Bilan

La finance, «une force pour faire le bien»

La Banque Lombard Odier a rejoint les rangs des entreprises certifiées BCorporation. Son associé-gérant Patrick Odier et Andrew Kassoy, cofondateur de B-Lab, expliquent cette démarche.

Andrew Kassoy (à g.), cofondateur du label B-Lab, et Patrick Odier, associé-gérant de la banque privée Lombard Odier.

Crédits: Lionel Flusin

Diversité ethnique, attention accordée aux personnes souffrant de handicap, soutien au développement de carrière des femmes, transparence des décisions, tri des déchets, transition vers des énergies renouvelables, modifications des statuts juridiques… Autant de signes qui traduisent la volonté d’une entreprise de s’impliquer durablement dans la société, avec un modèle plus harmonieux. 

C’est ce qu’Andrew Kassoy et les autres fondateurs du label B-Lab avaient à l’esprit en 2006 quand ils ont créé cet organisme de certification des BCorporation. «J’ai passé seize ans dans le private equity et j’ai assisté à la montée en puissance des valeurs de taille et d’argent dans l’économie.Tout ce qu’il y avait dans l’industrie devait être «financiarisé». Quand nous avons démarré B-Lab, nous voulions trouver une voie pour construire un mouvement global d’acteurs voyant l’économie comme une force pour faire le bien», confie Andrew Kassoy. 

Treize ans plus tard, des milliers d’entreprises à travers la planète ont rejoint le mouvement et ont obtenu la certification. De nombreuses PME, mais aussi quelques acteurs majeurs et très célèbres, à l’instar de Patagonia (leader des équipements outdoor), Innocent (jus de fruits) ou encore un certain nombre d’entités du groupe Danone. En Suisse, le mouvement décolle depuis moins de cinq ans. Des jus de fruits Opaline à l’agence de services Loyco en passant par le site d’accueil et d’hospitalité valaisan Montagne Alternative, nombre d’acteurs ont suivi les différentes étapes de la certification et obtenu le précieux label pour trois ans. 

Un engagement durable

Ils sont désormais rejoints par Lombard Odier, acteur majeur du secteur financier avec 259 milliards d’actifs de la clientèle. Une démarche appuyée par Patrick Odier: «Depuis des années, nous sommes alignés sur de nombreux standards d’investissement dans le domaine de la durabilité. Là, nous avons voulu anticiper les questions que nos clients vont légitimement poser de plus en plus à ceux qui prodiguent ces conseils d’investissement. Le label B-Corp est aujourd’hui la référence qui nous permet de répondre nous-mêmes aux questions qu’on pose aux entreprises dans lesquelles nous conseillons à nos clients d’investir. C’est une certification qui démontre que nous faisons ce que nous prônons», assure l’associé-gérant.

Cette stratégie ne pourra pas être un coup de communication ponctuel: «La certification a été structurée pour être renouvelée tous les trois ans. Chaque société ayant obtenu le label doit continuer sur cette voie pour mériter de conserver le label», avertit Andrew Kassoy. Patrick Odier acquiesce: «La certification n’est pas un achèvement, mais le début d’un processus. C’est aussi une façon d’engager nos équipes et le management sur la voie de comportements plus durables, plus justes. Cela nous a permis de voir précisément ce que nous faisons de juste par rapport à des valeurs dont nous faisons la promotion depuis des années et de mettre en lumière les domaines d’amélioration. Notre futur siège à Bellevue sera à ce titre exemplaire en matière de normes environnementales et la qualité de conditions de travail et de mobilité feront partie intégrante de l’écosystème. Il s’agit aussi d’une façon de renforcer le dialogue sur la durabilité avec nos collaborateurs et nos cadres. Nous réfléchissons par exemple à la création d’un incubateur interne afin de mettre en œuvre les suggestions de nos collaborateurs.»

