Bilan

«Il faut préserver la biodiversité»

Giuseppe Lavazza, vice-président éponyme du groupe familial actif sur le marché du café, décrit comment son entreprise intègre le développement durable dans ses objectifs.

Giuseppe Lavazza: «L’argent investi dans le développement durable doit aller effectivement dans les programmes, non dans le marketing.»

Crédits: Lavazza

Depuis une quinzaine d’années, Lavazza a engagé une mutation ambitieuse afin de prendre en compte les enjeux de long terme pour la planète et ses habitants. Rencontre avec Giuseppe Lavazza, vice-président du groupe italien de café, lors du Zermatt Summit, qui se tenait mi-septembre sur le thème «L’entrepreneuriat au service du bien commun».

Que faites-vous, en tant qu’individu et entrepreneur, pour la planète?

J’ai acheté une voiture électrique, ma sœur aussi. Signe que les préoccupations environnementales sont prégnantes dans la famille. Au niveau de l’entreprise, nous sommes engagés depuis de nombreuses années dans une démarche respectueuse de l’environnement qui concerne non seulement les pays producteurs mais aussi les processus de production, les consommateurs et la vie finale du produit consommé, dans une approche holistique: nous voulons être attentifs à 360 degrés. Nous avons une gamme très large d’actions qui touchent toute la vie de l’entreprise, laquelle a été transformée depuis 2004, quand nous avons commencé à travailler sur ces questions avec l’aide de la Fondation Lavazza, mais aussi avec l’introduction de l’Agenda 2030 des Nations Unies sur les objectifs du développement durable et ses 17 objectifs. Nous avons ajouté l’objectif 0, qui marque notre attention sur l’urgence d’agir.

Dans quels domaines Lavazza s’intègre-t-elle dans une économie bleue, ou circulaire?

Nous travaillons sur un packaging 100% recyclable. Nous avons lancé des capsules compostables en bioplastique, dégradables en 180 jours, en ligne avec les directives européennes. Cette approche conjugue qualité du produit, volonté d’avoir un café 100% italien, et la possibilité d’avoir un produit qui part de la terre et qui revient à la terre. Un autre volet de cette stratégie, c’est notre nouveau siège, qui va régénérer un quartier délaissé de Turin, pour un coût de 120 millions d’euros. Nous y avons créé notre nouveau quartier général, certifié Lead Platinum, le nec plus ultra en matière d’architecture durable. Mais nous avons aussi agi sur les bâtiments des environs, en les rénovant et les offrant à la Ville, avec l’idée de développer art, culture, gastronomie, liens sociaux, dans des anciens espaces industriels déclassés.

Dans un secteur très concurrentiel, que peuvent faire les marques de café pour avoir un impact positif en matière de santé, d’éducation, de biodiversité ou contre le réchauffement climatique?

Lavazza n’a pas d’autre choix que de soutenir de telles initiatives car nous dépendons à 100% du café. Nous ne sommes actifs que dans ce domaine. Pour être rentables et viables sur le long terme, nous devons avoir beaucoup de café de bonne qualité. Pour cela, il faut donc préserver la biodiversité, avoir des paysans aptes à produire de bons cafés, capables de transmettre un business durable à leurs enfants… Nous avons besoin que les générations suivantes soient intéressées par poursuivre l’activité. Donc, nous sommes aux côtés des petits producteurs pour les aider à lutter contre des risques comme la volatilité des prix, la spéculation, les problématiques environnementales, les problèmes sociaux, la pauvreté, l’exode rural… Ce sont des questionnements globaux, donc nous cherchons des solutions, parfois seuls mais parfois avec des partenaires, ONG, écoles ou autres marques. Par exemple, avec Illy, nous avons fait séquencer le génome de l’Arabica et avons publié le résultat en open-source pour encourager la recherche scientifique. Nous travaillons aussi sur la valorisation du marc de café pour faire pousser des champignons et favorisons la recherche pour trouver un usage à la cerise, la peau, la moindre partie de ce qui est récolté.

Quel est le rôle de la Fondation Lavazza?

Elle est née en 2004 et mène aujourd’hui 24 projets dans 17 pays sur quatre continents et nous aidons 94 000 petits producteurs. Il est très important pour nous de soutenir ces projets sur le long terme: c’est en cela que la fondation a du sens. Nous avons pu trouver des partenaires et créer des alliances afin d’amplifier l’impact de nos projets.

La Fondation Lavazza, active dans 17 pays, aide 94 000 petits producteurs de café. (Crédits: Steve Mc Curry)

Comment respecter les forêts tropicales alors que les meilleures terres du monde pour le café se trouvent dans ces pays?

Il n’y a nul besoin de déforester: les terres actuellement consacrées à la production de café sont suffisantes pour la demande actuelle et même au-delà. La question pour l’avenir réside davantage dans des solutions pour augmenter la production sur les parcelles existantes, surtout en Afrique où la productivité est faible et où les producteurs souffrent. Nous avons mis en place un programme «Deforestation Free Coffee», afin de mettre en valeur les cafés issus de zones où il n’y a pas eu de déforestation. La technologie actuelle avec le mapping nous permet de bien mieux contrôler cet aspect. Nous souhaitons garder la production où elle est.

Que répondez-vous à ceux qui souhaiteraient que Lavazza aille plus loin et plus vite?

Nous avons l’ambition d’aller plus loin. Mais nous devons aussi tenir compte du fait que nous avons un produit de consommation, soumis à des normes européennes, et nous avons un devoir de continuer à fournir un café de grande qualité. Les progrès vont aussi vite que possible.

Pourquoi communiquer aussi peu sur ces aspects de durabilité?

C’est une règle: l’argent investi dans le développement durable doit aller effectivement dans les programmes, non dans le marketing ou la communication. C’est notre philosophie et cela doit rejaillir via nos collaborateurs et partenaires. C’est un travail continu qui donne de la motivation, de la satisfaction, qui permet aux jeunes de concilier carrière et valeurs. Lavazza reste une entreprise familiale et c’est plus simple pour nous d’opérer cette transition. Mais nous refusons d’en faire un outil de marketing.

Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

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Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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