Bilan

La Bulgarie s’ouvre aux sociétés suisses

La Bulgarie commence tout doucement à attirer les entreprises helvétiques, mais aussi les clients de gestion de fortune et les candidats à l’expatriation. Explications.
Alan Hutchison a quitté Nyon au printemps 2012 pour installer sa société ClusterBridge à Sofia. Crédits: Dr

Lorsqu’il parle de sa vie précédente à Nyon, Alan Hutchison évoque des bons souvenirs: «j’avais de bons clients, une affaire qui marchait. C’était agréable. Mais j’ai préféré partir pour Sofia pendant qu’il était encore temps de le faire.» Cet Ecossais est venu à Genève en 1986 pour des études à l’IMI (devenu l’IMD) avant de travailler plusieurs années pour Andersen Consulting et d’accumuler huit années d’expérience concrète, dont trois en Asie, en matière de gestion internationale d’entreprise. En 2003, il fonde sa propre société, à l’enseigne de ClusterBridge, qui s’est fait un nom dans le conseil d’entreprise avec un portefeuille prestigieux d’une trentaine de sociétés clientes dont des multinationales et de grands noms de la cote. Pourtant, l’Ecossais de Nyon est parti pour la Bulgarie au printemps 2012. Et il ne regrette pas d’avoir cédé à l’appel du large.

Cette Bulgarie, qu’il appelle «la beauté dormante de l’Europe», Alan Hutchison a appris à la connaître au gré de différents voyages d’affaires ces cinq dernières années. Certaines entreprises clientes de sa société ont commencé à s’intéresser à ce pays où l’impôt sur les sociétés se résume à une «flat tax» de 10%. L’attrait de la Bulgarie ne se limite pas à cela: il faut avoir admiré à l’horizon la silhouette bleutée des montagnes de la Stara Planina pour le comprendre. Pays de grands espaces et de vastes horizons où ne manquent pas les lieux d’implantation pour les éoliennes, notamment à proximité de la côte de la mer Noire balayée par le vent, et les panneaux solaires, par exemple à Svilengrad près de la frontière turque. En 2011, d’ailleurs, c’est pour visiter un «parc solaire» qu’Alan Hutchison est venu encore une fois en Bulgarie, pour le voyage qui a cristallisé sa décision de faire de Sofia le centre de ses affaires.

La démarche de ce binational suisse et britannique pourrait bien marquer le début d’une nouvelle tendance, même s’il est encore un peu tôt pour qualifier le phénomène alors que les expatriés suisses en Bulgarie sont au nombre de 200. Peu après l’implantation dans la capitale bulgare de ClusterBridge EOOD, l’équivalent d’une Sàrl, l’entreprise de fibres optiques Reichle & De-Massari, de Wetzikon, a ouvert une usine à Sofia, le 2 octobre 2012, en présence des plus hautes autorités bulgares qui espèrent faire de cette implantation la première d’un futur parc des hautes technologies. Bien entendu, les multinationales suisses sont présentes dans le pays, comme le précise Boni Bonev, président de la Chambre de commerce bulgaro-suisse et administrateur des filiales de Nestlé et Holcim.

Alan Hutchison, lui, veut se concentrer en 2013 sur les PME suisses susceptibles de travailler avec la Bulgarie ou même à y établir une présence, notamment pour sous-traiter certaines productions dans un pays où les salaires tournent autour de 350 euros et où les personnalités les plus en vue sont remarquablement accessibles. En moins d’une année, Alan Hutchison a déjà un carnet d’adresses impressionnant, à la faveur peut-être de la vie sociale animée qui caractérise Sofia, un contexte qui favorise les contacts.

Un phénomène encore émergent

Parmi ces relations, Nikolay Vassilev, un ancien vice-premier ministre membre du mouvement de l’ex-roi Simeon II. Avant de retourner en Bulgarie en 2001, il a fait une carrière de banquier international, au service notamment d’UBS Warburg à Tokyo, New York et Londres. «Les deux grandes banques suisses ne s’intéressent pas à l’Europe orientale», déplore-t-il. Ces dernières peut-être pas, mais les clients de gestion de fortune, y compris suisses, commencent à regarder du côté d’un pays qui offre de réels avantages, plus encore pour ceux qui s’y installent. Depuis son retour à la vie civile, Nikolay Vassilev a fondé une société au nom évocateur, Expat Capital, qui gère un fonds d’investissement immobilier, le Beta Real Estate Investment Trust.

Expat Capital fait aussi partie des trois douzaines de sociétés de gestion d’actifs présentes dans le pays, un phénomène encore émergent depuis au plus trois ans mais dont l’avenir s’annonce prometteur. «Nous avons des douzaines de clients étrangers, dont quelques Suisses», relève l’ancien vice-premier ministre qui précise que les actifs sous gestion à l’heure actuelle ne dépassent encore guère 30 millions d’euros. Ce qui fait tout de même d’Expat Capital le leader sur le marché bulgare de la gestion indépendante. Parallèlement, les étrangers sont de plus en plus nombreux à ouvrir un compte dans une banque bulgare – elles sont une trentaine –, parmi eux  beaucoup de Grecs.

Pourtant, les Helvètes semblent bouder le pays. Ce peu d’intérêt suisse, Peter Kouroumbashev le déplore lui qui, en tant que membre du Parlement bulgare, à l’enseigne de la «Coalition pour la Bulgarie», a été parmi les initiateurs d’un groupe d’amitié parlementaire avec la Suisse resté largement inactif. Il attribue cette somnolence notamment au manque de présence de l’ambassade suisse qui n’a rien fait pour répondre aux manifestations de bonne volonté des parlementaires bulgares. 

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