Bilan

Pascal Vandenberghe: «Je n’ai jamais regretté d’être franc»

Patron des librairies Payot, Pascal Vandenberghe revient sur son parcours d'autodidacte de l'édition, ses choix stratégiques et sa vision de l'avenir du secteur.

Pascal Vandenberghe, patron des librairies Payot.

Crédits: DR

Bilan: Vous êtes un pur autodidacte. Faut-il y voir un lien avec votre engouement pour la formation continue?

Pascal Vandenberghe: Certainement. Comme le souligne le psychologue Carl Rogers, «le seul individu formé, c’est celui qui a appris comment apprendre». On est en formation continue toute sa vie.

Vos premiers pas professionnels au sein de la Fnac semblent tenir du miracle puisque votre CV était pour ainsi dire vide…

J’ai eu la chance de rencontrer des personnes qui ont perçu chez moi des qualités personnelles. Lorsque j’ai été recruté au poste de libraire à la Fnac de Metz, je n’avais pas le bac, juste un CAP d’ajusteur. Plus tard, lorsque j’ai eu l’occasion de recruter à mon tour, j’ai accordé davantage d’importance au savoir-être qu’au savoir-faire des candidats. La polyvalence, la curiosité et l’adaptabilité sont, à notre époque, aussi précieuses que les diplômes.

Vous parlez parfois d’une dette morale et intellectuelle que vous auriez envers le livre. Qu’est-ce que cela signifie?

La lecture résulte pour moi d’un impératif de culture, j’ai développé dans ce domaine une approche utilitaire. Je ne lis pas pour me divertir mais pour m’auto-éduquer. Schopenhauer, Nietzsche, Balzac et d’autres historiens et sociologues qu’il serait trop long d’énumérer m’ont appris à vivre, à penser et à agir. C’est la raison pour laquelle j’ai tant cherché à faire évoluer le métier de libraire dans ses pratiques. Mon ambition a toujours été de servir le livre, à qui je dois d’être qui je suis.

Vous êtes réputé pour votre franc-parler. Cette franchise vous a-t-elle servi ou desservi dans votre carrière?

Aristote est d’avis que le courage est la première des qualités humaines car elle garantit toutes les autres. La franchise est une forme de courage. Ce trait de caractère m’a parfois desservi, mais je n’ai jamais regretté d’être franc. Les choses sont claires, et c’est mieux ainsi. Je me suis fait des ennemis, mais j’ai aussi gagné des alliés. L’ancien PDG de la Fnac Jean-Louis Pétriat m’a un jour remercié en ces termes: «Je suis entouré de gens qui me font des courbettes et ne me disent que ce qu’ils supposent que je veux entendre. J’ai rarement la chance d’entendre certaines vérités.»

Le prix réglementé du livre vous laisse-t-il une certaine amertume?

Une amertume, certes, mais adoucie puisque lors de la votation 2012, tous les cantons romands ont voté massivement en faveur de cette loi. Si le prix réglementé a échoué, c’est clairement en raison d’un Röstigraben. On n’envisageait toutefois pas à l’époque que le taux de change bascule de manière aussi durable…

Vous affirmez que le prix des livres français en Suisse a baissé d’environ 20% entre 2009 et aujourd’hui. Est-ce le cas? Y avez-vous contribué?

Oui, bien sûr. Un collègue de la librairie La Fontaine à Vevey s’est amusé à comparer l’évolution du prix d’une cinquantaine de livres entre 2009 et 2018 avec celui du café. Si celui-ci s’était adapté comme l’a fait le prix du livre, on le payerait autour de 2,90 francs. Nous avons bien évidemment contribué à cette baisse puisque nous avons fait pression sur les diffuseurs.

Votre volonté que Payot ne soit plus monoproduit et le choix d’implanter l’enseigne Nature & Découvertes en Suisse restent-ils des succès?

L’angle exclusivement «monoproduit» de Payot a longtemps été une force, mais cette force pouvait se muer en grave faiblesse. C’est la raison pour laquelle j’ai médité une diversification. La difficulté a été d’identifier une enseigne compatible avec nos valeurs, qui réponde à un besoin pour la clientèle et qui n’ait pas de concurrent frontal en Suisse. Aujourd’hui, avec sept points de vente, Nature & Découvertes contribue de manière non négligeable à la bonne santé de la maison et représente à peu près 20% du chiffre d’affaires total.

Comment voyez-vous l’avenir de Payot?

En rachetant Payot en 2014, je suis devenu l’actionnaire majoritaire et le président du conseil d’administration, en plus de la fonction de directeur général. Ce cumul présente un gros risque: que se passerait-il s’il m’arrivait quelque chose? Il est de ma responsabilité de prémunir l’entreprise contre une éventualité de ce genre. J’ai trouvé l’oiseau rare en la personne de Thomas Valea. Sauf accident de mon côté, son temps d’immersion et d’apprentissage sera suffisamment long, et le passage du relais progressif.

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Amanda Castillo

Journaliste

Lui écrire

Amanda Castillo est une journaliste indépendante qui écrit pour la presse spécialisée. Diplômée de l'université de Genève en droit et en sciences de la communication et des médias, ses sujets de prédilection sont le management et le leadership. Elle est l'auteure d'un livre, 57 méditations pour réenchanter le monde du travail (éd. Slatkine), qui questionne la position centrale du travail dans nos vies, le mythe du plein emploi, le salariat, et le top-down management.

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