Bilan

L’agence Cornelius rejoint la galaxie DLG

Le secteur du marketing vit une période de concentration. A Genève, l’agence Cornelius, très active auprès des PME et des startups, rejoint le giron de Digital Luxury Group (DLG), dont le focus est plus fort sur les marques et entités internationales.

Cyril de Bavier et David Sadigh ont scellé la transaction qui a vu Cornelius rejoindre Digital Luxury Group.

Crédits: DR

Avec la crise liée au Covid-19, nombre de sociétés actives dans le marketing sont fragilisées: la chute des budgets de leurs clients fait peser de graves menaces sur leur viabilité. Et la concentration dans le secteur, engagée depuis plusieurs années, devrait s’accélérer dans les mois à venir. Cependant, si l’annonce est tombée le 27 août, le mariage entre deux acteurs genevois du secteur, Cornelius et DLG, a été acté avant le déclenchement de la crise, entre deux entités en pleine croissance. Et même les tourments des derniers mois n’auraient pas affecté la bonne marche des affaires, selon les dirigeants.

A l’origine, voici deux jeunes sociétés genevoises (Cornelius est née en 2016, DLG en 2011), l’une plutôt active sur les PME et startups romandes, l’autre davantage axée sur l’industrie du luxe à l’international (DLG a son siège à Genève mais des entités à Shanghaï et New York).

«Nous avons créé Cornelius en 2016. Pendant trois ans et demi, nous nous sommes développés en accompagnant surtout des PME et des startups, essentiellement localement, raconte Cyril de Bavier, co-fondateur de Cornelius. Notre mantra était de servir les objectifs business du client, en essayant de toujours comprendre et coller au mieux à ses objectifs. Nous aimons décrire Cornelius comme un accompagnateur de croissance». Au départ, l'entreprise était dirigée en duo avant que l'un des collaborateurs ne prenne le lead. Et ce modèle a permis à la jeune agence de consolider sa croissance… jusqu’à ce que ce capitaine annonce, en décembre 2019 à Cyril de Bavier son intention de changer d’orientation professionnelle. «Il nous fallait dès lors soit trouver un nouveau capitaine, soit repenser le modèle», admet le fondateur.

Un ancrage local pour DLG

Parmi l’éventail de solutions, l’une d’entre elles se détache assez rapidement: s’appuyer sur un groupe plus puissant et aux activités complémentaires, mais partageant des valeurs similaires. Or, Cyril de Bavier avait rencontré au sein du réseau YPO (Young President’s Organization) un autre jeune dirigeant genevois du secteur: David Sadigh. «J’ai écrit à David un matin et lui ai proposé de se voir, l’après-midi même nous avons discuté pendant deux heures. Je lui ai expliqué la situation de Cornelius et ce que nous souhaitions. Il y a eu des discussions pendant deux semaines en décembre, puis un mois en janvier, avant une rencontre avec les équipes. Nous avons fait en sorte que tout le monde s’identifie au nouveau projet: nous n’étions pas dans une logique de concours de beauté, mais nous voulions un partenaire avec qui nous mettre à nu et trouver un compromis qui assure la pérennité des équipes, des clients et de la marque», précise Cyril de Bavier.

Du côté de DLG, ce type d’opération n’est pas une première. Dès 2014, Digital Luxury Group avait racheté la société française Luxury Society. Mais il s’agissait à l’époque d’une entreprise active dans le même secteur. Avec Cornelius, ce n’est pas le cas. Un frein pour David Sadigh? «Absolument pas, bien au contraire! Nous avons vite réalisé que Cornelius avait des clients variés, un ancrage local que nous n’avions pas chez DLG. Or, on se demande tous comment avoir un impact positif sur l’emploi, la qualité de service digital de sociétés de petite taille. Nous nous sommes dit que Cornelius possédait des compétences intéressantes en termes de stratégie et communication: un pôle PR et éditorial, un pôle design, un pôle vidéo… Nous avons vu une intégration et des synergies fortes entre ces trois pôles. Il y avait les moyens d’une startup, avec l’agilité de la structure et des compétences identifiées: ça nous a convaincus qu’on pourrait offrir un service intéressant à nos clients», détaille David Sadigh.

Avec une clientèle active dans immobilier (Swissroc Group), le secteur de l’alimentaire et de la restauration (M3 restaurants, Shelter CH,…), les institutions financières (banque Heritage, e-Potek,…), les études d’avocats,… Cornelius présente une complémentarité évidente avec les activités de DLG. Au sortir de l’hiver, le rachat prend donc forme. Mais avant de finaliser la transaction, Cyril de Bavier entend consulter et impliquer ses collaborateurs.

