Bilan

La chirurgie esthétique low cost fait ses débuts à Zurich

La clinique Breast Atelier bouleverse les codes habituels de la chirurgie esthétique avec une campagne d’affichage vantant des opérations de la poitrine pour un prix forfait «all inclusive».

L’affiche annonce un forfait «tout compris» pour 9800 fr.

Crédits: Dr

«Nous avons lancé cette campagne d’affichage cet automne pour faire connaître nos prestations, car dans la population, il existe un réel besoin pour des opérations de la poitrine, à un prix abordable.»

Propriétaire de la clinique Breast Atelier à Zurich, Cédric George est un chirurgien atypique. Ce Franco-Genevois qui a grandi à Zurich ne craint pas de bousculer les codes de la discrétion en vigueur dans son domaine. Breast Atelier recourt délibérément au marketing de la grande consommation, avec page Facebook, publicité Google et organisation d’événements. «Depuis le lancement de la campagne, le nombre de clics sur notre site web a été multiplié par six», se félicite Cédric George qui revendique une approche libérale de la médecine.

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Inauguré en 2014, l’établissement Breast Atelier jouxte la clinique de luxe Pyramide am See, dont Cédric George est actionnaire. Les patientes y sont opérées en ambulatoire et rentrent chez elles le soir même de l’intervention.

Les honoraires de ce médecin renommé dépassent de beaucoup le prix discount affiché sur les affiches. Ce sont d’autres chirurgiens qui assurent les prestations standards pour 9800 fr., éventuelles complications comprises. «Les deux établissements bénéficient des mêmes conditions de sécurité et de qualité des soins. La différence est que Breast Atelier fonctionne comme une grande surface par rapport à Pyramide am See qui se profile comme une boutique», commente Cédric George. Quelque 300 personnes ont été opérées sur une année, un chiffre que le chirurgien souhaite voir augmenter.

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La campagne d’affichage de Breast Atelier, qui se présente en easyJet de l’implant mammaire, est-elle conforme à la réglementation en vigueur? «Oui, répond Catherine Perrin, secrétaire générale de la Société suisse de chirurgie esthétique (SSCE). Les cliniques sont des entreprises privées libres d’annoncer les services offerts. Elles n’ont pas à se soumettre au code déontologique de la FMH, suivi par nos membres. Quant à lui, Cédric George n’est pas membre de la SSCE.» Le code déontologique de la FMH condamne notamment les messages de style ouvertement «publicitaire, appuyé et tapageur».

Appels à la prudence

Pour les interventions esthétiques non prises en charge par les caisses maladie, le prix constitue un argument déterminant. Le forfait à 9800 fr. de Breast Atelier s’inscrit dans le bas de la fourchette. Dans une clinique classique, avec une ou deux nuits de séjour, les prix peuvent grimper à 16 000 fr.

L’Hôpital universitaire de Zurich (USZ) facture de son côté moins cher avec 9500 fr. pour les prestations de base. L’opération est évidemment bien meilleur marché à l’étranger. A Prague, par exemple, des cliniques offrent la pose d’implants pour moins de 3000 fr.

Face à la banalisation des interventions esthétiques, des voix s’élèvent dans le corps médial pour inciter à la prudence. Les chirurgiens doivent toujours plus fréquemment effectuer des opérations réparatrices, après une intervention malheureuse à l’étranger ou en Suisse. Dans notre pays, le titre de chirurgien esthétique n’est pas protégé, ce qui signifie que n’importe quel praticien peut prétendre opérer.

Le critère de distinction entre un professionnel formé et un amateur est la spécialisation FMH qui implique deux à trois ans de chirurgie de base, suivie par une spécialisation en chirurgie plastique, reconstructive et esthétique.  

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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