Bilan

La médiation reste très peu pratiquée

Méconnu en Suisse, ce processus extrajudiciaire de résolution des litiges offre pourtant de multiples avantages: un gain de paix, de temps et d’argent. Un fascicule plaide pour cette solution.

Jean Mirimanoff, médiateur: «Ce qu’on fait soi-même, on ne le démolit pas.»

Crédits: Laurent Guiraud/TDG

Les moyens de résolution des différends du XXIe siècle ont évolué. «Aujourd’hui, on a tendance, en cas de conflit, à se précipiter vers la justice ou vers l’arbitrage», souligne Jean Mirimanoff, médiateur assermenté et agréé par la Chambre suisse de médiation commerciale (CSMC). Or, selon cet ancien juge civil, «il existe une autre manière de voir le conflit et de le résoudre: la médiation. Entrée dans les mœurs aux Etats-Unis, cette solution reste encore trop peu connue en Suisse.

Elle permet pourtant aux parties en conflit d’être les principales actrices de la construction de leur accord.» D’adversaires, les parties deviennent des partenaires dans le processus. Le médiateur, quant à lui, n’est là que pour les aider à communiquer et à négocier. Il s’abstient de leur donner sa solution à lui, contrairement au conciliateur. 

«La médiation repose sur le pari positif que chaque partie à un conflit possède les ressources et les compétences suffisantes – avec l’aide d’un tiers, la médiatrice ou le médiateur – pour trouver par elle-même une solution au conflit avantageuse à ses intérêts», écrit François Longchamp, président du Conseil d’Etat genevois, en introduction d’un fascicule signé par Jean Mirimanoff sur la médiation, disponible sur le site du Département de la Sécurité et de l’Economie. Pour le président de l’Exécutif genevois, la médiation est un «complément indispensable aux moyens juridictionnels et arbitraux».

Ce que la médiation offre de nouveau par rapport à la conciliation, ou à l’ombudsman? C’est qu’elle va «responsabiliser les protagonistes», poursuit Jean Mirimanoff. «Par l’intermédiaire du tiers qui va s’efforcer de rétablir le dialogue, elle va leur restituer la maîtrise du conflit, là où, en général, les justiciables devant un tribunal arbitral sont tenus par la main et délèguent leurs cas aux avocats; dès lors, l’issue de leur conflit leur échappe largement.»

Avec deux avantages à la clé: amenés à travailler sur eux-mêmes, les justiciables vont trouver leur propre solution, conforme à leurs intérêts, et celle-ci aura plus de chances de durer: «Ce qu’on fait soi-même, on ne le démolit pas et on ne le renie pas, souligne Jean Mirimanoff, contrairement aux jugements de tribunaux, face auxquels l’insatisfaction des deux parties est monnaie courante, avec un nombre de recours en hausse.» Autre atout : la médiation, en particulier en Suisse, est infiniment meilleur marché que les procédures judiciaires et l’arbitrage, longs, compliqués et très coûteux; elle permet également de gagner du temps. 

Un accès trop restreint

Problème: la médiation n’est pas suffisamment accessible à la population, personnes physiques ou entreprises, suisses ou étrangères. Cet accès verrouillé, Jean Mirimanoff l’explique par la nouveauté de la méthode; et par la réticence des avocats, qui estiment gagner moins d’argent avec ce processus. «Ce qui est inexact, rectifie-t-il: ils pourraient gagner plus sur le résultat, car il y a 60-70% de taux de succès.»

Les arbitres, également, devenus une importante industrie qui brasse des sommes considérables, occupent le terrain, «alors qu’il faut parfois trouver des solutions beaucoup plus rapides et sous un autre angle que l’arbitrage», souligne le magistrat. Qui conclut: «Dans une ville comme Genève, qui se dit le centre international de la résolution des litiges, on peut regretter l’accès trop restreint à la médiation. Ces blocages n’ont pas lieu d’être. Il faut saluer ici les efforts entrepris par le “Global Pound Conference Series”, conférence qui vise à encourager les secteurs public et privé à collaborer concrètement, et sans tergiverser, à son essor.» 

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

En 1997, Myret Zaki fait ses débuts dans la banque privée genevoise Lombard Odier Darier Hentsch & Cie. Puis, dès 2001, elle dirige les pages et suppléments financiers du quotidien Le Temps. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage, "UBS, les dessous d'un scandale", qui raconte comment la banque suisse est mise en difficulté par les autorités américaines dans plusieurs affaires d'évasion fiscale aux États-Unis et surtout par la crise des subprimes. Elle obtient le prix de Journaliste Suisse 2008 de Schweizer Journalist. En janvier 2010, Myret devient rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan. Cette année-là, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle expose la guerre économique qui a mené la Suisse à abandonner son secret bancaire. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin de la monnaie américaine à cause de sa dévaluation prolongée et de la dérive monétaire de la Réserve fédérale. En 2014, Myret est nommée rédactrice en chef de Bilan. Elle quitte ce poste en mai 2019.

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