Bilan

«Il faut du cran pour monter sa startup»

Le serial entrepreneur Lorin Voutat appelle à plus d’aide pour les créateurs de jeunes pousses dans les cantons. Rencontre avec un homme qui a cofondé une quinzaine de sociétés.

Lorin Voutat: «Les startups sont très mal défendues à Berne».

Crédits: Lionel Flusin

Même si les startups suisses figurent parmi les meilleures du monde pour lever des fonds – plus d’un milliard en 2018 – Lorin Voutat les juge insuffisamment aidées par les banques et les organismes étatiques de financement. Certes, des fonds d’investissement, de grandes entreprises et des particuliers mettent la main au porte-monnaie pour soutenir l’écosystème entrepreneurial suisse. A l’inverse, les Cantons et la Confédération n’en font pas assez pour aider les jeunes entrepreneurs. «Une startup ne gagne pratiquement pas d’argent pendant ses trois premières années d’existence. Pourquoi ne pas l’exonérer d’impôts, voire des charges sociales durant cette période?», demande cet ancien membre du jury Venture Kick à l’EPFL. «Il y aurait tellement de choses à faire pour les aider au niveau de l’Etat. Or, les startups ne sont pas à l’agenda politique des partis. Et donc très mal défendues à Berne.» Une solution qu’il préconise: obliger les caisses de pension à investir dans des startups. Ou encore défiscaliser les téméraires qui investissent dans de jeunes pousses car ils prennent un risque tout en aidant l’économie. Un risque, pour l’heure, très mal récompensé.

Les aléas, Lorin Voutat les connaît bien puisqu’il investit depuis une vingtaine d’années dans des entreprises locales. A 35 ans, celui qui fut «le premier bébé adopté par Terre des hommes en Inde» cofonde sa première société, Ilion Security, spécialisée dans la gestion des risques informatiques et le hacking éthique. Six ans plus tard, l’entreprise compte une quinzaine de collaborateurs, sert des clients tant en Suisse qu’à l’international et dépasse les 3 millions de chiffre d’affaires. Depuis, il a cofondé une quinzaine de startups. «Je décèle rapidement si l’idée est bonne. Il faut avant tout que ce soit innovant et que ça réponde à un besoin. Mais le plus important reste l’équipe. Elle doit avoir les qualifications techniques et savoir s’entourer des compétences qu’elle n’a pas, comme celle de se vendre.» Lui qui a beaucoup investi dans des entreprises informatiques admet ne pas être geek du tout. «Je me suis toujours associé à de jeunes et brillants ingénieurs. De mon côté, je m’occupais de la structure juridique et de trouver clients et investisseurs.» D’où l’importance du réseau pour se créer une notoriété. «Mais surtout, il ne faut pas avoir trop de prétentions», pense Lorin Voutat, qui rappelle aussi tous les sacrifices que cela engendre. «Un jeune qui se lance sacrifie parfois sa vie de famille en travaillant à 200%. Il faut être sacrément courageux aujourd’hui pour monter sa boîte», ajoute-t-il.

Securaxis et gant démaquillant

Depuis 2017, Lorin Voutat s’est associé aux deux cofondateurs de Securaxis, société spécialisée dans la sécurité basée à Genève, qui a reçu l’an dernier un prix de 50 000 francs du Centre suisse d’incubation d’entreprise du CERN. Securaxis développe des capteurs sonores à même de remplacer des caméras en ville pour accroître la sécurité. Les capteurs sont en effet capables de détecter et localiser des événements à haute énergie sonore comme des collisions de véhicules, explosions ou coups de feu. La startup a également développé Travel Safety, solution déjà proposée par le TCS à ses membres et qui permet d’avertir les utilisateurs lors de dangers à l’étranger tels qu’éruption volcanique, attaque terroriste ou troubles politiques. Lorin Voutat a aussi investi dans KT Home, qui a lancé un gant en microfibre permettant de se démaquiller de manière écologique et économique, fondée par Babette Keller Liechti en 2018.

Il soutient encore la plateforme Topo Climbing, qui recense tous les topos pour les varappeurs, la plateforme de recrutement de freelance Coworkees et ADBx, qui facilite la détection du risque d’AVC ou de lésions cérébrales.

Chantal De Senger
Chantal de Senger

JOURNALISTE

Lui écrire

Licenciée des Hautes Etudes Internationales de Genève en 2001, Chantal de Senger obtient par la suite un Master en médias et communication à l’Université de Genève. Elle débute sa carrière au sein de la radio genevoise Radio Lac. Journaliste depuis 2010 pour le magazine Bilan, elle est spécialisée dans les PME. En grande amatrice de vins et gastronomie, elle est également responsable du supplément Au fil du goût encarté deux fois par année dans le magazine Bilan. Chantal contribue par ailleurs régulièrement aux suppléments Luxe et Immo Luxe de Bilan.

Du même auteur:

Le road show de DSK passe par Genève
Genève accueille le premier salon suisse du champagne

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."