Bilan

La «one-off», automobile sur mesure

Plus qu’une série limitée, la one-off est la dernière folie automobile que le client fortuné veut pouvoir s’offrir. Le phénomène est en pleine croissance.

  • La One-Off Sp38 de Ferrari, inspirée de la mythique F40 qui reprend les codes stylistiques en vogue dans les années 1980

    Crédits: Dr
  • La One-Off «La Voiture Noire » de Bugatti inspirée de la légendaire Bugatti Atlantic

    Crédits: Dr

Aux grandes heures de l’automobile, il était relativement simple de se faire construire une voiture sur mesure. Jusque dans les années 1950, la plupart des marques vendaient des automobiles nues, de simples châssis dotés d’un moteur. Charge au client de faire habiller l’ensemble à ses propres goûts par le carrossier de son choix. Ce principe a permis à des voitures fantastiques de voir le jour, nées du fruit de la créativité de génies du genre tels le français Saoutchik ou l’Italien Touring.

L’apparition des coques autoporteuses mit fin à cette tradition. Seuls quelques milliardaires ont pu continuer à s’offrir ce plaisir, le plus fameux d’entre eux étant le sultan de Brunei. Durant les décennies 1980 et 1990, le monarque s’est constitué une collection de près de 5000 véhicules. Parmi ceux-ci, de nombreux modèles uniques conçus expressément à sa demande, tels les Bentley Buccaneer et Dominator, des SUV Bentley bien avant le Bentayga, ou un break Ferrari sur la base du 456 GT.

En parallèle, des marques extrêmement exclusives sont apparues, telles que Koenigsegg, Pagani ou Bugatti, vendant leurs automobiles à des prix fous. Ce phénomène a démontré à des constructeurs plus établis tels que Ferrari ou Lamborghini l’existence d’une clientèle prête à payer des sommes folles pour davantage d’exclusivités. Tous se sont alors mis à multiplier les modèles en série limitée, vendus à prix d’or. Une façon également d’amortir les coûts de développement de leurs modèles de série, la conception d’une nouvelle plateforme constituant aujourd’hui un investissement colossal pouvant se chiffrer en milliards.

13 millions de dollars, prix de la Sweptail de Rolls-Royce. (Crédits: James Lipman)

Mais voilà : Malgré la rareté et le prix exorbitant de ces supercars, il existe toujours une clientèle prête à tout pour s’offrir un modèle unique. Un exercice que les marques nomment désormais la one-off. Basées sur un modèle existant de la marque, ces créations sont construites spécifiquement à l’unité selon les souhaits de leur commanditaire. Un système que Ferrari a décidé de rationaliser en ouvrant dès 2008 son département Special Projects. Le premier fruit de ce programme fut la SP1 (pour Special Project 1), une F430 redessinée par Fioravanti pour un collectionneur japonais. Depuis, deux ou trois voitures « one-off » frappées du cheval cabré voient le jour chaque année, dont en 2012 la SP12 EC, développée pour le musicien Eric Clapton, ou la dernière en date, la SP38, dont Flavio Manzoni, directeur du style maison, est particulièrement fier. Il existe chez Ferrari une telle demande pour ces one-off que la marque se permet de choisir qui aura le droit d’en commander une. Seuls les meilleurs clients, déjà détenteurs d’une belle collection de bolides de Maranello, sont éligibles.

Un succès qui a donné des idées à ses concurrents, à commencer par Lamborghini. L’an dernier, la marque au taureau a fait développer à la demande d’un client par son département course la SC 18 Alston, une one-off radicalement sportive sur la base de son Aventador SVJ. Le prix n’a pas été communiqué, tout juste sait-on que le client a commandé en parallèle une montre unique à l’horloger genevois Roger Dubuis assortie à sa voiture.

Les Britanniques de chez McLaren ont eux aussi décidé de suivre l’exemple de Ferrari en fondant MSO, pour McLaren Special Operations. Un département duquel sortiront des véhicules en édition limitée et des one-off spécifiques sur commande.

La SC18 Alston de Lamborghini, unique exemplaire produit (Crédits: Dr)

Mais c’est un autre constructeur anglais, Rolls-Royce, qui a mis tout le monde d’accord en créant pour l’un de ses bons clients la Sweptail. Il aura fallu au total quatre ans pour mettre ce projet sur roues.

Tout a commencé en 2013 lorsque ce commanditaire resté anonyme a contacté la marque de Goodwood. Il souhaitait que sa voiture soit unique, réalisée sur mesure pour lui, inspirée des modèles de la marque datant des années 1930 et dotée de deux places ainsi que d’un toit en verre.

Il a donc travaillé directement avec le département design du constructeur en prenant pour base la Phantom, modèle au catalogue de la marque. L’ex-directeur de la création, Giles Taylor, aujourd’hui passé au groupe chinois FAW, racontait à ce propos : « La Sweptail est un modèle intégralement pensé par le client. C’est l’équivalent de la haute couture, mais pour l’automobile. Le vrai Bespoke à l’anglaise. »

Bien entendu, ces années de travail des designers et concepteurs impliqués dans le projet ont un coût. Son prix ? Treize millions de dollars. Record du monde à ce jour pour une voiture « neuve ».

Une barrière qui vient de tomber puisque Bugatti a présenté au dernier salon de l’auto à Genève, la one-off « La Voiture Noire » sur la base de sa Bugatti Atlantic dont le prix avoisine les dix-neuf millions de dollars. Son commanditaire ne serait autre que Ferdinand Piëch lui-même, petit-fils de Ferdinand Porsche et ancien président du groupe Volkswagen, groupe à qui appartient justement la marque Bugatti. A ce rythme exponentiel, le petit jeu des one-off semble avoir encore de beaux jours devant lui.

Jorge Guerreiro

FONDATEUR DE JSBG.ME

Lui écrire

Après avoir travaillé dans des domaines aussi variés que l'industrie du disque ou l'hôtellerie, Jorge S. B Guerreiro a lancé en juin 2010 le blog JSBG.me (JSBG, comme ses initiales). Depuis, toute une équipe de chroniqueuses a rejoint le projet. Devenu petit à petit un véritable webzine, JSBG.me se décline désormais également, en plus du français, en anglais et brésilien et couvre un choix éclectique de sujets: de la mode à la musique, en passant par les voyages, le design, l’horlogerie ou le cinéma.

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