Bilan

La crise attise la créativité

Plusieurs startups installées au Village de l’innovation du campus de l’EHL proposent des solutions pour aider le secteur face à la crise. Présentation de trois d’entre elles.

  • L’équipe de la startup PrivateDeal, cofondée par Isabelle et Lucien Mauguin.

    Crédits: Dr
  • Crédits: Valentin Russanov/Getty images
  • PrivatDeal Le concept: négocier le prix des chambres sans informer la concurrence.

  • Reservaurant Son outil optimise le taux de remplissage des restaurants en temps réel.

  • Arve Son système fournit aux clients un certificat de propreté des lieux.

L’hôtellerie et la restauration n’ont jamais autant souffert qu’en 2020. Le début de l’année ne s’annonce guère mieux. Les situations de crise offrent une opportunité de changement et d’innovation. Dans l’hôtellerie, l’expérience du «sans contact» est née du Covid-19: QR codes pour lire le menu, enregistrement mobile, paiements sans contact ou même clé mobile pour ouvrir sa chambre d’hôtel. L’auto-enregistrement commence à se développer, tout comme la reconnaissance faciale ou les commandes vocales pour allumer la télévision ou ajuster les lumières dans les chambres d’hôtel.

A deux pas du campus de l’Ecole hôtelière de Lausanne (EHL) dans le Village de l’innovation – un incubateur qui sera transformé en profondeur ces prochaines années – des startups développent de nouveaux concepts hôteliers et alimentaires. Zoom sur trois d’entre elles.

Retour aux réservations directes

La première, PrivateDeal, a été cofondée par Isabelle et Lucien Mauguin. Tous deux géraient précédemment un groupe hôtelier dans la région parisienne. «Après les attentats de Charlie Hebdo, la France avait déjà connu une énorme vague d’annulations de réservation hôtelière. Il a fallu trouver des solutions pour faire revenir le client, en ajustant les prix», explique Isabelle Mauguin. C’est ainsi qu’a germé le concept de PrivateDeal: négocier le prix de sa chambre en toute discrétion.

Les hôtels, notamment les palaces, n’aiment pas brader leurs chambres, à la vue des concurrents. «Il est très difficile de ressortir de ce mécanisme. Comment allez-vous expliquer à un client qui a payé sa chambre 300 francs qu’il devra payer trois fois plus dans deux ans?» questionne Isabelle Mauguin qui propose une solution de négociation en ligne, directement sur les sites des hôtels.

PrivateDeal a déjà convaincu 300 établissements en Suisse et à l’international, dont une quarantaine appartenant à l’association Swiss Deluxe Hotels. Les clients qui se rendent sur le site de l’hôtel peuvent faire une offre. De leur côté, les hôteliers définissent à l’avance des limites de prix, invisibles aux yeux des utilisateurs. Si le prix proposé par le client est dans la fourchette, l’offre est acceptée. Sinon, un algorithme fait une proposition alternative. Les négociations peuvent se poursuivre, avec un total de quatre allers-retours. «Dans la période actuelle, les hôtels avec lesquels nous travaillons sont prêts à réduire leurs prix jusqu’à 45%. Certains vont jusqu’à 70%. Par contre, les concurrents ne seront pas au courant des discounts proposés», explique Isabelle Mauguin. Les hôteliers y trouvent-ils un avantage? «En l’espace d’une année, ils ont augmenté leurs réservations directes web en volume jusqu’à 40% et en valeur jusqu’à 32%», affirme-t-elle.

PrivateDeal prend une commission de 5%, contre 12 à 30% pour les plateformes de réservation en ligne, de type Booking ou Expedia. «C’est un retour aux réservations directes et à une tarification mieux ajustée à la demande des clients», estime la cofondatrice de la startup romande.

Assurer une pureté de l’air

Autre exemple: la startup Arve, basée à Berne, à Hongkong ainsi qu’au Village de l’innovation. Cette jeune pousse souhaite faire revenir les clients dans les hôtels en leur garantissant des chambres dont l’air est propre et sain. Depuis l’arrivée du Covid-19, beaucoup de chaînes d’hôtels ont annoncé leurs nouveaux «protocoles» sanitaires. «Mais aucune certification n’apporte de preuves», note Kaspar Zimmerli, cofondateur d’Arve. Grâce à ses capteurs, le système de la startup mesure et évalue des données sur la température, l’humidité, la teneur en CO2, la présence de composés organiques volatiles et la quantité d’aérosols dans l’air. Ces données sont envoyées dans le cloud et traitées par un algorithme.

«Un certificat de propreté peut être fourni au client afin de le rassurer. Car aujourd’hui, beaucoup d’entre eux hésitent à passer un séjour dans un hôtel, craignant une contamination au Covid-19, constate Kaspar Zimmerli. Pour l’hôtelier, le système offre une optimisation du nettoyage des chambres et une diminution des coûts. Nous travaillons avec plusieurs clients pilotes à Pékin, Amsterdam et Berne et essayons de conclure d’autres accords à Hongkong, Berne, Singapour et Londres.»

Des réservations optimisées

Enfin, des solutions doivent aussi être trouvées pour les restaurateurs pénalisés par de longs mois de fermeture. Mentionnons l’exemple de Reservaurant. La startup lausannoise a développé un outil innovant et automatique de gestion et d’optimisation du taux de remplissage des restaurants en temps réel. «Le restaurateur n’a plus à répondre aux téléphones, ni aux mails, et ne doit pas réfléchir au remplissage de ses tables. Au fur et à mesure des réservations, un algorithme intelligent calcule et optimise la combinaison des tables et la composition des salles», précise Didier Bonny, directeur et fondateur. Les réservations venant de l’application mobile s’intègrent directement dans la plateforme de gestion.

Il existe une panoplie de systèmes de réservations, à l’exemple d’OpenTable, LaFourchette ou GuestOnline. «Un des avantages de Reservaurant pour les restaurateurs est le coût. Nous prenons entre un peu plus de 1 franc à quelques centimes pour une réservation, contre 2 à 5 francs pour les plateformes concurrentes», précise Didier Bonny qui espère séduire plus de 600 restaurants d’ici à la fin de l’année. Dès qu’ils auront rouvert...

Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

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