Bilan

La Régie Grange célèbre ses 150 ans d’activité

Née en 1869, la Régie Grange, dirigée aujourd’hui par la 5e génération, continue à se développer sur tous les fronts.

  • La régie fondée par François-Louis Grange compte aujourd’hui près de 100 collaborateurs.

    Crédits: Grange
  • Voyage des collaborateurs à Marrakech en 2009.

    Crédits: Grange
  • Yves, Béatrice, Nicolas et Cyril Grange.

    Crédits: Grange
  • Le siège de la maison Grange à Genève.

    Crédits: Grange
Le 1 rue de l’Evêché est géré par la régie depuis 1869. (Crédits: Grange)

Peu de régies immobilières peuvent se targuer de souffler leurs 150 bougies. C’est le cas de la régie familiale Grange, fondée en 1869 par François-Louis Grange. Issu d’une famille de protestants français installés dans le canton de Vaud, il s’associe avec Louis Carey pour fonder la Régie Carey & Grange, l’une des premières régies de la Cité de Calvin qui compte à peine 70 000 habitants. Le métier de régisseur est alors très artisanal. On se déplace à pied, à cheval ou à vélo pour encaisser les loyers auprès des locataires. Installés à la place du Molard, le jeune François-Louis et son associé s’imposent rapidement comme des
acteurs reconnus et appréciés de leurs clients. Sans électricité ni chauffage central dans les immeubles, les deux régisseurs font, en effet, tout leur possible pour assurer un service de qualité à ceux qui leur confient les rênes de leurs propriétés. Il faut ainsi assurer l’amenée d’eau et le fonctionnement des sanitaires communs situés sur les paliers, étage par étage, réparer les cheminées et poêles pour le chauffage et assurer le bon entretien des vergers et plantations inclus dans les locations. Le régisseur devait, à cette époque déjà, harmoniser les relations parfois compliquées entre propriétaires et locataires. Certains clients resteront fidèles à la Régie Grange, comme les propriétaires du 1, rue de l’Evêché, dont l’immeuble est géré par la régie depuis 1869.

Annonce dans la presse en 1876, et divers panneaux (non datés). (Crédits: Grange)

La crise des loyers

Louis Carey meurt en 1871. Lorsque son fils Henri entre à la régie quelques années plus tard, cette dernière change de nom pour s’appeler Grange & Carey, car François-Louis est le plus ancien. Quatre ans plus tard, celui-ci acquiert l’autonomie de la régie qui devient alors François-Louis Grange, toujours basée place du Molard. En 1901, les associés se séparent et François-Louis Grange reste seul maître à bord de son entreprise. Son fils Jules le rejoint et a le privilège de voir son statut familial accolé à la raison sociale en 1901 avec F.-Louis Grange & Fils. A la fin du XIXe siècle, Genève connaît une «crise des loyers» qui va durer près d’un siècle. Il en résulte que l’une des tâches principales des gérants d’immeubles est de trouver des locataires et de les conserver. A titre d’illustration, le 22 septembre 1901, la Régie F.-Louis Grange & Fils fait paraître une annonce ne comptant pas moins de 22 appartements de 4 à 9 pièces à diverses adresses, aux meilleurs emplacements de la ville. Pour la plupart, six mois de loyers sont offerts afin de séduire les futurs locataires.

Annonce dans la presse en 1876, et divers panneaux (non datés). (Crédits: Grange):

Développement des logements sociaux

En 1900, le 17 mars, la loi pour un plan d’expansion est promulguée à Genève. Après des siècles d’enfermement, la ville s’ouvre sur le monde. Genève est alors en pleine mutation avec une politique du logement qui encadre l’activité commerciale par un certain nombre de lois, notamment l’accès au logement social. La régie va ainsi gérer une partie des logements sociaux bâtis par la Caisse d’Epargne de la République et Canton de Genève. En 1929, alors que le krach boursier de New York fait trembler les Etats-Unis, la Grande Dépression est moindre à Genève. Cette même année, François-Louis s’éteint et Jules, son fils, décide d’associer son propre fils Philippe à l’affaire en changeant encore une fois le nom de la régie en Grange & Fils. L’entreprise déménage au 2, rue de la Tour-de-l’Ile où elle restera jusqu’en 1952. En 1933, lorsque Jules décède, Philippe et son frère Bernard s’associent. Ce dernier, architecte diplômé en 1929, a collaboré auparavant avec Charles-Edouard Jeanneret, plus connu sous le pseudonyme de Le Corbusier.
Il fera même un stage de six mois dans ses ateliers de Paris et participera à la construction du Pavillon suisse de la Cité universitaire ainsi qu’à celle d’immeubles à Billancourt.

Annonce dans la presse en 1876, et divers panneaux (non datés). (Crédits: Grange)

Coteau de Cologny: le mètre carré à 3 fr.

