Bilan

La Suisse séduit des géants chinois

L’arrivée du groupe pharmaceutique Tasly à Genève et du conglomérat Fosun à Zurich devrait créer un effet d’attraction pour d’autres grands groupes asiatiques.

Vladas Snieckus, directeur de Tasly Europe.

Crédits: Austeja Gudziunaite

«La Suisse a toutes les qualités pour servir à la Chine de base stratégique d’accès au marché européen. Une chance à saisir, puisque notre pays a besoin d’investisseurs étrangers. La reprise réussie de Swissmetal par Baoshida démontre que les Chinois sont des partenaires tout à fait sérieux», affirme Gérald Béroud, auteur du site web Sinoptic. L’implantation récente de deux géants chinois de premier plan laisse penser que cette vision pourrait se concrétiser.

Cet été, Tasly, l’un des trois plus grands groupes pharmaceutiques de l’Empire du Milieu, a ouvert un centre européen à Genève. Cotée en bourse, la société de médecine traditionnelle chinoise emploie plus de 10 000 personnes et génère un chiffre d’affaires annuel de 4 milliards. Cet été également, le conglomérat Fosun a ouvert une antenne à Zurich.

Fosun, c’est le groupe qui s’est emparé du fleuron français emblématique Club Med en août 2014. Créé en 1992 à Shanghai et coté à la Bourse de Hongkong, Fosun se profile dans les secteurs de l’industrie, de la santé et du commerce avec quelque 37 000 collaborateurs.

D’autres acteurs plus discrets ont déjà fait leurs débuts en Suisse. Début 2015, le groupe Wanda a acquis pour plus de 1 milliard de francs l’entreprise de marketing sportif Infront, basée à Zoug. L’homme d’affaires Yunfeng Gao s’est offert l’Hôtel Frutt Lodge & Spa dans le canton de Lucerne. La région zurichoise héberge Suntech et Trina Solar (photovoltaïque). Et à Genève, les deux entreprises d’Etat, Sinopec et Cofco, ont pris respectivement le contrôle d’Addax Petroleum et de Noble Agri dans le commerce de matières premières.

«Il y a en Suisse 70 compagnies chinoises seulement, tandis qu’on en décompte 700 dans la seule région de Hambourg. Le tissu économique helvétique pourrait en accueillir beaucoup plus», considère Juan Wu. Cette économiste prépare un doctorat sur l’internationalisation des compagnies chinoises à la Haute Ecole pour les sciences appliquées de Zurich (ZHAW). «Idéalement, les entreprises chinoises devraient s’installer en Suisse pour développer leurs activités en Europe. D’abord pour des raisons fiscales, ainsi que pour bénéficier de l’efficacité des services et de l’image de qualité.»

Or ces firmes préfèrent prendre pied directement sur de grands marchés, comme la France ou l’Allemagne. «Ces pays investissent énormément d’argent dans leur promotion en Chine, qui est l’affaire des plus hautes sphères gouvernementales», observe Juan Wu. Rien de cela en Suisse, où ce sont les organes de promotion cantonaux qui assurent cette tâche.

Derrière l’implantation de Fosun, il y a le bureau Greater Zurich Area (GZA), et c’est le GGBA (Greater Geneva Bern Area) qui a fait venir Tasly. A la clé, l’ancrage de leaders internationaux dans des domaines stratégiques pour la Suisse: la finance et la pharma.

«Le GGBA travaille avec un représentant à Shanghai qui sélectionne les sociétés à contacter en fonction de ce qu’elles pourraient apporter à notre économie. Ces intermédiaires entre deux cultures jouent un rôle déterminant dans une implantation», rapporte Thomas Bohn qui a succédé à Philippe Monnier à la tête du GGBA en juillet dernier.

Séduire l’industrie chinoise reste un travail de longue haleine, souligne Lukas Huber, vice-directeur du GZA: «L’implantation d’un nombre significatif de compagnies demandera des années. Mais Tasly et Fosun pourraient créer un effet d’attraction et transformer la Suisse en marché clé pour la Chine.»

Des signaux forts

Pour l’ensemble de nos interlocuteurs, l’accord de libre-échange conclu en juillet 2014 constitue un signal fort. Autre élément positif, l’ouverture à Zurich de la China Construction Bank, l’une des quatre grandes banques du pays, prévue pour la fin de l’année.

«Ces implantations marquent le début d’un processus, note Blaise Godet, ancien ambassadeur de Suisse à Pékin. Après avoir été réfrénée, l’expansion des entreprises chinoises à l’étranger est maintenant encouragée par le gouvernement. Très admirée en Chine, la Suisse a de très bonnes cartes à jouer.»  

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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