Bilan

«J’aimerais inculquer le goût de l’effort à mes petits-enfants»

Actionnaire de Weight Watchers, entre autres, le baron Guy Ullens de Schooten est un homme d’affaires et un grand mécène belge domicilié en Suisse. Il est sur le point de publier ses Mémoires destinés à sa famille.

  • Guy Ullens de Schooten et son épouse Myriam Lechien vivent dans la station de Verbier.

    Crédits: Bertrand Rindoff Petroff/Getty Images
  • Quelques-uns des 1300 élèves de l’Ullens School Katmandou, conçue pour les plus démunis.

    Crédits: Dr

Guy Ullens de Schooten est un homme fascinant. Il a reçu Bilan dans son magnifique chalet de 1200 m2 sur les hauteurs de Verbier, récemment mis en vente pour un montant qui doit se chiffrer en plusieurs dizaines de millions. Né à San Francisco en 1935, l’homme d’affaires et grand philanthrope belge est en effet sur le point de «régler sa succession» puisqu’il compte quatre enfants et une douzaine de petits-enfants éparpillés aux quatre coins du monde. 

Sa fortune, il la doit certes à un héritage familial mais également à son sens des affaires qu’il a su mener avec brio tout au long de sa vie. Après des études à Stanford, il a dirigé successivement une société d’emballage métallique, puis l’entreprise familiale des Sucreries de Tirlemont, en Belgique, dont il est actionnaire minoritaire. En 1984, il lance un groupe financier aux Etats-Unis spécialisé dans les LBO (achats à effet de levier) avec l’aide du cabinet de conseil en stratégie Boston Consulting Group. Le modèle vient d’être créé à cette époque à New York par le fonds d’investissement KKR. Sous le contrôle d’une holding – Artal Luxembourg –, le groupe se diversifie dans de nombreux domaines: alimentation, sidérurgie, biotech, Weight Watchers, alimentation animale. Acquisitions, turnaround et mise en bourse deviennent des activités courantes. «Nous avons introduit de nombreuses entreprises en bourse», confirme l’homme d’affaires qui assure avoir eu «une vie passionnante». Sa retraite, il la prendra à l’âge de 70 ans en 2005, afin de se consacrer uniquement à des projets philanthropiques. 

Auprès des enfants népalais

Domicilié depuis une quinzaine d’années dans la station bagnarde avec sa seconde épouse Myriam Lechien, avec qui il est marié depuis vingt-sept ans, Guy Ullens de Schooten partage aujourd’hui sa vie entre la Suisse, Londres, Paris, Bruxelles et le Népal. Le mécène nomade est en effet très actif à Katmandou où il a créé des orphelinats et deux centres de soins intensifs pour les enfants malnutris. Il a aussi ouvert l’Ullens School Katmandou pour les plus démunis, seul établissement scolaire qui dispense le baccalauréat international dans la région. «Nous avons formé les professeurs népalais à New York», se réjouit le philanthrope, justement rentré quelques semaines plus tôt du pays enclavé de l’Himalaya. «La moitié de nos élèves ont obtenu une bourse américaine. Aujourd’hui, l’école Ullens compte 1300 élèves, du jardin d’enfants au lycée.» 

Fan de l’art chinois

Guy Ullens est aussi un grand amateur et un fin connaisseur de la Chine depuis toujours, grâce à un père diplomate ayant vécu dans l’Empire du Milieu, qui lui a transmis le virus tout petit déjà. A son tour, il a donné le goût du pays de Mao à ses petits-enfants, certains d’entre eux parlant même parfaitement le mandarin. Ainsi, après avoir expérimenté durant de longs séjours Hongkong et la Chine, Guy Ullens a créé la Fondation Guy et Myriam Ullens en 2002 afin d’organiser des expositions d’art chinois et prêter des œuvres aux musées et autres centres dans le monde entier. 

En 2007, il fonde l’Ullens Center for Contemporary Art (UCCA) à Pékin, le «MoMA de la Chine». L’espace de 8000 m2 a présenté ponctuellement des expositions de la collection d’art contemporain de la Fondation Guy et Myriam Ullens qui compte près de 1500 œuvres, la plupart actuellement entreposées aux Ports francs de Genève. «Nous étions les premiers avec Uli Sigg – entrepreneur, collectionneur d’art contemporain et ex-ambassadeur suisse en Chine – à exposer des artistes chinois en Europe au milieu des années 1980.» Les deux amis – plus grands collectionneurs d’art contemporain chinois du monde – exposeront par exemple Ai Weiwei à la Biennale de Venise, l’une des plus prestigieuses manifestations artistiques d’Europe. 

