Bilan

L’application qui fâche les autoécoles

Drive4less met en relation des accompagnateurs expérimentés et des apprentis conducteurs pour effectuer les heures de conduite.

Les fondateurs de drive4less: Paolo Piffaretti et Tobias Bienz.

Crédits: Dr

Pour se présenter à l’examen du permis de conduire, il faut afficher à son compteur une centaine d’heures de conduite accompagnée, en plus des 25 heures d’auto-école usuelles. Une tâche pour laquelle les parents sont tout désignés. Or parfois, le recours aux proches s’avère impossible. Etudiant à l’Université de Saint-Gall, Paolo Piffaretti s’est trouvé dans cette situation.

C’est alors qu’il a eu l’idée de l’application internet drive4less. Celle-ci met en contact des apprentis conducteurs avec des «accompagnateurs» au bénéfice de trois ans de permis comme le demande la loi, prêts à soutenir un débutant dans sa pratique. Il s’associe alors avec un camarade d’études, Tobias Bienz, pour fonder l’Uber de l’auto-école, lancé lors de l’été 2015.

«L’inscription est gratuite. Les accompagnateurs sont défrayés pour l’essence mais ne touchent aucune rémunération.» Leur motivation ? «Se rendre utile. Et pour faire des rencontres, drive4less constitue une approche plus conviviale que Tinder», sourit l’entrepreneur. Parmi les demandeurs, pas que des jeunes. L’application drive4less a par exemple permis à une mère de famille de retrouver confiance au volant, après une période où elle avait cessé de conduire. 

«Conduire, c’est la liberté. Or, il n’est pas toujours facile de réunir les 3800 francs que coûte un permis. Nous souhaitons démocratiser l’accès à la mobilité individuelle», poursuit Paolo Piffaretti. Drive4less n’a pas pour ambition de dégager des bénéfices, ce qui serait contraire à son statut d’association à but non lucratif.

«Nous limitons notre offre à la conduite accompagnée, sans faire de concurrence aux auto-écoles traditionnelles», précise d’emblée Paolo Piffaretti. A Zurich, drive4less est déjà en contact avec un maître d’auto-école désireux de collaborer.

Une plainte déposée 

Mais du côté de la Fédération romande des écoles de conduite, le directeur Jean-Bernard Chassot ne l’entend pas de cette oreille. «Faire de la conduite contre rémunération sans être titulaire d’une autorisation, c’est de la concurrence déloyale.» Pourtant, drive4less affirme défrayer mais non rémunérer ses «accompagnateurs». «La gratuité, ça n’existe pas, rétorque Jean-Bernard Chassot. Nous avons dernièrement déposé une plainte auprès du Ministère public du canton de Fribourg.» Affaire à suivre. 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

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Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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