Bilan

La Suva veille sur 54 milliards de francs

Directeur financier du principal assureur accident du pays, Hubert Niggli témoigne des défis rencontrés par le groupe lors de son autre mission: investir l’argent des assurés.

Le projet Malley Phare à Prilly: 96 logements pour un investissement de 60 millions.

Crédits: cche

Afin d’éviter que les générations futures ne paient pour les accidents du passé, la Suva occupe la double casquette, parfois incomprise, d’assureur accident et d’investisseur. Autonome financièrement, mais tenue légalement de constituer des réserves provisoires très élevées, la Suva dispose d’un capital atteignant aujourd’hui les 54 milliards de francs. Un montant nécessaire pour garantir ses engagements envers les 80 000 rentes en cours, sachant que celles-ci durent en moyenne trente-sept ans après l’accident.

«Le capital que nous gérons appartient aux assurés, c’est pourquoi leurs représentants, les membres du conseil, sont très attentifs au fait que nos investissements soient fiables, sécurisés et transparents», précise Hubert Niggli, en poste depuis dix-sept ans au sein de la Suva, membre de la direction et désormais responsable des finances. A cela s’ajoutent des critères environnementaux et sociaux ayant pris de l’importance ces dernières décennies. Tout bénéfice de cette stratégie à long terme est ensuite reversé annuellement aux assurés. En 2019 et 2020, plus de 700 millions d’excédents ont ainsi pu être restitués sous forme de baisse des primes.

Miser sur le résidentiel

«En ce qui concerne les placements, notre portefeuille se doit d’être diversifié à l’échelle mondiale mais est pour moitié placé en Suisse», poursuit Hubert Niggli. Cette masse sous gestion, répartie entre actions et obligations cotées en bourse, est également investie pour plus de trois milliards sous forme de prêts aux municipalités ou communes et pour cinq milliards dans des immeubles suisses.

(Crédits: suva)

Car la Suva se doit d’élargir sans cesse son parc immobilier et engage en moyenne 200 millions de francs par année dans des immeubles. «Nous recherchons un rendement modéré mais stable à long terme, et nous le trouvons principalement dans des propriétés résidentielles», commente le directeur financier.

Pour cela, la Suva met les grands moyens avec 40 projets de planification et de construction en cours, valant entre 40 et 120 millions par objet. Mais si certains projets se déroulent sans anicroches, comme celui de Malley Phare à Prilly (VD), prévoyant 96 appartements situés près de la gare pour un investissement de 60 millions, d’autres représentent des défis socio-économiques.

Un conflit social avec 164 familles

L’un d’eux, visant à combler le manque de logements dans le canton de Genève, a finalement confronté la Suva à un conflit social impliquant 164 familles. La Cité Léopard, de son nom, projet d’envergure à l’échelle de la ville de Carouge (GE), a été initié en 2008 et a demandé un investissement d’environ 115 millions de francs. Afin de reconstruire, de réhabiliter l’espace public et de l’accompagner de 247 nouveaux appartements, les locataires en place ont dû être relogés.

«Ces familles étant dans une situation de précarité extrême, tout l’enjeu est de trouver des solutions win-win pour tous», affirme Hubert Niggli. Une task force et un médiateur ont été engagés pour faire avancer les dossiers et, à ce jour, seuls une vingtaine de cas particuliers sont encore en discussion mais «en bonne voie», rassure l’expert en finance. Malgré ce type de défis, la Suva et son équipe chargées des placements (soit 40 personnes) gardent le cap comme l’indique son CFO: «Pour nous, l’important est d’investir de manière responsable, et surtout de maintenir le dialogue avec nos partenaires.»

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Julie Müller

Journaliste à Bilan

Lui écrire

Du Chili à la Corée du Sud en passant par l'Egypte, quand cette jeune journaliste de Bilan, férue de voyages, n'explore pas les quatre coins de la planète, elle exerce son autre passion: l'écriture. Après avoir consacré la plupart de ses étés à des stages dans les rédactions de Suisse romande (entre autres 20 minutes, Tribune de Genève, L'Agefi et le Temps), la Genevoise s'est arrêtée deux ans à Neuchâtel pour obtenir son Master en journalisme. A présent bien installée dans les rangs de Bilan, elle aiguise ses armes en écrivant pour le magazine et bilan.ch Curieuse, son champ d'action se veut à peu près aussi vaste que celui de l'économie: Management, innovation, luxe, entreprises, immobilier...

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