Bilan

Holcim va utiliser du lignite pour fabriquer son ciment

Pas de ciment sans four et donc sans combustibles. Holcim va alimenter cet automne son site en Argovie avec du lignite, une forme de charbon particulièrement polluante. Malaise chez les écologistes.
L'industrie du ciment est un ogre énergétique, toujours à la recherche de combustibles pour alimenter ses fours. Mais elle doit aussi se plier aux impératifs écologiques, parvenant à réduire ses émission de CO2 de plus de moitié depuis les années 90. Holcim a donc jeté un pavé dans la mare en annonçant l'utilisation de lignite dès cet automne dans son usine Siggenthal à Würenlingen dans le canton d'Argovie.

Problème: cette forme de charbon s'avère parfois riche en sulfure, responsable de pluies acides. Et son pouvoir calorifique est parmi les plus faibles, à tel point que Holcim doit transporter et brûler plus de lignite pour atteindre la chaleur requise. L'usine a déjà prévu d'amener chaque semaine 1500 tonnes par train, qui seront entreposés dans un silo. Tant la ligne ferroviaire que le silo doivent encore être construits mais les autorisations communales ont déjà été accordées.

La facture des droits d'émission

Holcim utilise déjà du lignite sur son site d'Untervaz dans les grisons, et ce depuis plusieurs années. Mais les sensibilités ont changé à l'heure où le Conseil fédéral et le Parlement essaient de s'entendre sur le projet de stratégie énergétique 2050.

Il n'en fallait pas plus pour que le WWF Suisse parle d'une «faute de politique climatique» qui va à l'encontre des efforts en cours. L'Office fédéral de l'énergie (OFEN) se montre tout aussi clair: «D'un point de vue climatique, les déchets bio ou le gaz naturel sont à privilégier», a précisé au Tages-Anzeiger Andrea Burkhardt, responsable de la division Climat.

Holcim justifie sa décision par des considérations économiques et écologiques. Comme le rappelle une de ses porte-parole, la houille est transportée par bateau depuis l'Afrique du Sud jusqu'à Rotterdam, puis Bâle avant d'être moulue et séchée. Le lignite, en provenance d'Allemagne, est en revanche déjà prêt.

Les taxes carbone en question

Le numéro deux mondial du ciment précise aussi que le lignite sera transporté dans des wagons fermés. Aucun détail financier n'est donné sur l'accord passé avec les fournisseurs allemands. Holcim devra toutefois acheter davantage de droits d'émission de carbone pour son lignite.

Ce point montre à lui seul l’ambiguïté du système suisse d'échange de quotas d'émission (SEQE) selon les associations écologiques. Patrick Hofstetter, expert climatique du WWF, déplore le faible prix de ce droit à polluer. «Cela permet à des décisions entrepreneuriales d'ignorer la question climatique.»

Exemptés de la taxe sur le CO2

Les gros groupes énergivores tels Holcim doivent participer au SEQE. En revanche, ils sont exemptés de la taxe sur le CO2. Quant au prix pour une tonne de CO2, il avoisine actuellement les 40 francs, contre 4,5 euros dans l'Union européenne dont le système regroupe 12.000 sociétés.

De là à parler d'une renaissance du lignite en Suisse, Andrea Burkhardt à l'OFEN n'y croit pas. De nombreuses entreprises se sont déjà tournées ces dernières années vers le gaz naturel, ayant investi dans des installations appropriées.

Bataille autour des déchets

Cemsuisse ne veut pas s'exprimer sur le choix de Holcim, son directeur Georges Spicher évoquant une décision propre au groupe. Il rappelle toutefois que l'Association suisse de l'industrie du ciment n'épargne pas ses efforts pour que les déchets soient utilisés comme combustibles.

Il regrette au passage la différence de traitement avec l'Union européenne. Alors que seules certaines catégories d'ordures peuvent être utilisées comme combustibles alternatifs, l'UE offre un spectre plus large, comme les déchets plastiques ménagers.

Cemsuisse espère que le Conseil fédéral agira avec la révision de l'ordonnance sur le traitement des déchets dont la procédure d'audition est prévue au printemps 2014. Et ainsi réduire les importations d'énergie fossile, estime Georges Spicher.
Pascal Schmuck

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