Bilan

La paralysie menace le cinéma suisse

L’industrie cinématographique s’inquiète des nouveaux modèles de distribution des grands blockbusters, alors que les salles enregistrent une érosion de leur chiffre d’affaires.

«Les enfants du Platzspitz», sorti fin août dans les salles romandes.

Crédits: Elite films

L’industrie cinématographique suisse est à la peine. «Depuis la réouverture des salles de cinéma au mois de juin, les exploitants n’ont réalisé que 20% de leur chiffre d’affaires de 2019 pour la même période qui se présentait déjà comme une année faible», regrette Gérard Ruey, secrétaire général de Cinéforom, fondation romande pour le cinéma créée en 2011 par les six cantons romands et les villes de Genève et de Lausanne. La crise du coronavirus et ses mesures sanitaires expliquent en grande partie ce repli, mais aussi une météo davantage propice à la baignade qu’aux salles obscures. Et cette baisse de la fréquentation en salle se poursuit depuis deux à trois années.

Edna Epelbaum, présidente de l’Association cinématographique suisse et propriétaire de 28 salles de cinéma, reste optimiste: «Le cinéma a survécu à l’arrivée de la télévision dans les années 1950, aux cassettes vidéo dans les années 1980, aux DVD et Blue-ray des années 1990. Il survivra au streaming et à la crise actuelle.»

Pourtant, la situation est complexe. «Face à la situation sanitaire, nous constatons une baisse des locations de salles à des entreprises qui avaient l’habitude d’y faire des séminaires ou des événements. Parallèlement, nous n’avons pour le moment pas assez de grosses productions à proposer au public», reconnaît Edna Epelbaum. Paradoxalement, les studios de production et de distribution attendent la réouverture des salles sur leurs principaux marchés pour s’assurer la sortie de leur film.

200 exploitants de salles

L’industrie cinématographique suisse s’inquiète surtout des nouveaux modèles de distribution des grands blockbusters. Exemple révélateur: le film Mulan, très attendu par les exploitants, n’est finalement pas passé par la case salles de cinéma mais est sorti le 4 septembre directement sur Disney+, plateforme de streaming par abonnement du géant du divertissement.

Les revenus de la vidéo à la demande en streaming n’apportent quasiment rien à l’industrie cinématographique suisse. Au contraire. Ces plateformes de type Disney+, Amazon Prime Video ou Netflix, récupèrent les droits de diffusion des films auparavant prévus en salle. «Il y a une inégalité de traitement entre diffuseurs», note Gérard Ruey.

Le projet du gouvernement voulait une meilleure protection face à l’explosion des plateformes en ligne. A l’instar des télévisions, les fournisseurs de films en ligne et les diffuseurs suisses et étrangers auraient dû investir annuellement au moins 4% de leurs recettes brutes dans le cinéma suisse ou s’acquitter d’une taxe correspondante. Pourtant, le 7 septembre, le National a abaissé, par 97 voix contre 91 et 3 abstentions, cette part à 1%.

Si les budgets des films suisses sont soutenus à raison de 60% par l’Office fédéral de la culture, la SSR et les fonds régionaux, c’est pour offrir au public une alternative aux blockbusters américains, mais aussi pour soutenir une industrie qui crée des emplois et génère plus de 300 millions de francs de chiffre d’affaires en Suisse par année grâce à une cinquantaine de producteurs, 580 salles de cinéma et près de 200 exploitants de salles. La Suisse produit une centaine de films par an dont deux ou trois grands succès à l’exemple de Ma vie de Courgette, Home, Je m’appelle Eugen, Le merveilleux voyage de Wolkenbruch ou Les enfants du Platzspitz.

Selon une étude réalisée par le cabinet EY, on constate qu’entre 2013 et 2017, pour un apport financier de 39 millions de Cinéforom, les projets audiovisuels ont généré 122 millions de francs dans l’économie romande, soit un effet de levier économique de 3,1 fois.

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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