Bilan

La sécurité, un secteur face à de nouveaux défis

Le marché suisse de la surveillance représenterait quelque 2,5  milliards de francs. Il est fortement influencé par les évolutions technologiques.
  • Charles Zaugg et Christian Baumann, directeurs du SIR.

    Crédits: Olivier Evard
  • Yves Berchten, directeur de Protectas, le N°2 du marché.

    Crédits: Olivier Evard

«Le marché s’est beaucoup professionnalisé alors qu’il y a toujours plus d’acteurs. Dès lors, les nouveaux arrivants cassent les prix et au bout de dix ans cherchent à remettre», analyse Jean-Pascal Grec, propriétaire du groupe Global-Securite.ch, qui regroupe huit sociétés actives dans trois secteurs.

C’est surtout sur le segment de la pose d’alarmes que la concurrence explose avec l’arrivée de nombreux électriciens. Par contre, avec l’existence d’un concordat intercantonal fixant une série d’exigences et la convention collective de travail (CCT) s’appliquant à toutes les entreprises à partir de 10 collaborateurs, cela devient plus ardu d’entrer sur le marché de la surveillance.

Certes, la progression du sentiment d’insécurité bénéficie aux acteurs de la sécurité. Même si, depuis quelques années, on parle d’une progression à un chiffre. Le marché est devenu mature, notamment en Suisse romande. «Les prix n’ayant guère évolué depuis un quart de siècle, il nous faut désormais trouver des solutions pour préserver nos marges», observe le Genevois Yves Berchten, directeur général du No 2 du marché suisse, Protectas.

Cela passe par des innovations technologiques, telles que la «téléinterpellation» ou vidéosurveillance. De quoi s’agit-il? Cela permet, sans présence physique d’un agent, de surveiller un périmètre précis et de s’adresser par oral aux intrus. «Il est possible de voir et d’entendre ce qui se passe sur un site, et donc d’améliorer la lisibilité des événements, voire de les anticiper», assure Charles-Emmanuel Deppierraz, directeur commercial de Global-Securite.ch.

Ces solutions permettent d’éviter d’avoir du personnel en permanence sur place à l’heure où la main-d’œuvre représente la majeure partie des coûts. En effet, la CCT prévoit trois types de catégories, selon le taux d’occupation: entre 1801 et 2300 heures par année civile (salaire évoluant entre environ 4400 et 5000 francs brut mensuel pour 2000 heures, non compris les diverses indemnités); entre 901 et 1800 heures par année (environ 3000 francs pour 1400 heures); et enfin le personnel dit auxiliaire car travaillant jusqu’à 900 heures par année (environ 23 francs l’heure). 

Offrir des formations

«Nous recevons près de 1000 candidatures spontanées par année car nous offrons de la formation, relève Charles Zaugg, administrateur et directeur du Service d’intervention rapide (SIR). Le SIR sert de tremplin. Chaque année, quelques-uns de nos collaborateurs rejoignent la police ou la douane. (...) Nous offrons une formation de base de 45 heures avant la première intervention, auxquelles succèdent 120 heures relatives à des domaines spécifiques, puis 40 heures par année au minimum de formation continue.» 

La philosophie est assez semblable chez Protectas, qui propose un catalogue de quelque 80 formations allant de 1 à 56  heures. Elles peuvent être cumulées: autodéfense, usage de la force, détection magnétique, diversité multiculturelle, gestion du stress, signalement des personnes, comportement en cas de braquage, etc. Yves Berchten. nous fait visiter avec une certaine fierté le stand de tir que Protectas a créé dans les sous-sols de son site genevois. «C’était un investissement nécessaire car plus de 120 agents ont un permis de port d’armes. C’est une exigence de certains de nos clients.»

Parmi les tâches qui se développent toujours davantage, il y a l’ouverture et la fermeture de boutiques, principalement dans le luxe, avec la gestion des clés, ainsi que la présence dans les boutiques. «C’est de plus en plus souvent une exigence des assurances», ajoute Charles Zaugg. Le SIR œuvre dans la majorité des boutiques à la rue du Rhône. Chez Protectas, on parle de «door man» pour le personnel actif dans les boutiques.

Ils reçoivent une formation spécifique. «Nous avons démarré avec cette prestation à la Bahnhofstrasse zurichoise voici vingt ans déjà et depuis trois ans en Suisse romande», informe le patron de Protectas.

Pourtant, c’est le marché romand qui représente la plus grosse part du gâteau à l’heure actuelle. «Cela s’explique par le fait qu’à Genève il y a une forte densité de sociétés internationales, mais aussi une importante concentration de richesse et un sentiment d’insécurité très répandu», analyse Jean-Pascal Grec. «70% de nos mandats sont réalisés avec des clients de type surveillance (gardiens, huissiers, opérateurs, réceptionnistes, etc.)», complète Yves Berchten.

Ce savoir-faire permet aux acteurs romands de mieux s’exporter. Le SIR a ainsi ouvert une succursale à Gstaad voilà trois ans. Elle représente déjà 15% de son chiffre d’affaires. Quant à Global-Securite.ch, elle a décroché le mandat de gestion des accès au port de Cannes. Cette tâche est effectuée directement via la centrale d’alarme située dans la zone industrielle de Meyrin-Satigny. Charles-Emmanuel Deppierraz espère décrocher d’autres mandats identiques sur la Riviera française.

Quelles perspectives?

Et l’avenir? D’une part, il y a des opportunités de développement dans des segments où les collectivités publiques entendent réaliser des économies. Même si cela ne sera pas simple. Le Parti socialiste genevois vient ainsi de déposer un projet de loi contre la privatisation du transport des détenus. Ce programme rapporte déjà 7,3 millions de francs aux agences de sécurité privées. Prenons un autre secteur, l’aéroportuaire: Protectas emploie une centaine de collaborateurs rien qu’à Cointrin. Citons encore la surveillance de la base atomique-bactériologique de Spiez (BE) ou certains dépôts logistiques de l’armée. 

D’autre part, les évolutions technologiques vont fortement influencer le marché. Le recours à la domotique et la fin annoncée des connexions téléphoniques analogiques ouvrent aussi de nouveaux risques en matière de sécurité. Autant de défis que les professionnels devront relever rapidement. 

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin 2019.

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