Bilan

La job machine d’Olivier Brourhant

Avec 2650 employés, Amaris est la dernière-née des multinationales romandes. Son patron est un sérieux candidat au Prix de l’entrepreneur de l’année d’Ernst & Young.

Olivier Brourhant: «Nous avons fait tout le contraire de ce qui est préconisé.»

Crédits: Guillaume Mégevand

Passer de 4 à 2650 employés – dont 10% en Suisse romande – en neuf ans témoigne d’une croissance peu banale en Suisse ces dernières années. En revenus, cela correspond à une augmentation moyenne de 82% par an pour arriver à un chiffre d’affaires de 140 millions de francs l’an dernier. Et puisque l’on parle de chiffres, il y en a d’autres qui font d’Amaris une entreprise hors norme: 27 ans, soit la moyenne d’âge de ses employés provenant de 75 nationalités différentes.

Une niche inexploitée de la globalisation

La jeunesse et l’international, ce sont les obsessions d’Olivier Brourhant, CEO et cofondateur d’Amaris, 40 ans et 140 jours par an en voyage. Français d’origine, diplômé de l’Institut national des sciences appliquées et de l’Ecole de management de Lyon, il dit n’avoir jamais travaillé en France. Après sept ans à Bruxelles, il arrive effectivement à Genève en 2007 pour y fonder Amaris avec Olivier Tisseyre, François Latombe et Thomas Noël, les deux derniers ayant depuis quitté la société. L’idée de départ consiste à proposer du conseil surtout dans les technologies de l’information au secteur bancaire. Rapidement, l’entreprise va découvrir quel est son véritable marché.

«Quand une banque cherche à déployer une solution dans 25 pays pour un contrat de 3 millions de francs, les grands acteurs ne sont pas intéressés. Et les acteurs locaux n’ont, eux, pas la capacité d’agir globalement», explique Olivier Brourhant. A partir de ce constat, l’entreprise va étendre son expertise bien au-delà de sa vocation d’origine, les projets informatiques, soit le tiers de son activité aujourd’hui. L’ingénierie (télécoms, électronique, productique…) génère désormais 50% de ses revenus avec des incursions dans la stratégie (5%) et plus récemment dans la santé.

L’exploitation de cette niche sur le marché international du conseil n’explique pas cependant à elle seule la formidable croissance d’Amaris. La digitalisation a aussi profondément modifié un marché où la surspécialisation n’est plus aussi critique que par le passé. «Dès lors qu’il s’agit de projets de modélisation, par exemple le transfert des bagages dans un aéroport, la circulation des camions poubelles dans une ville ou la gestion de la chaîne du froid pour l’industrie pharmaceutique, les problèmes ne sont plus si différents à traiter pour nos ingénieurs», explique Olivier Brourhant.

Un management original

Pourtant, au-delà de ces explications techniques, l’étonnant succès de l’entreprise genevoise – et peut-être ce qui vaudra à son patron le titre d’entrepreneur suisse de l’année par Ernst & Young – c’est un style de management. «Nous avons fait tout le contraire de ce qui est préconisé», explique-t-il. Cela veut dire avoir développé ses propres outils informatiques – 160 en tout – afin de faire collaborer des équipes aux quatre coins du monde en leur évitant d’avoir à s’adapter aux règles imposées par les logiciels du marché. Et cela signifie surtout avoir attaché un poids spectaculaire à la fonction ressources humaines.

«Nous passons en revue 2,5 millions de CV par an, c’est quatre ou cinq fois plus que ce que font les grands groupes du SMI», relève l’entrepreneur. Pourquoi ? «Parce que les talents sont à la fin le facteur fondamental du succès d’une entreprise.» Or ces talents que recrute Aramis à tour de bras sont souvent jeunes et sans expérience. «Mais pas sans potentiel, poursuit-il. Non seulement 98% sortent de prestigieuses universités mais, surtout, quand vous faites confiance à un jeune en le considérant comme un entrepreneur autonome, sa motivation est décuplée. C’est ce qui nous a, par exemple, permis d’ouvrir des filiales dans 60 pays avec des gens de moins de 25 ans sans faire la moindre étude de marché préalable.» 

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

Du même auteur:

«Le prochain président relèvera les impôts»
Dubaï défie la crise financière. Jusqu'à quand'

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."