Bilan

La Suisse est au cœur du marché des jets privés

Place financière florissante et lieu de résidence recherché par les grandes fortunes, Genève est le deuxième aéroport d’Europe pour l’aviation privée. A lui seul, Cointrin compte 36 000 mouvements annuels.
  • L’hiver est une saison forte en Suisse pour les vols privés.

    Crédits: Netjets Europe

Si l’on tient compte du trafic passagers, Genève est le 32e aéroport européen, bien loin des géants que sont Londres-Heathrow, Paris-Charles-de-Gaulle ou Francfort. Mais au niveau des jets privés, Cointrin, avec ses 36 000 mouvements annuels, dépasse tous ses concurrents et n’est devancé que par Le Bourget à Paris. Et c’est d’ailleurs le trajet Genève-Paris qui est la route la plus populaire en Europe au niveau de l’aviation privée.

Un succès qui se retrouve aussi bien au niveau des jets appartenant à des particuliers qu’à celui des jets de location. «Genève est un aéroport majeur pour nous: deux de nos cinq routes les plus fréquentées ont Genève pour départ ou destination, avec Londres et Paris. Mais les autres aéroports suisses ne sont pas en reste: Zurich se hisse également dans le top 5 pour sa liaison avec Londres», constate Carsten Michaelis, vice-président Europe centrale de NetJets.

Avec sa formule de jets à louer pour un vol ou un voyage, NetJets s’inscrit dans une tendance de fond, particulièrement en Suisse : l’affrètement constitue une part croissante du trafic des jets en Europe avec 40%, et 45% dans notre pays, soit autant que les mouvements de jets de particuliers. «Cette solution offre davantage de flexibilité aux voyageurs et bien moins de contraintes que la propriété d’un jet, avec les coûts que cela engendre. Tout en permettant de bénéficier d’un confort sans égal au regard des vols commerciaux: pas d’horaires précis à respecter, un personnel disponible, une intimité préservée…», ajoute Carsten Michaelis.

Avec NetJets, mais aussi ses concurrents comme PrivateFly, WiJet ou JetBox, l’aviation privée perd sa réputation élitiste et hors de prix pour se présenter en alternative crédible aux vols commerciaux. Une situation que connaissent depuis longtemps les Etats-Unis, où plus de 2,5 millions de vols annuels sont enregistrés, contre à peine 700 000 en Europe. Les Etats-Unis représentent 73% du marché de l’aviation privée, contre 20% pour l’Europe.

Des pics selon la saison

Au-delà des volumes, les caractéristiques sont très différentes de part et d’autre de l’Atlantique. Ainsi, les volumes de vols sont assez similaires tout au long de l’année aux Etats-Unis, alors que l’hiver constitue une saison très basse en Europe, mais que les vols de jets y sont largement plus nombreux en été. Sur le Vieux-Continent, un pic est atteint chaque année à la fin du mois de mai: l’aéroport de Nice-Côte-d’Azur draine des centaines de jets à l’occasion du Grand Prix de F1 de Monaco (qui se tient en même temps que le Festival de Cannes).

Cette saisonnalité touche également la Suisse. Plusieurs événements déclenchent des pics de mouvements à destination des plateformes aéroportuaires helvétiques, comme le World Economic Forum de Davos, le Montreux Jazz Festival ou Art Basel. Ainsi, pendant la foire d’art contemporain, l’EuroAirport de Bâle-Mulhouse accueille près de 125 jets privés par jour. 

Particularité suisse sur le continent: l’hiver est une saison forte en termes de mouvements dans l’aviation privée, en raison notamment du tourisme hivernal à destination des stations du Valais, de l’Oberland bernois ou encore des Grisons. Ce sont alors des aéroports secondaires qui concentrent principalement cet afflux saisonnier (Sion, Berne, Samedan-Saint-Moritz).

A contrario, pendant l’été, la Suisse est un pays de départ pour de nombreux jets privés, notamment à destination du bassin méditerranéen et des aéroports de Nice (et Cannes-Mandelieu dans une moindre mesure), Rome, Majorque ou Calvi.

Moins de Russes

Ces derniers mois cependant, l’aviation privée traverse une passe délicate. La situation géopolitique mais aussi économique russe a conduit à une chute de l’activité de près de 25% dans ce pays, selon le cabinet WingX. Lieu de résidence ou de villégiature de nombreuses personnalités fortunées de ce pays, la Suisse a subi le contrecoup de cette crise et vu son trafic de jets reculer de 6% entre septembre 2014 et septembre 2015.

Avec 1397 départs seulement en septembre 2015, Genève a vu son trafic de jets reculer de 7,5% sur les douze derniers mois, tandis que Zurich limite la casse avec une quasi-stabilité (-0,8%). A l’exception de la France, de la Grèce, du Royaume-Uni et de quelques pays d’Europe centrale, c’est tout le marché des vols privés en Europe qui est en recul sur la même période (-3,4%).

A plus long terme, la baisse pourrait être compensée par la montée en puissance de nouveaux marchés et de clientèle encore minoritaire en volumes. Ainsi, si les Russes sont actuellement en recul, la clientèle moyen-orientale et asiatique est de plus en plus attirée par les vols en jet privé. Les compagnies du golfe Persique ont mis en place des structures dévolues aux jets pour capter cette clientèle. Une clientèle qui fréquente assidûment la Suisse et ses aéroports. Voire y élit domicile. Et ces résidents et visiteurs extra-européens pourraient rapidement atténuer la crise. Avant de relancer le secteur.

La baisse récente touche surtout les vols de jets de particuliers, tandis que les affrètements sont en légère hausse ces derniers mois. Les acteurs du secteur visent en effet un élargissement de leur clientèle en vantant leurs atouts tout en cassant les idées reçues. «Aller en avion de Genève vers la Côte d’Azur prend à peine une heure.

Mais avec un vol commercial, il faut ajouter les formalités, le passage des portiques de sécurité, sans compter l’enregistrement des bagages au départ et leur attente à l’arrivée… ce qui double voire triple le temps de trajet de porte-à-porte », rappelle Carsten Michaelis, assurant que ce gain de temps, ajouté au confort sans pareil et à la flexibilité de la prestation, compense très largement le surcoût par rapport au prix d’un billet en classe business sur un vol commercial. 

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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