Audrey Ramat. (DR)
Audrey Ramat. (DR)

«Tout le monde avait envie de faire passer Cornelius à la vitesse supérieure. Nous étions en mode startup et à présent nous bénéficions d’un cadre, de l’assise et de la renommée de DLG ainsi quede l’opportunité de travailler pour des clients internationaux. Cela, en continuant avec nos clients de toujours, tout en leur offrant de nouvelles compétences, notamment dans des domaines comme les data analytics et la performance marketing. Nous avons une force de frappe désormais plus importante pour le client. Tout le noyau dur de Cornelius a vu les avantages etadhéré à cette proposition», témoigne Audrey Ramat, spécialiste de l’éditorial et du secteur des relations presse chez Cornelius. Une fois cette adhésion des équipes trouvée, Cyril de Bavier enclenche donc définitivement la procédure qui aboutit au 1er mars.

Le digital et le local face à la crise

«Nous avons racheté les actifs de Cornelius, la marque, le fonds de clients… Notre objectif? Développer la clientèle locale tout en maximisant les synergies au profit de la clientèle DLG en rajoutant les compétences de production fréquemment demandées. Nous avons déjà plusieurs clients qui ont fait appel aux services de Cornelius comme UBP, Watches & Wonders. Nous pensons que dans les six à douze mois à venir, plus de la moitié de nos clients feront appel à ses compétences », esquisse déjà David Sadigh. Et pas question pour lui de faire disparaître la marque Cornelius: les équipes de l’agence ont rejoint les collaborateurs de DLG dans les locaux face à la gare des Eaux-Vives, mais conservent leur autonomie.

Cornelius a rejoint DLG face à la gare des Eaux-Vives. (DR)
Cornelius a rejoint DLG face à la gare des Eaux-Vives. (DR)

Deux semaines après la signature effective de la vente, la Suisse entrait dans l’ère du semi-confinement lié au coronavirus. Avec les conséquences désastreuses que cela a eu sur l’activité de nombreuses entreprises, et les répercussions sur les acteurs du marketing. Du côté de DLG et Cornelius, sans fanfaronner, les dirigeants estiment avoir tiré leur épingle du jeu: «Pendant cette crise, le vecteur online est tout ce qui est resté pour de nombreuses entreprises. Cornelius a pu accompagner des clients sur ce mouvement, et notamment des acteurs en pleine croissance, comme l’entreprise de livraison de repas MagicTomato», se réjouit Cyril de Bavier. Et David Sadigh de renchérir: «Nous avions anticipé la tendance du retour au local, observée ces derniers mois, avec des projets qui avaient un ancrage suisse. J’étais attaché à ça. Mais, très clairement, l’intégration de Cornelius amplifie cela. Et ça me fait très plaisir de savoir que notre entité renforcée contribue à l’essor de l’économie locale.»

Au terme de cette période d’essai dans un contexte tumultueux, le rapprochement devient officiel et public en cette fin d’été. Mais comment s’appuyer sur cette opération pour développer l’activité à long terme? «Je le vois comme un mariage: pour que ça joue, il faut que beaucoup de conditions soient réunies. Quand des entrepreneurs sont amenés à vendre, il y a généralement une raison (départ en retraite, difficultés, limites du modèle). Ici, nous avons eu un cas différent avec Cyril qui a une entreprise solide avec SwissRoc: l’agence Cornelius était une activité distincte. Il y avait la volonté que ce bébé, qui avait bien grandi depuis 2016, puisse trouver un parrain pour l’aider à se développer sereinement. Et c’est là que DLG intervient», analyse David Sadigh. Une consolidation qui pourrait se traduire par de nouveaux recrutements: «On démarre sur les compétences historiques de Cornelius, mais on recrute aussi plusieurs de nouveaux postes», souffle le CEO de DLG. DLG compte aujourd’hui une centaine de collaborateurs répartis entre ses bureaux de New-York, Shanghai et Genève, dont huit évoluent au sein de Cornelius, sans compter le recrutement en cours de ces nouveaux profils.

A plus long terme, David Sadigh n’exclue pas d’autres acquisitions dans les années à venir, «car il faut de plus en plus de compétences intégrées pour offrir un service de pointe». Quant à Cyril de Bavier, si ses fonctions au sein de SwissRoc l’occupent pleinement actuellement, il ne ferme aucune porte: «Dans le cadre du contrat de transaction, je reste impliqué à court terme dans les activités de Cornelius. Il y a aussi beaucoup de liens entre moi et David dorénavant et aussi peut-être une volonté de m’impliquer à plus long terme».

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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