Dès 1939, les hausses de loyer sont interdites, sauf si le propriétaire, donc la régie, aux yeux des locataires, peut faire valoir de sensibles améliorations de confort, comme l’entretien d’un bâtiment ou sa rénovation. Les défauts de paiement de loyers fleurissent, c’est l’un des cauchemars de tout régisseur. Après la guerre, face à une population croissante – on passe de 193 000 à 221 000 habitants en moins de dix ans – , Genève voit naître de nouvelles régies aux côtés des anciennes maisons. La Cité de Calvin est une ville de locataires, et c’est toujours le cas aujourd’hui avec seulement 18% de propriétaires. Après la guerre, les Grange, quant à eux, gardent le cap. La période est à l’euphorie, à l’image des Trente Glorieuses. Même si les coûts de construction sont élevés, l’Etat subventionne neuf logements sur dix. Dans le même temps, des coopératives construisent du logement à loyer modéré. Un problème subsiste: la rareté du terrain, occupé par des villas, et le prix du mètre carré qui s’envole. Il est dès lors temps de s’intéresser à la «banlieue» genevoise. Un extrait datant de 1950 fait mention du plan d’une parcelle de 60 000 m2 au chemin de Ruth à Cologny, commercialisé par la régie entre 3 et 12 fr. le mètre carré. Situés à 3 km de Genève, les lieux – les plus chers du canton aujourd’hui – n’attiraient personne. Bernard Grange disait alors: «Même s’il y avait du pétrole dans le sol, jamais je n’achèterais ces terrains!»

La place du Molard avant 1871, où la régie était installée. (Crédits: Grange)

Durant les années qui suivent, la Régie Grange gère de nombreux objets immobiliers de standing, mais aussi des immeubles destinés à la classe ouvrière. En 1954, Antoine, fils de Philippe, succède à son père au sein de la régie. L’entreprise déménage alors au 72, boulevard de Saint-Georges. Quelques années plus tard, Jacques, fils de Bernard, s’associe à son cousin. En 1977, la régie se nomme Grange & Cie. Hélas, les relations professionnelles vont vite se tendre entre les cousins. Antoine n’a pas la même vision de la gestion de l’entreprise que Jacques. La séparation des affaires devient inéluctable. Jacques se rapproche alors de son frère Michel qui dirige sa société fiduciaire. Les faux jumeaux ouvrent en 1979 la Régie et Fiduciaire J. & M. Grange au 42, route de Frontenex.

2, rue de la Tour-de-l’Ile où la régie restera jusqu’en 1952. (Crédits: Grange)

La 5e génération accélère le développement de la régie

L’humour de Bernard Grange lors d’une séance de prises de vues. (Crédits: Grange)

C’est au début des années 1990 que la 5e génération arrive à la régie. Tout d’abord les fils de Michel, soit Nicolas et Yves, eux aussi faux jumeaux y entrent respectivement en 1991 et 1994, suivis des enfants de Jacques, soit Cyril en 1996 et Béatrice en 2000. Les quatre cousins ont tous connu une première vie professionnelle. Dès lors s’amorce une nouvelle ère pour la régie qui se lance dans de nouvelles activités, telles que la promotion immobilière et le courtage d’objets résidentiels. De petite entité familiale, elle devient vite une entreprise de taille moyenne employant plus de 25 collaborateurs. La régie acquiert en 1995 un magnifique bâtiment d’époque au 21, chemin de Grange-Canal, qui constitue encore aujourd’hui le siège de la société. En 2003, une agence ouvre à Carouge, gérée par Cyril, rejoint quelques années plus tard par sa sœur Béatrice. Cette dernière sera la première femme à présider l’USPI (Union suisse des professionnels de l’immobilier) en 2010. Entre 2000 et 2019, de nombreux projets immobiliers d’importance se réalisent, pilotés par la régie, en zone de développement à Genève. Ensuite, plusieurs opérations de promotion immobilière ont été menées en terre vaudoise, notamment la réalisation du périmètre de La Petite-Prairie, à l’entrée de la ville de Nyon. Conçu en trois étapes, il donnera naissance à un nouveau quartier qui permettra d’accueillir 2500 habitants. En 2015, la régie ouvre une arcade puis des bureaux à Nyon. Le service «vente» de la régie connaît une croissance importante, tout comme le service «copropriété» qui administre à ce jour une centaine de copropriétés.

En 2019, la régie compte près de 100 collaborateurs pour 960 immeubles en gérance, 200 villas, 9130 familles logées, 1000 bureaux et arcades et 19 000 contrats de location représentant un état locatif total sous gestion de 280 millions de francs.

Campagne publicitaire. (Crédits: Grange)

(Crédits: Grange)

L’image de la régie véhiculée par la voile 

Sponsoring Passionné de voile, Nicolas Grange a fait du Décision 35 «Okalys», catamaran de 35 pieds, le support publicitaire vélique de la régie. «Okalys» compte deux victoires au Bol d’or, deux victoires au D35 Trophy, quatre victoires à la Genève-Rolle-Genève et plus de douze victoires en Grand Prix. La régie soutient également Okalys Youth Project, dont le but est de permettre aux meilleurs jeunes marins lémaniques d’affronter les cadors de la discipline dans le cadre du D35. Trophy.

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

Lui écrire

Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l’Université de Genève. Elle débute sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Journaliste depuis 2010 pour le magazine Bilan, elle est spécialisée dans les PME. En grande amatrice de vins et gastronomie, elle est également responsable du supplément Au fil du goût encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal contribue par ailleurs régulièrement aux suppléments Luxe et Immo Luxe de Bilan.

Du même auteur:

Le road show de DSK passe par Genève
Genève accueille le premier salon suisse du champagne

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."