Bilan

«L’argent permet de réaliser ses rêves»

Le milliardaire Frederik Paulsen est sur tous les fronts: la recherche médicale, la sauvegarde des pôles, la Russie, la philanthropie et les vins. Rencontre dans son QG de Saint-Prex (VD).

  • Le Suédois aimerait «redonner l’envie aux femmes d’enfanter».

    Crédits: Ferring/dr
  • L’explorateur (lors de son expédition «Last degree» au pôle Sud en 2013)...

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  • ... possède plusieurs vignobles (ici en Georgie)

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Président non exécutif de Ferring Pharmaceuticals, Frederik Paulsen ne souhaite pas tant parler de lui ou revenir sur les nombreuses affaires qui ont ébranlé l’actualité politique vaudoise l’an dernier. Le consul honoraire de Russie en Suisse préfère évoquer les problèmes d’infertilité croissants que connaît la population mondiale – «et dont personne ne parle» –, en partie liés aux nouveaux modes de vie des couples. En cause, des facteurs tels que la consommation de tabac et d’alcool, la fatigue, le stress, la prise de certains médicaments, les troubles alimentaires et la présence en continue d’ondes électromagnétiques. Des difficultés qui sont également probablement liées, selon l’homme d’affaires, au fléau qu’est la pollution plastique.

Ainsi, un couple sur six aurait du mal à avoir un enfant aujourd’hui. Sans compter que les femmes sont de plus en plus frappées par des problèmes d’endométriose, de troubles de l’ovulation, d’obstruction des ovaires ou encore de troubles hormonaux. Les hommes, dont les problèmes de stérilité augmentent avec les années, rencontrent, quant à eux, de plus en plus de problèmes liés aux troubles de l’éjaculation, de l’érection et de la qualité de leur sperme.

Un domaine de prédilection de la société Ferring qui mène des recherches dans ce domaine depuis des décennies car «l’enjeu de santé publique est majeur pour la survie de la population», estime Frederik Paulsen. Grâce à ses traitements, le groupe de 6500 collaborateurs dans le monde a favorisé quelque 1,5 million de naissances.

Père de cinq enfants, le Suédois qui aimerait tant «redonner l’envie aux femmes d’enfanter» entend également faire de sa société le leader incontournable du secteur. Le groupe s’est aussi lancé dans la recherche autour du microbiome et de la thérapie génique. L’interview, au siège mondial de Ferring à Saint-Prex (VD), s’est déroulée à la suite de la séance du conseil d’administration du groupe.

Quel est votre cheval de bataille aujourd’hui? La pérennité de votre entreprise? La sauvegarde des pôles? Redorer l’image de la Russie auprès de l’opinion publique?

La pérennité de mon entreprise est mon objectif premier. J’aimerais trouver les moyens de la préserver tout en la développant. Cela passera sûrement par la création d’une fondation. Je souhaite préciser que le profit n’est pas mon principal objectif, même si j’ambitionne de doubler le chiffre d’affaires de la société dans les prochaines années, en passant de 2 à 4 milliards de francs.

A la suite du financement de la campagne de la socialiste vaudoise Géraldine Savary, vous avez été quelque peu malmené par la presse suisse. Que retenez-vous de cette expérience?

Il y a une grande majorité de professionnels dans le monde des médias… et une petite minorité qui laisse l’émotion l’emporter sur le rationnel… Ces histoires ont plutôt affecté ma famille et mes employés. Personnellement, cela ne m’a pas tant touché et je préfère parler de mon entreprise que de moi.

Vous soutenez cependant volontiers des politiciens. Vous l’avez notamment fait en Grande-Bretagne avec des opposants au Brexit…

Oui, j’ai fait un grand effort pour essayer de faire changer l’avis des Britanniques sur le Brexit. Je crains, en effet, que la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne ne soit une tragédie pour l’Europe.

Vous avez dit reverser 80% de vos revenus annuels à des donations. Un montant qui se chiffre en dizaines de millions de francs par an. Quelles sont les causes que vous soutenez?

