Bilan

L’inépuisable moteur du solaire suisse

Chercheur au CSEM et à l’EPFL, le professeur Christophe Ballif, tenant d’un nouveau record mondial d’efficacité photovoltaïque, vient de recevoir le prix Becquerel. Portrait.

Christophe Ballif présente en 2014 les premiers modules solaires blancs du monde.

Crédits: Guillaume Perret/lundi13

Ne dites pas à Christophe Ballif que les énergies renouvelables allemandes sont seules responsables de la situation difficile du marché électrique suisse. Pour le directeur du laboratoire de photovoltaïque de l’EPFL et du PV-Center du Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM) à Neuchâtel, c’est parce que l’électricité sale n’est pas taxée que le prix du kilowattheure européen est tombé à 3 ct., rendant barrages et nucléaire hors de prix. «La réalité, c’est que, tant en Europe qu’en Suisse, nous ne nous sommes pas encore donnés les moyens de la transition énergétique», assène-t-il.

Fils d’un couple d’instituteurs de la vallée de Joux, Christophe Ballif, 46 ans, n’a pourtant, lui, pas ménagé ses efforts pour que ces moyens existent. Et pas seulement dans la recherche mais aussi dans l’économie. 

Après son diplôme de physique théorique au Poly de Lausanne, financé en enseignant les enjeux énergétiques aux écoliers, il est passé par les plus grands labos de la recherche solaire: le National Renewable Energy Laboratory à Golden au Colorado puis à l’Institut Fraunhofer pour les systèmes solaires à Fribourg en Allemagne. Le Fraunhofer étant alors au cœur de la mise en place de l’industrie photovoltaïque allemande,
il apprendra là l’importance des collaborations avec les industriels.

Cette obsession du transfert de technologie est déterminante. En 2004, il est recruté en tant que professeur à l’Institut de microtechnique de l’Université de Neuchâtel pour succéder au pionnier suisse de l’énergie solaire, Arvind Shah. Ce dernier s’était alors lancé dans l’industrialisation de ses découvertes comme les cellules à couches minces afin qu’elles aient un véritable impact environnemental. Une démarche qui a abouti, entre autres, à la création d’Oerlikon Solar.

Deux jobs à 80%

Sur cette base et avec cette philosophie, Christophe Ballif va pousser la croissance. Son laboratoire passe de 20 à 50 collaborateurs dans la foulée de son transfert de l’Université de Neuchâtel à l’EPFL en 2009. A la suite de la catastrophe de Fukushima et à la décision consécutive de la Suisse de sortir du nucléaire, ses projets incarnent les nouvelles ambitions du pays dans le renouvelable.

Cela aboutira en 2013 à la création d’un deuxième centre de recherche dans le cadre du CSEM. Avec ses deux centres et un total de 80 collaborateurs, le chercheur confesse faire deux jobs à 80%. Mais comme le démontre son récent prix Becquerel, la plus grande récompense européenne dans l’énergie solaire, ses paris concrétisent leurs promesses. 

Sur le plan de la recherche, les procédés de fabrication des cellules à hétérojonction (plus productives en associant silicium amorphe et monocristallin)
qu’a développés son équipe sont adoptés par plusieurs  fabricants (dont SolarCity, d’Elon Musk). Son labo du CSEM vient de battre un record du monde du rendement en convertissant 29,8% de la lumière en électricité. Il s’emploie aussi à améliorer (à près de 25%) l’efficience des nouvelles cellules à bas coût à base de pérovskite. 

Sur le plan industriel, de Meyer Burger (via le rachat de Roth & Rau) à Solaxess en passant par Indeotec, on ne compte plus les spin-off sortis du laboratoire Ballif. S’y ajoutent une quarantaine de partenariats industriels.

Mais sa plus grande satisfaction est de voir que, comme il l’a prédit, cette énergie «unique parce que, chaque fois que vous doublez la production cumulée, les coûts diminuent de 20%» n’a quasi plus besoin de soutiens. «Ses coûts ont baissé d’un facteur 2,5 depuis 2010 pour atteindre par endroits les 4,5 ct. le kilowattheure.» Du coup, sa crainte est que la Suisse retarde la transition énergétique  plutôt que de se saisir du potentiel du photovoltaïque.

Fabrice Delaye
Fabrice Delaye

JOURNALISTE

Lui écrire

Fabrice Delaye a découvert Internet le 18 juillet 1994 sur les écrans des inventeurs du Web au CERN. La NASA diffusait ce jour-là les images prises quasi en direct par Hubble de la collision de la comète Shoemaker-Levy sur la planète Jupiter…Fasciné, il suit depuis ses intuitions sur les autoroutes de l’information, les sentiers de traverse de la biologie et étend ses explorations de la microélectronique aux infrastructures géantes de l’énergie.

L’idée ? Montrer aux lecteurs de Bilan les labos qui fabriquent notre futur immédiat; éclairer les bases créatives de notre économie. Responsable de la rubrique techno de Bilan depuis 2006 après avoir été correspondant de L’Agefi aux Etats-Unis en association avec la Technology Review du MIT, Fabrice Delaye est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et de l’EPFL.

Membre du jury des SwissICT Awards, du comité éditorial de la conférence Lift et expert auprès de TA-Swiss à l’Académie Suisse des Arts et des Sciences, Fabrice Delaye est l’auteur de la première biographie du président de l’EPFL, Patrick Aebischer.

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