Bilan

«Il faut taxer le CO₂»

Lundin Energy vise une production carbone neutre d’ici à 2030, affirme son CEO Alex Schneiter, même si «le renouvelable est largement moins profitable que le pétrole».

  • Pour Alex Schneiter, les coûts du renouvelable «à long terme vont baisser et l’efficacité va augmenter».

    Crédits: Fred Merz/Lundi13
  • Ferme d’éoliennes Metsälamminkangas, en Finlande, où Lundin Energy a investi.

    Crédits: Lundin

Lundin Petroleum vient d’annoncer son changement de nom en Lundin Energy. Plus grande entreprise indépendante d’extraction de pétrole en Europe, la société a décidé d’investir plus de 750 millions de francs d’ici à 2022 dans les énergies renouvelables et l’électrification de ses plateformes. Interview de son CEO, Alex Schneiter.

Comment vivez-vous la crise actuelle?

Toutes les industries se sont ralenties avec la crise du coronavirus, ce qui a entraîné à court terme une grande baisse de la demande en pétrole. A cela s’ajoutent les rivalités entre l’OPEP+ et la Russie.

Dès lors, plutôt que de réduire leur approvisionnement, ils font exactement le contraire. Ce qui fait deux gros chocs pour nous, avec comme conséquence un prix du baril qui s’est approché des 20 dollars en mars alors qu’il était à 60 dollars au début de l’année.

Comment va réagir l’industrie pétrolière face à cette crise?

On va vite reconnaître les entreprises qui sont résilientes aux prix bas. Certaines feront faillite et d’autres réduiront drastiquement leurs investissements. Le marché va s’adapter. Mais le prix actuel du baril est insoutenable à long terme pour toutes les entreprises pétrolières.

Heureusement, chez Lundin, nous sommes très bien positionnés, car nous avons appris des crises précédentes. Nous avons beaucoup investi dans des plateformes neuves, efficaces et digitalisées, nos coûts opérationnels sont très bas. En mer du Nord, nous sommes ceux qui ont le coût d’extraction le plus bas, soit à 3 dollars le baril alors que la moyenne est à 20 dollars ou plus. Nous générons ainsi toujours des profits avec un baril à 20 dollars. En 2015, nous produisions 20 000 barils par jour, nous en produisons 170 000 aujourd’hui et, dans trois ans, nous en produirons plus de 200 000. Nous avons une croissance très rapide avec une productivité par forage très élevée et des émissions de carbone très basses.

L’action de votre groupe a toutefois perdu 45% depuis le début de l’année…

On ne va pas émettre de nouvelles actions, car tout notre financement est en place. Il faut rappeler que quand l’entreprise a été lancée en 2002, sa valorisation était de 50 millions de dollars alors qu’elle est de 5,5 milliards aujourd’hui. En même temps, nous avons reversé 3,6 milliards aux actionnaires depuis 2010. Donc les performances restent bonnes, malgré la crise du coronavirus.

Vous-même, comment dirigez-vous l’entreprise depuis chez vous?

Nous avons commencé à travailler de plus en plus en télétravail en réduisant nos voyages. Sur les plateformes, grâce à la technologie, nous avons besoin de moins en moins de personnes. Je dois dire que je suis surpris en bien, je découvre que l’on peut gérer une société depuis la maison. Mais il manque toutefois le contact humain.

En temps d’urgence climatique, le pétrole n’est plus en odeur de sainteté. Comment allez-vous changer votre business model?

Il y a une crise climatique, tout le monde le reconnaît. Mais, en réalité, le monde est encore dépendant à 80% de l’énergie fossile (charbon, gaz, pétrole). Lundin essaie de produire du pétrole avec un impact carbone minimum. Nous sommes à 3 kilogrammes de CO2 par baril produit, alors que la moyenne mondiale est à plus de 60. Nous avons les émissions les plus basses du monde. Si tout le monde faisait comme nous, on économiserait près de 2 milliards de tonnes de CO2 chaque année, ce qui représente environ 700 millions de voitures privées.

Vous allez changer de nom en Lundin Energy. Pour quelles raisons?

Nous nous sommes aperçus que nous investissions beaucoup dans des projets de réduction d’émissions de carbone, dans l’énergie renouvelable et dans des projets de capture naturelle de carbone. C’est pour cette raison que nous nous sommes dit que nous étions une société énergétique et non plus une société pétrolière uniquement. Nous souhaitons être carbone neutre d’ici à 2030 en tant que producteur. Nous avons investi dans des projets hydroélectriques en Norvège, d’éoliennes en Finlande, nous avons aussi investi dans des projets de plantation de forêts en Espagne. Aujourd’hui, l’énergie renouvelable est moins profitable que le pétrole, mais les coûts à long terme vont baisser et l’efficacité va augmenter. Les sociétés de pétrole, qui font beaucoup de recherche et développement et ont les ressources financières, sont bien placées dans cette transition.

Que répondez-vous à ceux qui pensent qu’il s’agit de green washing?

Ce n’est pas le cas, car nous avons déjà investi dans des projets sur le terrain pour 800 millions de dollars. Nous n’achetons pas, comme certains, des certificats de bonne conduite.

Comment voyez-vous l’avenir des énergies renouvelables?

Plus le temps avance, plus on va s’intéresser à cette industrie. Pour que le renouvelable soit une priorité, il faut que le coût du baril soit plus élevé et l’intensité des énergies renouvelables plus efficace. Car la réalité, c’est que nous n’avons pas encore trouvé une technologie qui remplace le fossile de manière aussi efficace.

Allez-vous ou avez-vous pris des décisions que vous n’auriez pas prises en temps normal?

La société est en très bonne santé et nous voulons la garder comme telle. 2020 sera toutefois une mauvaise année. Nous avons réduit nos budgets d’investissement (recherche, exploration) de 170 millions de dollars. Nous avons aussi réduit nos dividendes aux actionnaires de 45%. Mais on se dit aussi que cette situation est aussi une opportunité d’investir, peut-être dans des sociétés qui iraient moins bien.

Etes-vous pour la taxe carbone?

Bien évidemment, il faut taxer le CO2. La Norvège l’a fait en 1990 déjà. Nous payons des millions de dollars de taxes en Norvège et c’est très bien. Dans le reste de l’Europe et du monde, on discute encore sur cette taxe, c’est aberrant. Car ces taxes motivent les entreprises à réduire leurs émissions de carbone et à investir dans l’énergie renouvelable.

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

Lui écrire

Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève (IHEID) en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l'Université de Genève. Après avoir hésité à travailler dans une organisation internationale, elle décide de débuter sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Depuis 2010, Chantal est journaliste pour le magazine Bilan. Elle contribue aux grands dossiers de couverture, réalise avec passion des portraits d'entrepreneurs, met en avant les PME et les startups de la région romande. En grande amatrice de vin et de gastronomie, elle a lancé le supplément Au fil du goût, encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal est depuis 2019 rédactrice en chef adjointe du magazine Bilan et responsable du hors série national Luxe by Bilan et Luxe by Finanz und Wirtschaft.

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