Bilan

La conscience écologique du PLR

Directeur commercial de la société Serbeco et actif au sein du Parti libéral-radical (PLR) du canton de Genève, Jean-François Bouvier navigue à contre-courant de son parti.

Pour Jean-François Bouvier, ce sont les partis de droite qui auraient dû lancer l’initiative pour sortir de l’énergie nucléaire.

Crédits: Lionel Flusin

Jean-François Bouvier est un libéral-radical pour le moins atypique. Il a voté en faveur de l’initiative des écologistes pour une économie verte, qui vient d’être rejetée par le peuple, tout en reprochant à la droite parlementaire d’avoir précédemment balayé le contre-projet du Conseil fédéral; il soutient l’initiative pour la sortie programmée de l’énergie nucléaire, lancée également par les Verts et soumise à votation populaire le 27 novembre prochain, et qui, selon lui, «aurait dû être lancée par les partis de droite» malgré son rejet massif par le PLR; il fait campagne, au nom de l’Association des intérêts de Vernier-Village (AIVV), pour que les autorités genevoises garantissent, dans la mesure du possible, aux habitants des communes riveraines de l’aéroport de Genève-Cointrin une interdiction de tout trafic aérien commercial entre 23 h et 6 h du matin. Jean-François Bouvier n’hésite pas à contrecarrer ouvertement les positions officielles du Parti libéral-radical (PLR), le «parti de l’économie» auquel il appartient. 

Président de la Commission énergie et environnement du PLR genevois, cet électron libre de la politique économique ne prend pas non plus de gants pour épingler ces organisations faitières, comme EconomieSuisse, qui «n’ont pas encore pris conscience qu’il était dans leur intérêt de favoriser une production d’énergie qui respecte l’environnement, encourage les énergies renouvelables et tient compte des coûts sociaux et environnementaux qu’elle engendre». 

Contrairement à EconomieSuisse, la plupart des entrepreneurs ont, selon lui, développé une conscience environnementale sans laquelle ils seraient «voués à disparaître économiquement». Directeur commercial depuis 2000 de la société genevoise Serbeco, active dans le recyclage et la revalorisation des déchets, Jean-François Bouvier voit dans ce genre d’entreprise «la preuve que l’on peut développer des activités économiques rentables dans des domaines louables comme celui des cleantechs, bien loin de certaines activités financières purement spéculatives et en totale déconnexion avec la réalité». Affichant un chiffre d’affaires de 25 millions de francs, Serbeco emploie plus de 80 collaborateurs. 

Mieux chez les Verts?

Rencontré mi-septembre au Restaurant des Bastions à Genève, l’entrepreneur constate avec un sourire malicieux qu’on lui reproche souvent son austérité. «Tu aurais dû vivre au temps de Calvin», lui souffle-t-on. Pourtant, à l’entendre ou à lire son dernier ouvrage Dialogue sans tabou sur l’écologie (Editions Slatkine), ce mécanicien outilleur de formation a tout du bon vivant, ou plutôt du bien vivant. Entré à 25 ans à l’Université de Genève en sciences économiques et sociales, sans maturité car il avait déjà travaillé en usine («merci au conseiller d’Etat socialiste André Chavanne, à l’origine de cette dispense!»), il s’est au fil des ans frotté aux subtilités de l’écologie, tout naturellement, «à doses homéopathiques». Mais que fait-il donc au PLR? Ne serait-il pas mieux chez les Verts?

Yvan Rochat, conseiller administratif écologiste à Vernier (GE), commune où réside Jean-François Bouvier, estime qu’il est important qu’il y ait comme lui des ambassadeurs de l’environnement dans tous les partis, «qui fassent la jonction entre une pensée économique et une pensée écologique». A l’image de René Longet au PS ou de Christina Meissner à l’UDC. Quant à Jean-François Bouvier, s’il observe que «les Verts nous ouvrent les yeux et nous montrent une réalité que les partis de droite n’ont plus voulu voir», il se sent toujours fort à l’aise au PLR. C’est sa famille politique au sein de laquelle il a grandi avec son cousin Gilles Petitpierre, ancien conseiller aux Etats radical, son oncle Denis de Rougemont et feu son père, William-Jean, conseiller municipal libéral durant trente-cinq ans à Vernier et député au Grand Conseil genevois dix-huit ans. 

Le nucléaire en question

Parmi les dossiers d’actualité qui font des étincelles, celui du nucléaire tient le haut du pavé. Benoît Genecand, ancien directeur d’UBS Genève et conseiller national PLR, croise volontiers le fer avec Jean-François Bouvier. Il apprécie cet «homme entier, solide et auquel on peut faire confiance». Mais, ajoute le député, «Jean-François n’est pas à l’abri de la tentation messianique qui incite celui qui croit posséder la vérité non plus à argumenter mais à plaider». 

Pourtant, face à son collègue franchement hostile à l’initiative des Verts sur la sortie programmée de l’énergie nucléaire, comme le PLR dans son ensemble, Jean-François Bouvier ne ménage pas sa peine pour avancer des arguments purement économiques.

Selon lui, dès lors que le prix de vente de l’énergie nucléaire est durablement inférieur à son prix de revient, mieux vaut fermer les centrales le plus vite possible avant qu’elles ne tombent en faillite et que les exploitants ne soient tentés d’investir encore des millions en pure perte. Et le directeur commercial de déplorer que les fonds pour le démantèlement des centrales nucléaires et la gestion des déchets aient été si fortement sous-dotés, le prix de l’électricité d’origine nucléaire ne prenant pas en considération toutes les externalités négatives. Dans tous les cas, les consommateurs paieront la facture finale qui pourrait atteindre jusqu’à 15 milliards de francs. 

Certes, sans charge publique élective, Jean-François Bouvier jouit d’une visibilité plutôt restreinte. Sa libre parole ne fait pas des éclats au Parlement ou dans les médias. Mais elle a le mérite de bousculer les consciences dans un milieu politique encore peu enclin aux remises en question aussi profondes que radicales, au sens propre du terme.

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