Bilan

Ils ont lancé leur entreprise tout en gardant leur job

Pour limiter les risques financiers, de nombreux jeunes entrepreneurs conservent, dans un premier temps, leur statut d’employé. Une double vie professionnelle qui demande beaucoup de rigueur.
  • Maël Guillemot a lancé Klewel tout en travaillant à temps partiel à l’institut de recherche Idiap à Martigny.

    Crédits: Sédrik Nemeth
  • Nicolas Marsault était engagé à plein-temps quand il a démarré Bees4You.

    Crédits: Guillaume Mégevand

Lorsqu’elles lancent leur PME en 2006, les sœurs Romero sont toutes les deux occupées à 100%. Mélanie travaille dans un établissement bancaire privé à Genève alors que Soizic poursuit des études à plein-temps pour obtenir un brevet en communication. Pendant six ans, elles ont fait grandir leur entreprise parallèlement à leurs activités.

Tout démarre avec une idée: vendre des sacs et des tee-shirts avec inscription. Même s’il s’agit au début d’une sorte de hobby, leurs produits plaisent très vite au public. «Nous avons démarré notre firme sans business plan. Lorsque nous avons compris qu’il existait un réel potentiel de clients, nous avons décidé de nous professionnaliser», explique Mélanie Romero. 

En 2007, Royaume Melazic devient une S.à r.l., puis en 2009 une société anonyme. «Jusqu’à ce stade, nous avons toutes les deux gardé un ancrage soit professionnel, soit dans le monde des études. Nous ne nous sommes pas lancées tout de suite à 100% pour des raisons de sécurité», confie la cofondatrice.

Comme les activités exercées par chacune n’étaient pas envisageables sous forme de temps partiel, elles ont travaillé pour leur compte en soirée, les week-ends ou encore dès qu’elles avaient un moment de libre. En 2010, elles arrivent toutes les deux à obtenir un 80% et donnent un bon souffle à leur jeune pousse. Elles volent de leurs propres ailes depuis 2012.

Un phénomène fréquent

Comme les sœurs vaudoises, de nombreux Suisses rêvent de devenir indépendants. «Pour démarrer leur future société, ils peuvent soit démissionner de leur poste, soit étudier une possibilité de temps partiel. Cette solution limite les risques financiers», observe David Narr, coach chez Genilem, une association qui aide à la création d’entreprise. Ainsi, le jeune entrepreneur subit moins de pressions pour obtenir très vite des revenus de sa start-up. «Il peut donc mieux étudier et tester son marché. Et aussi confronter son projet à la réalité», ajoute le coach.

En outre, acquérir une clientèle prend du temps. Et un salaire permet de se financer. «A plus de 40 ans, on a souvent une famille et un certain montant de charges à assumer. Il est donc moins aisé de tout arrêter d’un coup pour se consacrer à sa propre société», confie Nicolas Marsault, fondateur de Bees4You.

Ce dernier est encore engagé à plein-temps chez Merck Serono quand il démarre Bees4You, utilisant tout son temps libre pour développer son projet d’installer des ruches d’abeilles sur les toits des immeubles. Lorsque Serono ferme, il retrouve un nouveau job qui lui offre une certaine flexibilité. Son petit package de sortie l’aide également à se mettre à son compte.

«J’ai obtenu de mon employeur de pouvoir m’absenter quelques heures pour me rendre à des rendez-vous pour ma nouvelle entreprise et compenser après coup mes horaires dus. Mes fonctions de directeur des finances ne me permettaient pas d’exercer de manière partielle», confie Nicolas Marsault. La possibilité de réduire son taux d’occupation dépend en effet fortement de l’activité et des responsabilités pratiquées. Ainsi, les fonctions en lien avec un portefeuille de clients sont souvent peu compatibles avec du temps partiel. Tout comme les postes de manager.

Se lancer en conservant son activité salariale exige beaucoup de rigueur et de discipline, car il faut jongler entre deux mondes. «On a l’impression de mener une double vie», raconte Nicolas Marsault. Ce sentiment est partagé par la plupart des fondateurs qui ont gardé une activité salariale dans leur phase de démarrage. En revanche, cela oblige à redoubler en efficacité. «Il s’agit de réaliser le maximum sur une courte période de temps. Et donc d’aller à l’essentiel très vite», constate encore Mélanie Romero.

De même, Maël Guillemot a lui aussi démarré Klewel en continuant de travailler à l’institut de recherche Idiap à Martigny, mais sous forme de temps partiel. Etape par étape, il a fait connaître sa nouvelle technologie en lien avec la communication événementielle à travers des conférences d’envergure internationale. Il réussit à intéresser les Américains, et les choses s’enchaînent pour le jeune homme qui conserve un 50% à l’Idiap et dédie le reste de sa disponibilité au développement de Klewel.

«Même si la transition est plus longue avec deux activités, elle permet d’avoir du cash et de vivre sans trop de pressions d’argent. Un mi- temps salarié a été relativement idéal dans mon cas pour créer mon entreprise, surtout si l’on est actif dans le même domaine. On jongle ainsi plus aisément entre les deux emplois», explique Maël Guillemot, qui dédie tout son temps à sa société depuis août 2010.

Jouer cartes sur table

Dans tous les cas, mieux vaut informer son employeur de sa démarche. Il s’agit de maintenir une relation de confiance. «Nous incitons les créateurs d’entreprise à être transparents vis-à-vis de leur hiérarchie. Il s’agit aussi de bien lire son contrat de travail», explique David Narr. D’autant plus que dès que l’on s’inscrit au Registre du commerce l’information devient publique. Ensuite, il faut veiller à dissocier les deux activités. Cela demande de rester correct et consciencieux vis-à-vis de son employeur. Les engagements professionnels doivent être respectés.

Au final, le patron peut également voir d’un bon œil le caractère entrepreneurial de son collaborateur. De quoi contribuer au bon fonctionnement de sa structure et lui amener un atout supplémentaire. 

Patricia Meunier

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