Bilan

Jean-Marc Probst, le patron qui monte

Le Vaudois cumule les postes clés au sein de l’économie helvétique. Si l’opportunité se présente, il pourrait devenir le patron des patrons suisses.
  • Jean-Marc Probst dirige Probst Maveg, active dans l’importation et la vente de machines de chantier.

    Crédits: François Wavre/Lundi13
  • Sur le plateau de «La course autour du monde» avec Paul-Henri Arni (à gauche).

    Crédits: Dr
  • Jean-Marc Probst collectionne les éditions du «Petit Prince»: il en possède 3700.

    Crédits: Darrin Vanselow

Dans le coin droit du bureau sur lequel sont alignées au cordeau une dizaine de pochettes en plastique, se dresse un petit drapeau noir, rouge et jaune de la République fédérale d’Allemagne. Accroché au mur: un vieux plan de Berlin. «Il date de 1757», indique Jean-Marc Probst en se levant pour montrer la présence d’une Probstgasse, la ruelle du prévôt.

Depuis le 1er janvier 2015, le patron de l’entreprise vaudoise Probst Maveg, active dans l’importation et la vente de machines de chantier, assume une fonction à laquelle rien ne le prédestinait: consul honoraire d’Allemagne pour les cantons de Genève, de Vaud et du Valais.

«J’ai accepté cette nomination à la demande de son ambassadeur pour la Suisse car j’aime ce pays et sa mentalité, laquelle est beaucoup moins carrée et fermée que les Romands se l’imaginent», explique le Vaudois. S’il maîtrise parfaitement la langue de Goethe, c’est grâce à son père Eric qui l’a poussé à poursuivre ses études d’ingénieur en mécanique à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich. Un atout qui s’est avéré décisif non seulement pour étendre les activités de l’entreprise familiale outre-Sarine, mais surtout pour accéder à des postes clés au sein de plusieurs associations économiques.

Depuis quelques années, Jean-Marc Probst cumule en effet les responsabilités. Il préside Commerce Suisse, assume la vice-présidence de l’Union patronale suisse et siège au comité d’EconomieSuisse et au sein des conseils d’administration de Switzerland Global Enterprise et de CSS Assurance. Ce qui fait du Vaudois l’un des patrons romands les plus en vue sur le plan national. Et ses apparitions médiatiques ne cessent de croître dans les campagnes de votation. Par exemple, il a soutenu avec conviction la construction d’un deuxième tunnel routier dans le massif du Gothard.

Entre louanges et menaces

Jean-Marc Probst vante le modèle helvétique. Il se bat pour un partenariat social fort, une formation duale et académique de qualité, un marché du travail très souple et des accords économiques avec nos partenaires étrangers. A l’inverse d’autres chefs d’entreprise, le patron de Probst Maveg ne trouve rien à redire sur le niveau des impôts.

«D’un côté, nous avons une fiscalité intelligente qui n’étouffe ni les entrepreneurs ni les personnes fortunées. De l’autre, les collectivités publiques ne gaspillent pas l’argent du contribuable», constate Jean-Marc Probst. Lequel partage les convictions du conseiller d’Etat vaudois Pascal Broulis contenues dans son ouvrage L’impôt heureux.

Parmi ses sources d’inquiétude: la surréglementation qui alourdit inutilement les charges des entreprises et les négociations de libre-échange entre les Etats-Unis et l’Union européenne. Si celles-là aboutissaient à un accord entre les deux parties, elles menaceraient les exportations helvétiques tant vers l’Amérique que vers le Vieux-Continent.

«Le danger est réel. Il faut que la Suisse tente de s’arrimer à ce traité (le TTIP). La volonté manifestée par les Etats-Unis de l’ouvrir à des pays tiers comme le Canada et le Mexique constitue une opportunité que le Conseil fédéral ne doit pas rater», insiste Jean-Marc Probst.

A l’inverse, l’immigration n’est pas une menace pour la Suisse. Au contraire, l’ouverture des frontières est une chance pour sa compétitivité. «Notre pays a toujours réussi à intégrer les étrangers, d’où qu’ils proviennent: d’Italie, d’Espagne, du Portugal, des Balkans, du Sri Lanka, du Vietnam. Il n’en ira pas autrement avec les migrants du Moyen-Orient», estime le Vaudois.

Avec l’expérience accumulée dans ses nombreuses activités, Jean-Marc Probst envisage-t-il de prendre les rênes de l’Union patronale suisse? Il ne l’exclut pas. Son poste de vice-président et son bilinguisme en font le candidat idéal pour succéder au Zurichois Valentin Vogt, si ce dernier décide de se retirer lors du renouvellement de son mandat dans quelques années.