Convaincre la finance

Démarche de long terme donc du côté de la banque. Car elle correspond également à une évolution de la société. «Voilà trois ans, 5% de nos demandes d’offres institutionnelles contenaient des questions sur la durabilité. Aujourd’hui c’est pratiquement 50%. Les clients veulent savoir à qui ils parlent sur ce plan. Je trouve cela légitime», constate Patrick Odier. Conférences sur le climat, marches des jeunes, grèves des étudiants, mobilisation globale des acteurs pour accélérer la prise de conscience et faire évoluer les mentalités. Les messages alarmistes des pionniers de l’écologie sont désormais pris en compte par tous. Même si parfois cela peut prendre du temps: «En 1992, quand le Sommet de Rio plaçait ces enjeux comme une responsabilité pour le secteur industriel, le président de la Banque mondiale avertissait, lors du WEF suivant à Davos, qu’il fallait que le secteur financier prenne aussi ses responsabilités. Il s’est passé  vingt-sept ans depuis: nous voyons le temps qu’il a fallu pour mettre en place des standards. Cette certification constitue une étape supplémentaire pour nous. Le secteur financier a tout intérêt à anticiper les évolutions réglementaires», avertit Patrick Odier.

Un message qui commence à passer dans cette branche. «Nous avons déjà eu d’autres acteurs de la finance, du private equity, des wealth et asset managers, des investisseurs qui ont été certifiés dans d’autres pays. La force de la communauté B-Corp, c’est quand des acteurs se lancent comme pionniers dans une démarche. A fortiori dans un secteur fortement concurrentiel. Car les compétiteurs verront l’impact que peut avoir cette démarche et auront envie de rejoindre les premiers», note Andrew Kassoy. Et d’ajouter que, «dans tous les secteurs en Suisse, il y a un énorme potentiel: il y a de nombreuses sociétés en mains familiales, des PME, des entreprises publiques qui ont cette opportunité. Dans le secteur financier en particulier, qui est relativement plus important en Suisse qu’ailleurs, il y a moyen d’avoir un impact plus important sur l’ensemble de l’économie par le rôle que ses acteurs jouent sur l’ensemble de l’écosystème suisse.»

Un rôle de leader

Ce rôle, en devenant l’une des premières banques de cette envergure labellisée B-Corp, Lombard Odier semble prêt à l’assumer: «Nous souhaitons avoir un rôle de leader dans cette démarche au sein du secteur financier. Le partage d’expérience est nécessaire. Nous le faisons volontiers et de façon ouverte, qu’il s’agisse de méthodologie ou de problématiques que nous avons rencontrées. Nous avons en Suisse une situation privilégiée en termes de pensées et d’acteurs durables en raison de la présence de tous les protagonistes clés sur le plan mondial», constate Patrick Odier.

Ce rôle, Lombard Odier le vit aussi en ayant été, avec d’autres, à l’origine de la venue à Genève du siège du Financial Centres for Sustainability (FC4S): «Il y a un véritable enjeu de partage des expériences dans ce domaine au niveau mondial. Il faut établir un plan d’action collectif, compréhensible, et qu’on puisse mettre en œuvre de manière ordonnée et structurée. Ce réseau doit devenir concret pour ses acteurs, répartis dans 22 villes à travers le monde», martèle Patrick Odier.

Et le rôle de modèle à l’échelle suisse est illustré par l’impact de l’annonce de la certification B-Corp de Lombard Odier: «Dans les jours qui ont suivi, nous avons reçu près de 300 sollicitations d’entreprises souhaitant des informations sur le label», note Jonathan Normand, directeur exécutif de B-Lab Suisse et architecte du projet d’engagement Best for Geneva qui s’est déroulé ces derniers mois. «Des programmes comme Best for Geneva créent une opportunité pour des entreprises de s’engager durablement, parfois s’engager dans une certification comme B-Corp, parfois simplement de contribuer à un mouvement qui se traduit par une prise de conscience générale de l’écosystème et de la société», se réjouit Andrew Kassoy, fier de compter désormais Lombard Odier parmi les 2800 B-Corp à travers le monde. 


Une certification contraignante

Critères Diversité ethnique, égalité de traitement hommes-femmes, recours aux énergies renouvelables, politique de mobilité… Les entreprises souhaitant obtenir la certification B-Corp doivent atteindre un minimum de 80 points sur 200 dans plusieurs dizaines de catégories d’évaluation, en fonction du secteur d’activité de l’entreprise. Tous les trois ans, un nouvel audit a lieu pour vérifier que la société est toujours conforme aux exigences du label.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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