Bilan

«Je ne suis pas Monsieur Zermatt»

Président des remontées mécaniques, Franz Julen affiche une modestie toute montagnarde. Il joue pourtant un grand rôle dans le dynamisme de la station haut-valaisanne.

Franz Julen: «Si on sait apprendre des défaites et des déceptions, on peut aller loin.»

Crédits: Sedrik Nemeth

De Zermatt, on dit souvent que, contrairement aux autres stations, elle n’a pas besoin de pub tant le Cervin suffit à son succès. Ce cliché, Franz Julen, président des remontées mécaniques depuis deux ans, le réfute avec vigueur: «Cette idée m’agace. Non, notre succès, ce n’est pas que le Cervin. Il est avant tout dû à la mentalité d’entrepreneur d’une station qui a toujours cru au tourisme, à l’avenir.»

Et du dynamisme, Zermatt en fait, plus que jamais, preuve aujourd’hui. Après la nouvelle télécabine Trockener Steg Petit-Cervin en service depuis deux ans, c’est un téléphérique flambant neuf qui permettra dès 2021 de rejoindre l’Italie depuis ce même Petit-Cervin, pour un investissement global de quelque 150 millions. «A l’avenir, le ski n’augmentera plus. L’idée est de développer le tourisme l’été», souligne Franz Julen. Et ce n’est pas tout: Zermatt ambitionne de lancer sa première course de Coupe du monde, rien de moins que la plus longue et la plus haute descente de l’histoire, plus de 5 kilomètres, du Gobba di Rollin à 3899 m d’altitude jusqu’à Laghi delle Cime Bianche en Italie. «Seule à traverser deux pays, elle aura lieu début novembre, juste après Sölden, lançant ainsi la saison autour du Cervin. Le ski de compétition a besoin d’innovation et ce projet est plus que sérieux», ajoute Franz Julen.

Sa carrière, le Zermattois l’a démarrée en servant pendant cinq ans à la fois de serviceman et de manager à son surdoué de frère cadet, Max, dont la carrière culmina avec un titre olympique en géant en 1984 à Sarajevo. Du ski de compétition, Franz Julen a gardé une philosophie qui a guidé toute sa vie. «Si on n’abandonne pas, si on sait apprendre des défaites et des déceptions, on peut aller loin.» Contrairement à d’autres enfants de la montagne, qui, après le ski, ont ouvert un hôtel ou un restaurant, Franz Julen, diplôme de l’école hôtelière en poche, a choisi un autre chemin. «La réussite avec Max m’a ouvert les yeux. J’étais curieux, j’avais envie de voir le monde, d’apprendre quelque chose de nouveau, même si mon père a eu de la peine à l’accepter.»

Huit ans durant, chez le manager sportif Marc Biver à Neuchâtel, Franz Julen a géré la carrière de plusieurs stars, comme Vreni Schneider, avant de diriger les skis Völkl. Mais sa plus grande réussite, ce sont les dix-sept ans passés à la tête d’Intersport, devenu sous sa direction le leader mondial des distributeurs d’articles de sport. Le champ d’activité de l’entreprise s’est étendu de 16 à plus de 60 pays, le chiffre d’affaires passant de cinq à plus de 11 milliards. «Du premier au dernier jour, j’ai travaillé avec les quatre mêmes personnes à la direction. Nous avons investi dans la qualité, en experts plutôt qu’en discounters.» Un succès qu’il observe avec sa modestie de montagnard. «Les chiffres, ils seront oubliés demain. Ce que je retiens, c’est la découverte de tellement de cultures, tellement de richesses.»

«Un privilège et une responsabilité»

Quand, en 2018, le poste de président des remontées mécaniques lui a été proposé, il dit «n’avoir pas hésité deux secondes. J’ai toujours eu Zermatt dans mon cœur. Zermatt m’a tellement donné. Où que
j’aie eu des dîners à travers le monde, j’ai toujours parlé de Zermatt. Alors y revenir, c’était à la fois un privilège et une responsabilité. Mais je ne suis pas Monsieur Zermatt. Notre réussite est celle de tous
les acteurs de la station. Plus que jamais, Zermatt appartient aux Zermattois.»

Président également de Valora, membre de plusieurs conseils d’administration, Franz Julen a un coin secret, Findeln, un des multiples hameaux qui surplombent Zermatt, devenu étape gastronomique incontournable aujourd’hui. «Mon père et ses onze frères et sœurs y habitaient. Neuf mois par année, ils descendaient à l’école à pied. C’est là que j’ai mes racines.»

Bertrand Monnard*

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