Bilan

L'Escalade ne court pas après l’argent

Avec un budget de 2,5 millions de francs, la classique genevoise est la plus populaire du pays. Mais sur le plan financier, le comité ne tient pas à développer son expansion.

L’Escalade reste, et de loin, la plus populaire de toutes les épreuves organisées en Suisse.

Crédits: Dr

Ils étaient 610 au départ de la première course, en 1978. Ils seront 38 000 le 5 décembre prochain. Aujourd’hui, l’Escalade reste, et de loin, la plus populaire de toutes les épreuves organisées en Suisse, devant le GP de Berne, dans un sport – la course à pied – en pleine expansion.

De quoi transformer la classique genevoise en machine à profits? Cela n’a jamais été la philosophie du comité. Membre fondateur et patron de la course, Jean-Louis Bottani en est le garant: «Comme on le voit encore cette année, l’argent dénature le sport. A l’Escalade, nous sommes, depuis les débuts, un groupe d’amis, des passionnés de course à pied, dont le seul but est de se faire plaisir, en défendant des valeurs comme le respect, le fair-play, l’humilité. De l’argent, on pourrait en gagner plus, mais pour en faire quoi?»

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Meilleure illustration de cette philosophie, la relation de fidélité qui lie le comité à son pool de sponsors. Ces derniers fournissent 40% d’un budget qui, aujourd’hui, avoisine les 2,5 millions de francs. Aesbach, l’historique magasin de chaussures genevois, est présent depuis les débuts, Migros et UBS depuis plus de quinze  ans.

Non à McDonald

Ces dernières années, le comité a décliné de nombreuses offres, notamment celle, mirifique, de McDonald. «Promouvoir la santé en s’associant à une telle société aurait été incohérent. Nos actes doivent correspondre à nos paroles.» Et Jean-Louis Bottani de poursuivre: «Pour l’heure, notre pool de sponsors est complet. Je ne les appelle d’ailleurs pas sponsors, mais partenaires. La plupart nous ont aidés quand nous n’étions personne, alors que le succès actuel était encore inimaginable. Cette fidélité, nous ne l’oublions pas.»

Un état d’esprit que Bruno Fries, le trésorier de la course,  partage totalement. «Jamais nous n’avons lancé d’appel d’offres en demandant: "Combien pouvez-vous nous donner?" Nous nous refusons à le faire. Aujourd’hui, même si Credit Suisse nous offrait le double d’UBS, nous dirions non. Bien sûr, l’argent est le nerf de la guerre, nous ne pourrions rien faire sans, mais notre gestion est très saine.»

Membre de la quatrième génération des magasins Aesbach, Sébastien, 35 ans, est fier d’honorer le contrat que Christian, son père, avait signé en son temps avec Jean-Louis Bottani voilà près de 40 ans. «L’Escalade est davantage une affaire d’hommes que de marketing. Même si le mot est très souvent galvaudé, il y a une vraie éthique dans cette course qui, plus que jamais, fait partie du patrimoine genevois.» 

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La finance d’inscription, restée inchangée pendant plus de dix ans, est passée de 30 à 35 francs en 2012. «Nous n’avions pas d’autre alternative tant les charges avaient pris l’ascenseur. Mais cela n’avait suscité aucune réaction négative», se réjouit le président.

Le budget, toujours en légère augmentation, sert à couvrir les frais liés à la sécurité, au chronométrage, mais il permet surtout d’améliorer les infrastructures en permanence . Nouveautés cette année: un troisième écran géant au Bourg-de-Four et une nouvelle passerelle qui permettra au public de mieux se déplacer à la place Neuve près de l’arrivée.

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Le jour J, quelque 1000 bénévoles seront à pied d’œuvre comme d’habitude et, parmi les 21 membres d’un comité très stable, personne n’a jamais touché un centime, malgré des réunions régulières, chaque année, depuis février. «Au début, on y est plutôt allé de notre poche», sourit le président. Se sent-il fier de ce succès unique? Point trop s’en faut non plus. «Disons qu’on a fait du bon boulot.»

*Sport-Center

Bertrand Monnard*

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