Bilan

L’ergonomie, l’outil du bien-être au travail

Contrairement aux idées reçues, l’ergonomie ne se limite pas aux aspects mécaniques. C’est une science du compromis entre l’environnement, l’organisation du travail, le corps et l’esprit. Nos conseils pour se sentir bien dans son job.

Parler d’ergonomie, c’est ouvrir la boîte de Pandore tant cette discipline fait appel à des savoirs hétéroclites. Elle mobilise des connaissances en médecine, en métrologie, en psychologie et en management et en organisation du travail. «Généralement, quand on parle d’ergonomie, on s’arrête aux aspects mécaniques. On évoque la hauteur de la table, et les chaises réglables, relève Alain Parel, ergonome européen et psychologue du travail chez Ergorama à Genève. Certes, ces éléments sont importants. Mais ils ne forment qu’une part de nos interventions.» Car la santé du collaborateur découle de multiples facteurs.

Pour ajouter à cette complexité, il n’y a pas de solution définitive en matière d’ergonomie, applicable à tous sans distinction. «Le poste-type n’existe pas, avertit Damien Benoit, fondateur d’ergonomic à Blonay. Nous avons tous une histoire corporelle, un travail et des besoins différents.» L’ergonomie travaille ainsi à la fois sur le corps, l’esprit, l’environnement et l’organisation. Son objectif? Le bien-être au travail.

Le corps

Les ergonomes sont unanimes. S’il convient d’adopter les postures recommandées (lire encadré), cela ne suffit pas. Il faut changer régulièrement de position. Les tables mobiles que l’on règle à différentes hauteurs et qui permettent de travailler aussi bien debout qu’assis font désormais fureur. A la Mobilière Vie, par exemple, tous les collaborateurs en sont équipés. «L’absence de mouvement crée des tensions et des problèmes de circulation sanguine, explique Fabienne Kern, ergonome et physiothérapeute auprès de l’Institut universitaire de santé au travail (IST). Mais il faut changer régulièrement de position, car la colonne vertébrale est physiologiquement mobile. Ainsi, la pression sur les disques varie et les tensions ne s’accumulent pas au même endroit.»

Pour cette raison, les chaises dont on peut régler le dossier sur «statique» ou «mobile» représentent également un bon compromis. «Si on écrit, on cale son dossier, conseille-t-elle. Pour lire ou pour téléphoner, on le relâche, ce qui permet de se détendre et de se pencher vers l’arrière.»

L’esprit

«Une employée se plaignait de douleurs lombaires, raconte Alain Parel. En creusant, j’ai vu qu’elle ne s’entendait pas avec son nouveau chef, que son collègue parti à la retraite n’avait pas été remplacé et qu’on avait changé son bureau et ses horaires contre sa volonté.» Bref, les maux de cette collaboratrice traduisaient une souffrance psychologique. «Nous avons donc agi en amont dans l’entreprise», déclare le jeune ergonome. «La douleur est souvent une manière d’exprimer un trop-plein et une insatisfaction liée au travail», ajoute Damien Benoit.

L’environnement

Il est constitué des désagréments intangibles qui empêchent de se concentrer, comme le bruit, les odeurs ou la chaleur. «Chacun possède sa sensibilité propre, explique Bruno Savoyat, spécialiste en organisation du travail à Genève. Certains sont dérangés par le bruit, d’autres par la vue du collègue en face qu’ils ne peuvent s’empêcher de regarder, d’autres encore par le déplacement d’air généré par les personnes qui passent derrière eux.» Dans les bureaux paysagers, devenus la norme aujourd’hui, ces pollutions se multiplient. «L’idéal, c’est d’abord d’identifier ce qui gêne le collaborateur, reprend Bruno Savoyat. Et ensuite d’aménager sa place de travail, dans la mesure du possible, en fonction de sa sensibilité propre.» L’objectif? Créer un environnement de travail motivant. «Nous essayons de jouer sur le confort, sur des couleurs stimulantes ou apaisantes, sur les contrastes», reprend Alain Parel. D’ailleurs, l’ordonnance 3 relative à la loi sur le travail a identifié l’effet des couleurs sur le mental: le bleu et le vert apaisent, l’orange, le jaune et le brun stimulent, alors que le violet décourage et que le rouge énerve.

