Bilan

La faillite tonitruante qui emporta TOGA

En 1989, la chaîne hôtelière bernoise Touristik und Gastronomie est en pleine expansion. Le groupe, acquis par un investisseur français, sera plus tard englouti dans sa banqueroute.

Dominique Bouillon, roi déchu de l’immobilier, avait racheté TOGA en juillet 1990.

Crédits: Philippe Le Tellier/Getty Images

Avec 17 établissements et une capacité totale de 4000 lits, la chaîne hôtelière Touristik und Gastronomie (TOGA), à Berne était en pleine expansion il y a trente ans (lire l’encadré ci-contre). Mais le fondateur et propriétaire Martin Zoller a fait preuve d’une intuition certaine en cédant, en juillet 1990, avant l’effondrement du marché, son groupe à la société française DB Finance. L’acquéreur, l’homme d’affaires Dominique Bouillon, avait prévu de transformer TOGA en centre de gestion pour un futur réseau hôtelier couvrant l’Europe centrale et du Sud, en collaboration avec la chaîne hôtelière américaine «Days Inn», forte de 1000 hôtels. 

Mais dans les mois qui suivent, l’inflation et les taux atteignent des niveaux record. La déroute des Savings & Loans (les caisses d’épargne américaines) percute le marché immobilier européen. La première guerre du Golfe aggrave la crise. En 1995, TOGA est emportée dans la faillite de Dominique Bouillon, roi déchu de l’immobilier. 

Crise, débandade, justice

Mais revenons sur les cinq années entre l’acquisition et la chute. Car l’histoire a pris des tournures rocambolesques. La faillite de l’empire Bouillon affectera l’entourage du ministre français Jacques Toubon, notamment par l’intermédiaire de sa belle-fille. 

A la fin des années 1980, Paris se bétonne sous les auspices du gaullisme immobilier. Fidèle chiraquien, Jacques Toubon est alors député-maire du XIIIe arrondissement (1983-2001). Dominique Bouillon est, de son côté, l’un des bénéficiaires des mandats liés au projet pharaonique Grand Ecran, planifié dans le même quartier. Alors que le promoteur avait le vent en poupe, il nomme Sophie Deniau, la belle-fille de Jacques Toubon, à la direction de la SASPI, société de promotion de la station de sports d’hiver Isola 2000. Pas de chance. La SASPI est mise en redressement judiciaire en avril, puis le Parquet de Paris ouvre une information pour abus de biens sociaux et détournements de fonds. Il semblerait que de l’argent prêté par le Crédit Lyonnais se soit évaporé dans la nature, probablement vers des comptes bancaires en Suisse, relate Ian Hamel, dans feu L’Hebdo. Dominique Bouillon est par ailleurs un proche de Bernard Tapie, alors patron d’Adidas. Un tout petit monde, puisque c’est une filiale du Crédit Lyonnais qui a vendu Adidas pour le compte de Bernard Tapie.

La crise perdure. Chez Dominique Bouillon, c’est la débandade. Ses sociétés DB Finance, DB investissements, DB aviation et VR Aviation coulent les unes après les autres. Des échecs qui éclaboussent Jacques Toubon, ami et relation d’affaires de la famille Bouillon. Ministre de la Culture puis de la Justice entre 1993 et 1997, l’homme politique a cependant été épargné de toute conséquence judiciaire. Mais pas de quoi pavoiser. Les rois des années 1980 ont connu de durs revers. Dire qu’au sommet de la bulle, on célébrait le culte des battants avec la campagne «Qu’est-ce qui fait marcher Tapie», pour les piles Wonder… Vous vous souvenez?


«TOGA Rame à contre-courant»

En 1989 Le numéro inaugural de Bilan saluait l’expansion de la chaîne hôtelière Touristik und Gastronomie (TOGA), à Berne. La société augmente ses fonds propres afin de porter ses affaires à l’échelon européen. En pleine bulle immobilière, le marché offre des conditions qui permettent à TOGA d’acquérir de nouveaux établissements dans ce qui était encore l’Allemagne fédérale. 

Le groupe va s’étendre en Italie, en France et en Espagne pour regrouper 17 établissements, avec une capacité totale de 4000 lits. 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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