Bilan

«J’avais annoncé la pénurie»

L’enjeu pour les médicaments, affirme Etienne Jornod, c’est comment justifier des productions locales dans un marché global.

«Je resterai très actif, mais il est trop tôt pour en parler. (...) Je veux agir au front» Etienne Jornod

Crédits: NZZ

Vous avez été à l’origine du succès de Vifor Pharma et de Galenica. Avec quel sentiment quittez-vous aujourd’hui votre activité?

Tout a passé si vite. Je suis entré en août 1975 chez le grossiste Galenica et je quitte une entreprise mondiale, leader dans deux de ses trois domaines d’activité, qui est devenue Vifor Pharma. Je déborde toujours d’enthousiasme. J’ai une famille merveilleuse, une épouse qui a tout fait pour moi, quatre enfants, trois petits-enfants et j’ai envie de continuer à lancer des projets.

Dans quels domaines?

Je resterai très actif, mais il est trop tôt pour en parler. Une chose est déjà certaine: je ne siégerai pas dans des conseils d’administration. Je veux agir au front.

C’est en raison du désengagement de Sprint Investments que le groupe Galenica a été scindé
en deux sociétés indépendantes en 2017. Cette scission était-elle vraiment nécessaire?

Non, mais KKR et Stefano Pessina qui détenaient Sprint Investments avaient gagné tellement d’argent avec notre action qu’ils ont regardé leur propre intérêt en décidant de vendre leurs titres. Mais nous avons réussi à tirer profit de leur désengagement.

Pourquoi aurait-il fallu conserver la fabrication de médicaments et les autres activités comme le réseau de pharmacies et le métier de grossiste dans une seule société?

J’ai toujours défendu l’idée selon laquelle il fallait maintenir l’unité du groupe en raison de sa diversification qui permettait de balancer les risques. Sprint Investments a agi de manière brutale en mettant son paquet d’actions sur le marché. Il aurait fallu procéder en douceur.

La pandémie a montré que la Suisse dépendait de l’étranger pour se fournir en médicaments et en matériel médical. Dans quels domaines notre pays doit-il renforcer ses activités sur son territoire afin de réduire cette dépendance?

Il y a encore trop d’incertitudes pour répondre de façon précise à votre question.

Vous avez néanmoins une idée…

L’enjeu, c’est comment justifier des productions locales dans un marché global. Il faut trouver une solution. L’Etat doit-il payer les entreprises pour qu’elles constituent des stocks obligatoires de produits stratégiques? Ce sont des réflexions à mener.

Vous êtes très critique face à la baisse du prix des médicaments. Pourquoi?

J’ai expliqué au conseiller fédéral Alain Berset que sa politique de pression sur les prix des médicaments n’était pas la bonne, a fortiori parce que le marché suisse est beaucoup trop petit pour justifier des productions locales. J’avais annoncé la pénurie de médicaments. Nous sommes en plein dedans. Dans ce contexte actuel, il n’y a aucune chance de succès pour des productions locales. Les génériques sont fabriqués au Bangladesh, en Inde et en Chine. Le matériel chirurgical aussi, les masques également. Vous avez vu la pénurie. C’est la conséquence de cette politique qui n’a heureusement pas encore tué toutes les pharmacies. En tout cas ce n’est pas à l’Etat de faire ça. Jamais! Les entrepreneurs créent de la valeur, qu’on les laisse faire!

Jean Philippe Buchs
Jean-Philippe Buchs

JOURNALISTE À BILAN

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Journaliste à Bilan depuis 2005.
Auparavant: L'Hebdo (2000-2004), La Liberté (1990-1999).
Distinctions: Prix BZ du journalisme local 1991, Prix Jean Dumur 1998, AgroPrix 2005 et 2019.

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