Bilan

L’empire Oetker, de la pizza aux hôtels de luxe

Créé il y a plus d’un siècle, le groupe allemand est toujours détenu à 100% par la famille, classée 83e fortune d’Europe. Extrêmement diversifié, il vise des acquisitions prochainement en Amérique et en Europe.
  • Fregate Island Private aux Seychelles est géré par Oetker.

    Crédits: Dr
  • Le luxueux Château Saint-Martin, à Vence, appartient à la Oetker Collection.

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Qui  ne connaît pas les mélanges à gâteaux du Dr. Oetker qui dépannent ceux qui manquent de temps ou permettent aux apprentis cuisiniers de passer pour de véritables pâtissiers? Depuis plus d’un siècle, la marque est devenue une référence en matière de pâtisserie et de desserts, ainsi que de pizzas (la gamme Ristorante) et snacks surgelés. Même si aujourd’hui l’alimentaire n’est qu’une division parmi les six que compte la multinationale allemande. 

Toute l’histoire de cet inventeur de produits de pâtisserie débute en 1891. Cette année-là, le pharmacien August Oetker lance une société à Bielefeld, petite ville industrielle allemande, dans le nord-est de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Il vend du cacao, des colorants et une formule de poudre à lever qu’il a développée sous le nom de Backin. 

Fort du succès de son petit commerce, l’entrepreneur rachète en 1923 la fabrique de chimie Budenheim. Cette même année, le couple Oetker acquiert des parts du Brenners Park-Hotel & SPA à Baden-Baden «car Madame s’y sentait bien». Un hôtel de luxe emblématique à l’orée de la luxuriante Forêt-Noire et qu’il rachètera intégralement en 1941. C’est le début de l’aventure dans l’hôtellerie de prestige. 

La famille prend aussi, en 1936, des participations dans l’entreprise de fret maritime Hamburg Süd. Mais c’est surtout sous l’impulsion de Rudolf-August Oetker (1916-2007), petit-fils du fondateur qui reprit les rênes de l’entreprise en 1944, que le groupe s’étend dans de nombreux secteurs d’activité. 

Ainsi, après plus de cent vingt  ans d’existence, le géant de Bielefeld compte actuellement 400 entreprises différentes à travers le monde pour un chiffre d’affaires total évalué à 11 milliards d’euros en 2014 (lire l’encadré). Sa division alimentaire emploie 12 790 personnes pour un chiffre d’affaires de 2,6 milliards d’euros.

Chapeautée par l’entreprise Dr. Oetker, la société distribue, dans plus de 40 pays, 3500 différents produits frais et congelés (dont la fameuse levure chimique, desserts, pizzas, céréales, etc). Les cinq autres domaines d’activité du groupe se partagent ainsi: une division bières et boissons non alcoolisées sous l’égide du groupe Radeberger (chiffre d’affaires de 1,9 milliard); une division vins et spiritueux (697 millions) dont la maison mère se nomme Henkell & Co.; une division fret maritime, la plus grande du groupe (5,2 milliards) avec Hamburg Süd; une division bancaire représentée par Bankhaus Lampe (bilan consolidé de 8,5 milliards); une division «autres intérêts» qui comprend l’entreprise «historique» de chimie Budenheim, une maison d’édition, une société d’informatique, une autre dans le transport et, bien sûr, la très prestigieuse Oetker Collection, le pôle hôtellerie de luxe du groupe familial.

Aujourd’hui, la quatrième génération, avec à sa tête Richard Oetker, continue à diriger la multinationale allemande toujours détenue à 100% par la famille. La stratégie de diversification du groupe n’explique pas seule qu’il soit devenu un empire. Sa force vient aussi d’une vision à long terme ainsi que d’une politique sociale qui a toujours prôné «les intérêts de la société avant ceux de la famille propriétaire».

La Oetker Collection

L’hôtellerie est le seul secteur pour lequel la famille a réalisé des «achats coups de cœur» et non pas des «achats investissement», indique Frank Marrenbach, CEO du pôle hôtelier. Sous le nom de Oetker Collection, la sélection comprend, outre le Brenners Park-Hotel & Spa à Baden-Baden, le Hôtel Bristol en plein cœur de Paris (premier hôtel à recevoir la distinction «Palace»), le Château Saint-Martin à Vence et l’Eden Roc au cap d’Antibes. Chaque propriété a une histoire, reflétant l’héritage européen, partageant un service de qualité, une architecture historique et une décoration intérieure recherchée tout en accordant une grande attention aux détails.

Il y a cinq ans, décision fut prise d’élargir cet éventail à des adresses mythiques ailleurs qu’en Europe. La collection s’enrichit alors de quelques prestigieux établissements qu’elle n’achète pas mais qu’elle gère. C’est ainsi que sont signés des contrats de management pour cinq «masterpiece hotels»: le Palais Namaskar à Marrakech, l’Apogée à Courchevel, l’Eden Rock à Saint-Barthélemy, Fregate Island Private aux Seychelles et, depuis peu, The Lanesborough.

Situé à deux pas du Buckingham Palace, ce nouveau joyau de la collection, considéré pendant longtemps comme le meilleur hôtel de Londres, vient tout juste de rouvrir après dix-huit  mois de rénovation. 

Tous ces établissements ont reçu en 2015 plusieurs distinctions internationales, parmi lesquelles «meilleur hôtel du monde» et «meilleur directeur du monde» selon le guide Gallivanter pour le Bristol Paris, «spa le plus luxueux d’Europe» du Tatler Spa Award 2015 pour le Brenners Park-Hotel & Spa, et parmi les cinq «meilleurs hôtels cinq étoiles du monde» du Forbes Travel Guide pour l’Eden Rock St Barths.

Ainsi, même si l’hôtellerie de luxe ne représente qu’une petite activité du conglomérat Oetker, la famille d’industriels est très attachée à sélectionner des hôtels exclusifs avec un savoir-faire reconnu. A la tête de la Oetker Collection, Frank Marrenbach entend, ces prochaines années, agrandir encore le réseau en rajoutant des établissements d’exception.

«Notre ambition est de saisir les meilleures opportunités sans aucune précipitation. En tant que groupe familial, nous n’avons aucune pression d’actionnaires», se réjouit le président de la collection, qui aspire ainsi à grandir de manière très prudente. En effet, le groupe a abandonné l’idée de construire la déclinaison du Bristol à Abu Dhabi, après de multiples complications administratives. La collection entend, en revanche, s’installer prochainement de l’autre côté de l’Atlantique. «Je ne peux encore rien vous dire, mais nos prochaines acquisitions se feront principalement en Amérique et en Europe», souligne Frank Marrenbach. 

Et qu’en est-il de la Suisse? «Nous aurions été intéressés d’avoir un hôtel à Saint-Moritz ou à Gstaad. Mais fermer six mois par année est très compliqué», indique l’hôtelier. Le groupe a toutefois déjà été présent en Suisse: il était propriétaire durant trente ans du Park Hotel Vitznau (Lucerne), revendu en 2009. Quoi qu’il en soit, l’approche dans l’acquisition de «nouvelles perles» sera toujours la même: trouver des lieux mythiques et offrir un service de très haute qualité sur mesure. La quintessence du luxe.

Chantal Mathez

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