Bilan

Le Botswana, la «Suisse de l’Afrique»

Le petit pays, devenu riche grâce aux gisements de diamants, a su éviter les conflits et imposer une véritable démocratie. Le président de la République explique son fonctionnement.

Mokgweetsi Masisi a été élu président du Botswana le 1er avril 2018.

Crédits: Monirul Bhuiyan/AFP

Lorsque les colons anglais accordent son indépendance au Botswana, en 1966, ce pays était l’un des plus pauvres de la planète (70 dollars annuels per capita). Mais la chance lui sourit. A peine les Britanniques partis, le diamantaire De Beers détecta d’importants gisements qui offrirent progressivement l’autosuffisance à ce pays, avec aujourd’hui un revenu annuel de 18 000 dollars par habitant. 

Depuis l’ouverture de la mine de Jwaneng en 1982, le Botswana est même devenu le 2e producteur mondial, derrière la Russie. Là encore, un coup de chance. La mine fut en effet découverte grâce à des termites qui creusèrent profondément dans le sol pour y trouver de l’eau en pleine sécheresse et en remontèrent de la roche diamantifère. 

Ce pays enclavé d’Afrique australe, grand comme l’Ukraine (sans la Crimée), à 70% désertique et peuplé de seulement 2,2 millions d’habitants, majoritairement chrétiens, offre l’autre particularité d’être une authentique démocratie. Stable politiquement, exempt de prisonniers politiques et en paix, le taux de corruption du Botswana est le plus bas d’Afrique (comparable au Portugal) et lui vaut le surnom de «Suisse de l’Afrique». Et c’est justement chez nous que son président en fonction depuis avril 2018, Mokgweetsi Masisi (55 ans), s’est rendu. Arrivé par un simple vol régulier pour ce voyage officiel fin octobre, il a été reçu par le président Alain Berset et a rencontré de nombreux chefs d’entreprise allant de la banque à l’agriculture (le Botswana est une importante terre d’élevage) en passant par l’industrie de précision et, bien sûr, la haute joaillerie. 

Comment expliquez-vous que le Botswana soit un ilôt démocratique en Afrique?

Les traditions ancestrales de notre pays sont ancrées dans le respect des décisions collectives. Le pouvoir a toujours été limité par la «Kgotla», assemblée garantissant la libre concertation collective au sein des villages, avec égalité de droit à la parole, et disposant du pouvoir de révoquer le chef despotique. Sur le plan judiciaire aussi, notre pays possède une longue tradition sophistiquée de conciliation et rechigne à l’usage de l’emprisonnement. Quant à la peine de mort, elle n’a jamais été permise. La démocratie, le multipartisme, le respect de la parole minoritaire, tout cela n’a eu aucun mal à se retrouver en correspondance avec nos traditions.

Comment se fait-il que la richesse minière n’ait pas engendré de conflits, comme c’est le cas ailleurs en Afrique?

Nous avons toujours privilégié une gestion prudente de cette richesse, sous le contrôle très strict de nos institutions anticorruption, et en prenant soin de la réinvestir dans le développement du pays. Les résultats sont là, même s’il reste beaucoup à faire, notamment en termes d’investissements soutenant la diversification de notre économie ainsi que le développement commercial. Le Botswana est, par exemple, un hub idéal vers des marchés avoisinants de plus de 300 millions de consommateurs.

Votre pays prospère attire beaucoup d’immigration, comment voyez-vous cela?

Chez nous, les immigrés doivent se sentir comme chez eux, mais toute personne qui s’expatrie a la responsabilité d’apporter une valeur au pays d’accueil, comme elle le ferait pour son propre pays d’origine, à moins qu’il ne s’agisse de réels réfugiés politiques. Mais les pays d’accueil ne doivent pas appauvrir les pays dont viennent les immigrés, sinon ces derniers leur réexporteront cette pauvreté. Il y a encore beaucoup d’écarts à résorber: nous respirons le même air et personne ne peut en priver quiconque à son seul profit. 

Arnaud Dotézac

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