Bilan

La puissance au féminin

Elles sont sportive, CEO, DRH ou cheffe du digital: des femmes influentes livrent leur expérience pour assumer l’autorité dans un monde du travail encore très masculin.

Les Femmes revendiquent le pouvoir 

Et si l’on voyait le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide? Les chiffres n’attestent pas forcément de percée féminine dans les instances du pouvoir. Mais le comportement des femmes, à leur niveau individuel, évolue néanmoins. En ce début de XXIe siècle, les représentantes de la jeune génération ne s’excusent pas d’être là comme le faisaient souvent leurs aînées. Mieux, elles sont conscientes de leurs qualités ainsi que de l’importance de leur rôle dans la société. Elles n’ont plus peur de revendiquer le pouvoir, conscientes que c’est la seule manière de faire changer les choses. Les plus courageuses montrent même leur détermination, sans craindre d’être taxées d’arrogance ou d’arrivisme. Car encore aujourd’hui perdure cette idée que seule une femme qui n’aime pas commander peut être féminine.

L’affaire #Metoo a déplacé le curseur. Certaines dénonciations particulièrement véhémentes ont créé la polémique. Le côté positif de la médaille, c’est qu’en tenant ces propos sans craindre les représailles, quelques pasionarias à qui il faut rendre hommage ont libéré la parole pour une large part de la population féminine. Alors que les emblèmes du mouvement #Metoo manifestaient une telle colère, il devenait tout à fait inoffensif pour les femmes lambda d’exprimer leur aspiration à être reconnues de manière équitable pour leurs compétences. 

Certes, il reste d’énormes progrès à faire dans un pays aussi conservateur que le nôtre qui continue à faire porter aux femmes le poids des charges familiales. L’immobilisme est d’ailleurs de rigueur un peu partout. L’Organisation internationale du travail (OIT) pointe que les disparités professionnelles sont restées identiques durant les vingt dernières années. Néanmoins dans les entreprises, les mentalités changent. Il est toujours plus largement reconnu que la diversité, non seulement de genre mais aussi d’âge et d’origine, améliore les performances des compagnies. 

Des progrès, lentement mais sûrement

Le bureau de recrutement Korn Ferry démontre que si, au début d’un processus, un groupe homogène qui marche comme un seul homme produit des résultats plus probants, la productivité s’étiole dès qu’il faut faire preuve de créativité et d’innovation (voir l’infographie ci-contre). La mixité dans les comités exécutifs et les conseils d’administration est aujourd’hui une exigence en matière de gouvernance. Les sociétés sont toujours plus nombreuses à mettre sur pied des programmes d’encouragement pour les talents féminins. Dès que les entreprises ont enregistré quelques progrès, elles s’empressent de participer à des ratings afin de le faire savoir et de doper leur image. Les firmes qui ne le font pas passent pour archaïques et peu attirantes pour les jeunes talents. C’est ainsi que la société avance. Un signe qui indique qu’il ne faut pas désespérer face aux inégalités salariales, qui frappent le plus lourdement le haut de la pyramide hiérarchique (voir l’infographie).

En cette année d’élections fédérales, nombre de départs chez les conseillères aux Etats laissent craindre un nouvel effondrement de la représentation féminine à la Chambre haute. Un fait inquiétant car le nombre de femmes décline depuis 2007 dans ce bastion masculin. Mais la relève est là. Selon une analyse de la RTS, les femmes pourraient remporter un siège dans huit cantons ou demi-canton. A condition que les électrices se mobilisent.

Défis technologiques

Un défi encore tout aussi important que la représentation féminine en politique concerne la diversité des genres dans les industries (voir l’infographie). On sait que les femmes sont majoritaires dans les secteurs dévolus au bien-être général (santé, éducation...), tandis qu’elles se raréfient dans les secteurs à fort impact économique ou technologique. 

Alors que se dessine le rôle prépondérant que va jouer l’intelligence artificielle (IA) dans un proche avenir, il devient primordial d’intégrer des femmes dans les équipes de recherche. Or, dans les grandes compagnies technologiques, les femmes représentent 20% ou moins des postes d’ingénieur et d’informaticien. Il semblerait que le déséquilibre au sein de l’IA soit encore pire. Selon une estimation de l’incubateur Element AI, les femmes ne constitueraient que 13% de la main-d’œuvre dans cette spécialité aux Etats-Unis. Pourquoi faut-il y prendre garde? Parce que plus nous aurons de diversité au stade de l’élaboration des programmes, moins il y aura de discrimination dans le comportement des machines.  

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

Du même auteur:

CFF: Comment éviter le scénario catastrophe
L’omerta sur le harcèlement sexuel existe aussi en suisse

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."