La plus importante, c’est l’environnement et la recherche dans les régions polaires. J’aide aussi le Bhoutan. En Suisse, on aide des chaires universitaires, en Allemagne, la culture, et en Russie la démographie.

Après avoir été décoré par Poutine en 2007, vous venez de recevoir une nouvelle médaille à Moscou…

Grâce à mon engagement durant des années auprès de la société impériale russo-palestinienne, nous avons pu construire un hôpital à Bethléem. La société m’a ainsi décerné la plus haute distinction commémorative, l’Ordre du grand-duc Serge Alexandrovitch le 22 octobre à Moscou.

Vous êtes président non exécutif de Ferring Pharmaceuticals. Pouvez-vous prendre les décisions stratégiques pour l’entreprise?

Nous venons de terminer notre conseil d’administration. Ce sont des heures de discussions afin de prendre les bonnes décisions. Je veille à ce que les valeurs institutionnelles soient respectées. En règle générale, les administrateurs m’écoutent. C’est ensuite la direction exécutive qui prend les décisions pour l’activité de tous les jours.

L’entreprise croît chaque année. Quels sont vos objectifs?

Quand nous nous sommes installés en Suisse, ce n’était pas uniquement pour des raisons fiscales mais aussi parce que notre concurrent principal Serono était basé ici. Notre objectif a toujours été de le dépasser. Aujourd’hui, nous rêvons d’être le leader incontournable dans le segment «médecine de la reproduction et santé de la femme» qui représente la moitié de notre chiffre d’affaires global.

Vous êtes aussi un grand amateur de vin et possédez des vignobles en Allemagne, Autriche et Géorgie. Pourquoi avoir choisi ces régions?

A chaque fois, cela a été la conséquence de rencontres, notamment en Géorgie et en Autriche. En Allemagne, j’ai acheté des vignes dans l’île de Föhr dans la mer du Nord, d’où vient ma famille. C’est, depuis, devenu une attraction pour les touristes.

Cela vous intéresserait-il d’acheter un jour un vignoble en Suisse?

Absolument. Cela fait partie de mes objectifs…

Vous êtes aussi un fin gastronome. Pourriez-vous investir un jour dans la restauration?

J’ai déjà eu un restaurant géorgien à Paris, aux Halles. Ça a été très difficile de le gérer et je ne pensais pas que l’on pouvait perdre autant d’argent avec un restaurant.

Quel rapport avez-vous avec l’argent?

L’argent permet de mettre en œuvre ses rêves.

Adhérez-vous à la campagne «The Giving Pledge», lancée par Warren Buffett et Bill Gates, qui encourage les personnes les plus fortunées à donner la majeure partie de leur argent à des causes philanthropiques?

Non, je préfère donner mon argent aux causes que je choisis.

Vous avez cinq enfants. Est-ce un risque de léguer des milliards à ses enfants?

Oui et beaucoup d’enfants ont malheureusement été détruits par la richesse de leur famille. Mes enfants ont, grâce à leur mère, une relation saine avec l’argent.

Quelle est la chose dont vous êtes le plus fier aujourd’hui?

Je suis justement très fier de mes enfants. Ils ont très bien démarré dans la vie et j’espère qu’ils vont continuer ainsi.

Une chose que vous regrettez?

De ne pas avoir su garder ma famille intacte. Avec le recul, je trouve que l’on se sépare beaucoup trop facilement de nos jours.

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

Lui écrire

Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève (IHEID) en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l'Université de Genève. Après avoir hésité à travailler dans une organisation internationale, elle décide de débuter sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Depuis 2010, Chantal est journaliste pour le magazine Bilan. Elle contribue aux grands dossiers de couverture, réalise avec passion des portraits d'entrepreneurs, met en avant les PME et les startups de la région romande. En grande amatrice de vin et de gastronomie, elle a lancé le supplément Au fil du goût, encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal est depuis 2019 rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan et responsable du hors série national Luxe by Bilan et Luxe by Finanz und Wirtschaft.

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