Bilan

La justice de New York juge illégales les 3/4 des réservations d'Airbnb

Après Uber condamné à Paris, un autre géant de la sharing economy, Airbnb est dans la tourmente judiciaire: les 3/4 de ses réservations à New York seraient illégales, selon un juge américain.
  • Le business model d'Airbnb est dans le collimateur de la justice américaine.

    Crédits: Image: Justin Sullivan/AFP
  • Eric Schneiderman, general attorney de New York, a présenté un rapport sur les dérives du système Airbnb, exploité par des particuliers et des professionnels de l'hôtellerie sans déclarer ces revenus.

    Crédits: Image: Andrew Burton/AFP
  • Pour Airbnb, New York est l'un des spots les plus importants avec 35'000 offres de logements, surtout concentrées à Manhattan.

    Crédits: Image: D Dipasupil/AFP
  • En six ans, Airbnb est passé du rang de start-up à celui de cible n°1 des hôteliers traditionnels. Ces derniers reprochent à la société fondée par Brian Chesky, Joe Gebbia et Nathan Blecharczyk de leur faire une concurrence déloyale.

    Crédits: Image: Chris Weeks/AFP

La semaine n'est pas favorable aux géants de la sharing economy. Jeudi, Uber perdait une bataille judiciaire à Paris: la justice française estimait que le spécialiste des VTC avait fait passer une offre de transport payant de personnes pour du covoiturage. Et quelques heures plus tard, c'est Airbnb qui se retrouvait à son tour sur le banc des accusés, mais de l'autre côté de l'Atlantique.

L'attorney general de New York (équivalent du procureur dans le droit américain), Eric Schneiderman a affirmé jeudi que les trois quarts des réservations effectuées à Big Apple par les utilisateurs du site internet de location entre particuliers sont dans l'illégalité. Dans son viseur figurent des particuliers et des sociétés qui ont monté un juteux business en mettant des logements en location via le site et se dressent ainsi en concurrents redoutables pour l'hôtellerie traditionnelle.

25'000 logements illégaux sur 35'000 à New York

Les services newyorkais de la justice ont passé au peigne fin les offres disponibles sur Airbnb: 35'000 logements ont fait l'objet d'une investigation. Et plus de 25'000 seraient en infraction avec la loi américaine. Ces lits et canapés loués à des tarifs très variables permettent de réaliser des millions de dollars de bénéfice sans être soumis à l'impôt ni aux mêmes réglementations que les professionnels déclarés de l'hôtellerie.

Les entreprises qui se sont montées pour profiter du business model sont particulièrement ciblées par la justice. «L’une d’entre elles a gagné 6,8 millions de dollars en moins de cinq ans», indique-t-il dans le rapport qu'il a remis jeudi. Ce dernier affirme que ces sociétés ont détourné le principe d'Airbnb (location entre particuliers) et représentent aujourd'hui un tiers des loueurs dans la mégapole de la côte Est des Etats-Unis. Et, très logiquement, arrivent à récolter le tiers du chiffre d'affaires généré par Airbnb.

Dans son rapport, Eric Schneiderman pointe des cas étonnants: un même appartement aurait été loué à treize clients la même nuit. Aucune entourloupe là-dessous mais simplement un très grand logement avec une série de chambres louées chacune à un client différent: le principe de l'hôtellerie traditionnelle. Si cet exemple sort du lot, de nombreux autres offres se basent sur le même principe: 200 appartements sont loués plus de 365 fois dans l'année. Ce qui signifie qu'ils sont loués à plusieurs clients aux mêmes dates, et donc que ceux-ci le partagent.

6% des propriétaires réalisent 37% du chiffre d'affaires

La concentration est un indicateur pertinent pour mettre en exergue la façon dont certains propriétaires inscrits sur Airbnb ont détourné le concept originel en un business rentable: 6% des propriétaires réalisent à eux seuls 37% du chiffre d'affaires généré à New York par la plateforme.

Du côté d'Airbnb, on reconnaît des abus, mais en se défendant de proposer une solution visant expressément à contourner la loi: «Nous devons aller de l'avant. Nous avons besoin de travailler ensemble avec les autorités sur quelques règles sensibles qui pourront mettre fin aux pratiques néfastes de certains et protégeront la masse des particuliers qui veulent simplement partager le logement dans lequel ils vivent», a réagi Nick Papas, porte-parole d'Airbnb.

Une volonté de ne pas aller au clash qui se retrouve également dans les propos d'Eric Schneiderman qui a pointé du doigt les «hôtels illégaux» et non les «locations illégales» («Quiconque dirigeant un hôtel illégal doit savoir que l'Etat et la ville vont prendre des mesures radicales dans ce domaine»).

«»

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à la transition vers une économie plus durable et responsable, au luxe et à l'horlogerie, au tourisme et à l'hôtellerie, à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments.

Du même auteur:

Offshore, Consortium, paradis fiscal: des clefs pour comprendre
RUAG vend sa division Mechanical Engineering

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."