L’organisation

«Un facteur important pour la santé est l’absence d’autonomie en matière de rythme de travail», souligne Fabienne Kern. Certaines personnes doivent accomplir les tâches les plus astreignantes l’après-midi alors qu’elles sont en forme le matin.

Hélas, les bureaux paysagers et la standardisation du travail ne permettent guère ces aménagements. En matière d’ergonomie, l’idéal se heurte sans cesse aux besoins de l’entreprise et aux coûts. «L’ergonomie effectue une négociation permanente entre le prescrit et le réel», conclut Alain Parel. Bref, c’est une science du compromis. Un compromis qui consiste à trouver des règles applicables à tous et satisfaisantes pour chacun.

DIX PRINCIPES SIMPLES... MAIS EFFICACES

1 Ne jamais positionner son poste de travail dos ou face à une source de lumière, afin d’éviter les éblouissements et les reflets.

2 Régler la hauteur de son bureau et de sa chaise de manière à avoir les cuisses et les avant-bras à l’horizontale. La hauteur du bureau se situera de préférence entre 68 et 76 centimètres.

3 Libérer le maximum de place sous et sur le bureau afin de ne pas gêner ses mouvements.

4 Placer l’écran et le clavier en face de soi.

5 Le bord supérieur de l’écran doit se trouver au niveau des yeux.

6 Les accoudoirs doivent être suffisamment bas pour permettre de s’approcher au maximum de la table de travail.

7 Prendre le temps de bien régler sa chaise. La chaise la plus ergonomique ne sert à rien si elle n’est pas adaptée.

8 Changer régulièrement de position, par exemple en travaillant une partie du temps debout, et une partie du temps assis.

9 Régler les caractères et les contrastes sur l’écran en fonction de sa vue.

10 Eclairer suffisamment son poste de travail. Une lumière d’appoint est recommandée. Source: Ergorama

 

TEMOIGNAGES

«Mon bureau c’est aussi mon BlackBerry» Monique Bourquin, CEO d’Unilever, Thayngen (SH)

«Pour moi, le bureau dépasse largement ma table et ma chaise. En fait, il m’accompagne partout sous la forme de mon BlackBerry. Je ne passe que 20% de ma journée assise à ma table de travail dans l’entreprise. Le reste du temps, je travaille auprès de mes collaborateurs. Ce sont les heures les plus intenses et les plus riches de ma vie professionnelle. Sinon, j’ai besoin d’ordre pour réfléchir. Ma table est presque vide. Elle compte un téléphone et un ordinateur. Très peu de papiers. En réalité, on n’a pas besoin de papiers. Sauf les chiffres. J’ai un classeur de 30 pages, à côté de mon bureau, dans lequel j’archive les chiffres et les informations indispensables. Et c’est presque tout. Quand je finis ma journée, ma table est parfaitement rangée. C’est ainsi que je sais que j’ai tout réglé. J’aime beaucoup le mur orange que j’ai fait peindre en face de mon poste de travail. Cette couleur me rend positive. Elle me donne de l’énergie.»

 

«Les objets autour de moi génèrent du positif» Jean-Luc Blanc, responsable du service courtiers à la Mobilière Vie, Nyon

«Mon objectif, c’est de garder la maîtrise des événements et d’éviter le stress. Je sépare l’urgent de l’important. Et j’empile le moins de papiers possible sur ma table, car les piles dévorent mon énergie. A côté de mon bureau, je possède un caisson avec cinq tiroirs, un pour chaque jour de la semaine. Ce sont mes enfants qui l’ont fabriqué et décoré. J’aime disposer des objets personnels autour de moi. Ils génèrent des pensées positives,libèrent le négatif, et du coup le moteur repasse à la vitesse supérieure. Pour mon confort, j’ai adapté la hauteur de mon ordinateur. Et comme le néon me donne mal à la tête, j’ai acheté une lumière d’appoint. En revanche, avec toutes ces fenêtres, je ne maîtrise pas la chaleur en été. Parfois, elle est si forte que je ne peux plus me concentrer, alors j’accomplis des tâches simples, du classement. Mes collaborateurs disposent de tables réglables pour travailler debout. Ils apprécient énormément. Malheureusement, mon mobilier actuel ne le permettait pas.»

Fabienne Bogadi

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