Depuis sa fondation au début du XXe siècle, cette association faîtière, qui défend les intérêts des employeurs dans les domaines du marché du travail, de la formation et de la politique sociale, n’a eu que deux présidents romands. Le premier, Gustave Naville, entre 1908 et 1921, et le second, Albert Dubois, entre 1948 et 1967. Après cinquante ans d’attente, le tour d’un francophone semble venu. Avec Jean-Marc Probst, les PME, colonne vertébrale de l’économie helvétique, disposeraient d’une écoute attentive.

Une passion pour le Petit Prince

Comme la majorité des rejetons d’entrepreneurs, le Vaudois a vécu son enfance et son adolescence au rythme de l’entreprise familiale créée en 1960: «A table, la conversation tournait souvent autour de ses activités. A l’adolescence, j’étais attiré par le cinéma. Mais j’ai pris l’engagement envers mon père de lui succéder le moment venu. Et j’ai tenu parole.»

Durant dix ans, entre la fin de ses études en 1983 et son accession à la direction en 1993, il fait ses gammes à ses côtés. Parallèlement, il se lance en politique dans les rangs des radicaux, qui dominaient alors le canton de Vaud. «En 1982, j’ai été mieux élu que le syndic Paul-René Martin au législatif de Lausanne. Un succès que je devais à ma visibilité auprès de la population. Un an auparavant, je réalisais un de mes rêves en terminant La course autour du monde, une émission de télévision qui m’a permis de sillonner la planète caméra au poing pour diffuser des reportages», raconte Jean-Marc Probst.

De cette aventure naît une passion pour le Petit Prince. La découverte de l’œuvre d’Antoine de Saint-Exupéry en arabe et en japonais constitue une véritable révélation. Le baroudeur en ramène des exemplaires dans ses bagages. Emerge alors l’idée de se lancer dans la recherche d’ouvrages en langues étrangères. D’année en année, la collection s’agrandit, au point de devenir la plus importante du monde avec plus de 5000 ouvrages, dont 3700 éditions du Petit Prince en quelque 290 langues différentes.

En 2013, le Vaudois crée la Fondation Jean-Marc Probst pour le Petit Prince. Parmi ses buts figure notamment sa traduction dans des idiomes méconnus ou en voie de disparition. On peut désormais le lire en aymara (Bolivie), en créole jamaïcain, en kirundi (Burundi) et bientôt en mapuche (Chili), en groenlandais et en allemand haut-valaisan. «Traduire ce livre, c’est partager des valeurs philosophiques universelles pour tenter de créer un monde meilleur», explique Jean-Marc Probst.

Sa fondation projette maintenant d’ouvrir d’ici à deux ans une Maison du Petit Prince entre Lausanne et Genève. «Je ne veux pas créer un musée mais un lieu d’échange et d’expositions temporaires. J’ai obtenu le soutien de divers conseillers d’Etat romands et de la succession qui gère l’héritage culturel de Saint-Exupéry. Si tout se passe comme prévu, je pourrai dévoiler mon projet dans le courant de cette année», relève Jean-Marc Probst. 

Ce dernier est convaincu que le support papier ne disparaîtra pas en dépit des nouvelles tendances de lecture sur tablette et smartphone. C’est pour cette raison qu’il a participé en été 2014 au rachat des librairies Payot au côté de leur directeur Pascal Vandenberghe et de l’éditrice Vera Michalski. «Il y a des symboles qui ne trompent pas: dans une rue de Genève, une librairie a remplacé une banque», observe le Vaudois.

Et l’avenir?

Aujourd’hui, Jean-Marc Probst prépare sa succession en douceur. A 60 ans, il est temps de remettre l’entreprise familiale et sa direction opérationnelle à la troisième génération. Si son fils aîné Luca travaille et vit à Singapour, ses jumeaux Nicola et Andrea, âgés de 30 ans, ont manifesté l’intérêt de poursuivre l’œuvre de leur grand-père et de leur père. Actifs au sein de Probst Maveg depuis 2012, ils se sont réparti les tâches de manière très claire.

«Il faut savoir se retirer suffisamment tôt afin de permettre à la nouvelle génération de développer ses idées et de favoriser ainsi l’expansion de l’entreprise», souligne Jean-Marc Probst. Il n’a pas encore fixé la date de son retrait des affaires opérationnelles ni celle de la cession du capital. En revanche, il compte garder la présidence de son groupe durant quelques années encore.

Dans l’immédiat, son esprit est occupé par les tâches courantes de son entreprise, de sa fondation et de ses mandats. Parmi celles-là figure la préparation de la fête nationale allemande pour les ressortissants germaniques vivant en Suisse qui aura lieu le 3 octobre prochain. Pour la première fois, elle se déroulera à Lausanne.  

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix Jean Dumur 1998, Prix BZ du journalisme local

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