«Nous avons amené le monde de l’art chinois au même niveau que l’art européen et américain», raconte avec passion ce grand collectionneur qui peut se targuer d’avoir lancé de nombreux artistes chinois sur le Vieux-Continent. En 2011, Guy Ullens se retire pourtant de la direction de l’UCCA pour diverses raisons, l’établissement lui apportant «trop de soucis». Il revend une partie de sa collection avant de céder le musée à un fonds d’investissement sino-américain en octobre 2017.

Une vitalité à toute épreuve

Aujourd’hui, le baron voyage toujours autant. Au mois de mars, ce fut Hongkong pour faire un saut à la foire d’Art Basel où il se sent «comme chez lui». Puis, il est parti en Grèce avec son épouse avec comme objectif de nager 100 km durant un mois. Ensuite, le couple s’est rendu aux Seychelles pour pratiquer la plongée sous-marine, «une autre de mes passions». 

A 85 ans, Guy Ullens ambitionne de garder la même vitalité qui l’a porté toute sa vie, malgré quelques problèmes de dos hérités d’une grosse chute en montagne. Guy Ullens aime vivre loin des projecteurs et n’accorde que très rarement des interviews. Aujourd’hui, il est pourtant sur le point de publier ses Mémoires afin de laisser une trace écrite de son parcours captivant à ses petits-enfants. «J’aimerais leur inculquer le goût de l’effort, de l’entrepreneuriat tout en ayant des passions», commente notre hôte qui explique être profondément heureux. «Et puis, c’est important d’avoir une vie diversifiée.» Bouger, changer, aller voir ailleurs en quelque sorte. 

A Verbier, il a aménagé un grand bureau qui regorge de souvenirs, d’objets et d’anecdotes qui ont marqué sa vie. C’est là qu’il rédige ses Mémoires pendant que son épouse accueille des stylistes et autres artistes qui collaborent à la marque de prêt-à-porter féminin et de maroquinerie, la maison Ullens, qu’elle a lancée en 2009 à Bruxelles et dans laquelle elle est encore très active. Cette dernière est également à l’origine du Club des Combins à Verbier, association à but non lucratif qui vient en aide aux guides de montagne en cas d’accidents ou d’invalidité. «En arrivant dans la station, nous avons été confrontés à deux décès qui nous ont choqués», raconte cet ancien grand sportif, ardent amateur de ski extrême et de montagne. «L’idée était d’exprimer notre solidarité avec les familles des victimes confrontées soudainement à l’adversité.» De plus, son épouse, qui a dû lutter contre un cancer du sein il y a quelques années, a créé la Fondation Mimi qui vient en aide aux patients traités contre cette maladie. 

Guy Ullens est attaché au Valais et à la Suisse depuis toujours. Certes, le souvenir de son père soigné de la tuberculose à Leysin n’est pas le meilleur. Il y décédera par ailleurs deux ans plus tard, en 1950. Cependant, sa mère, Marie-Thérèse Wittouck, spécialiste de l’Iran, amie proche de l’écrivaine et photographe suisse Ella Maillart, a collaboré avec Radio-Genève (anciennement SSR). Ainsi, même si certains peuvent penser que seul l’aspect fiscal a motivé ce Belge à s’installer dans la station alpine, les liens qu’il a tissés tout au long de sa vie avec le pays d’Heidi existent bel et bien. 


Guy Ullens de Schooten est à la tête d’une fortune estimée par Bilan entre 600 et 700 millions de francs.


Crédits: Dr

«C’est Myriam qui a eu l’idée d’Oprah Winfrey»

Ambassadrice En 2015, alors que Weight Watchers connaissait un gros ralentissement, Myriam Ullens propose de prendre Oprah Winfrey comme ambassadrice du groupe. L’action passe de 6 à 70 dollars en dix-huit mois. La star américaine de la télévision a ensuite acheté 10% de l’entreprise pour changer son objet social, plus axé aujourd’hui sur le style de vie à améliorer que sur la perte de poids. Oprah Winfrey a cédé une partie de sa participation en mars dernier et a distribué une part de ses gains à une fondation philanthropique. 

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

Lui écrire

Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l’Université de Genève. Elle débute sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Journaliste depuis 2010 pour le magazine Bilan, elle est spécialisée dans les PME. En grande amatrice de vins et gastronomie, elle est également responsable du supplément Au fil du goût encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal contribue par ailleurs régulièrement aux suppléments Luxe et Immo Luxe de Bilan.

Du même auteur:

Le road show de DSK passe par Genève
Genève accueille le premier salon suisse du champagne

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info

Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."