ville se vide lentement et c’est un problème pour le commerce de détail.»

Ce revers intervient alors que le distributeur basé à Bâle affronte une crise sans précédent et annonce une restructuration drastique. A terme, il ne devrait rester que 28 unités de vente regroupant 60 magasins au total (chaque unité regroupant deux à trois magasins), contre 61 magasins actuellement. La réorganisation touche une douzaine de directeurs et une quarantaine d’employés sur un effectif total de quelque 9500 collaborateurs. Manor s’avère leader suisse des grands magasins avec une part de marché d’environ 60%, selon l’entreprise. Mais les ventes s’érodent. En Suisse romande et au Tessin notamment, la frontière toute proche favorise le tourisme d’achat qui pèse lourd sur les résultats. Le groupe exploite encore 31 Manor Food et 28 restaurants Manora.

En parallèle, une trentaine d’emplois doivent être créés dans le commerce en ligne. Objectif: faire passer la part de l’e-commerce de 5 à 20% du chiffre d’affaires total d’ici à 2025. Une mission qui s’annonce périlleuse alors que la concurrence a pris beaucoup d’avance. Migros Digitec Galaxus vient d’annoncer des ventes dépassant le milliard de francs pour 2019, tandis que le géant américain Amazon ratisse le marché helvétique. Manor prévoit aussi de se lancer dans la confection, défiant sur ce marché le poids lourd allemand Zalando qui réalise déjà des ventes équivalentes à celles d’H&M en Suisse.

Les fermetures chez Manor touchent en priorité la Suisse alémanique. En Suisse romande, le grand magasin de Delémont supprime son supermarché alimentaire et cherche un nouveau locataire pour cette activité. Dix-neuf collaborateurs sont concernés. La stratégie est la même à Liestal (Bâle-Campagne). En Valais, les filiales de Sion et Sierre n’auront plus qu’un seul directeur. Les sites de Morges, Lausanne, Sierre, Sion et Vevey feront quant à eux l’objet d’un investissement de 15 millions de francs.

Alliance avec Globus?

C’est paradoxalement l’économie du loyer du magasin phare zurichois qui doit permettre à Manor de compenser les pertes financières de l’année en cours. Le groupe a prévu entre 50 et 70 millions de francs d’investissement en 2020. D’après un communiqué de presse, Manor veut s’imposer comme le premier grand magasin de Suisse en combinant le commerce en ligne et la papeterie.

Par ailleurs, de son côté, le groupe Migros cherche à vendre l’enseigne Globus. Une alliance est-elle en vue? «Une fusion avec Globus n'est pas prévue», répond Sofia Conraths, chargée de communication chez Manor. Egalement propriétaire des marques Lacoste, Gant et Aigle, la maison mère Maus Frères Holding a déjà vendu la chaîne d’articles de sport Athleticum au groupe français de grande distribution Decathlon en 2018.

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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