Bilan

Gonet, six banquiers à travers les époques

Au fil des générations, l’établissement bancaire privé a su se forger une solide réputation.

  • L’armateur Louis Gonet décide en 1842, à l’âge de 21 ans, de fonder son propre établissement bancaire grâce à l’héritage de sa grand-mère.

    Crédits: Gonet
  • La famille Gonet en 1950. La croissance est alors modeste, mais régulière.

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  • Mis à l’eau en 2018, le monofoil Gonet est un révolutionnaire monocoque à foils.

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Le business de change et de financement va permettre de développer une flotte de navires marchands, qui sera  liquidée en partie en 1851. (Crédits: Gonet)

Le temps passe, les traditions restent. Une devise que la famille Gonet a su appliquer tout au long de l’existence de sa banque du même nom. Cet héritage, porté par une lignée de six banquiers, fait encore aujourd’hui les beaux jours de la place financière genevoise. Pourtant, aux origines, dès le XIVe siècle dans les confins du Pays de Vaud, les Gonet se succédaient au rang de notaires et d’avocats. L’ordre établi fut chamboulé au XVIIIe siècle, avec l’arrivée à Nyon de Louis Gonet, jeune adolescent avide de voyages et d’aventures.

Le pari d’un touche-à-tout

Place Bel-Air à Nyon: La banque Gonet s’y installe à la fin du XIXe siècle. (Crédits: Gonet)

Louis Gonet fait ses premiers pas professionnels à bord d’un bateau qui transporte des marchandises. Très vite, draperies, épicerie, tabac ou bois sont livrés à travers un réseau lémanique bien établi, pour
une clientèle désireuse (entre autres) de services financiers. C’est ainsi que germe, dans l’esprit du jeune entrepreneur, l’idée de créer une banque. Par chance, le contexte de course au progrès, l’économie florissante, ainsi que les six kilos d’or légués par sa grand-mère, lui permettront en 1842, à l’âge de 21 ans, de fonder son propre établissement bancaire.

Le fils de Louis, Auguste Gonet, prend la direction de la banque en 1907. Il va se recentrer sur la gestion de fortune. (Crédits: Gonet)

Les premières années, en tant qu’autodidacte, Louis Gonet s’occupe principalement de change et de financement. Un business qui lui permettra de développer sa flotte de navires marchands. Puis les activités de la banque se décuplent. En 1851, après avoir liquidé une bonne partie de son commerce maritime, l’armateur devenu financier voit la Banque Gonet croître rapidement. Entre 1860 et 1870, plusieurs centaines de prêts sont ainsi accordés annuellement. Dans son élan, l’établissement nyonnais opte pour une nouvelle forme: la banque par actions. Le chemin de fer à Wellington et Unawatua ou le Gaz de Rio de Janeiro, rien n’est trop ambitieux pour Louis Gonet.

Si bien qu’en 1892, le banquier décide de muer vers une société en nom collectif avec un conseil d’administration formé de quatre associés, dont son fils Auguste. L’institution de neuf employés, avant tout familiale, profite de cet essor pour contribuer au développement de la ville de Nyon. Elle fonde notamment la Société des Eaux du Fresne afin d’offrir un service d’eau potable aux habitants. C’est finalement en 1897 que la banque déménage pour avoir pignon sur rue. Un an après son installation place Bel-Air, Louis Gonet décède à l’âge de 86 ans.

Alfred Gonet (ici au début du XXe siècle) succède à son père Auguste en 1924. (Crédits: Gonet)

Miser sur le bon cheval

En 1907, Auguste Gonet, seul descendant à vouloir devenir banquier, passe du statut d’associé à celui de patron. Un début de carrière difficile qui coïncide avec une période de tensions sociales et la mise en place d’un nouvel acteur suisse ayant le droit exclusif d’émettre des billets de banque. Outre-Atlantique, la place financière américaine subit aussi des remous. Autant de facteurs qui pousseront Auguste Gonet à se recentrer sur la gestion de fortune uniquement, sur un marché de proximité. Autrement dit, vers des acteurs fiables de la région tels que les agriculteurs et les viticulteurs. Cette stratégie de repli sauvera la banque.

Puis la Première Guerre mondiale secoue l’Europe. Mais rien n’ébranle l’institution Gonet: le rendement faible de l’agriculture s’est avéré, au fil du temps, un choix gagnant pour la prospérité de la banque. C’est alors que le fils d’Auguste, Alfred, est nommé troisième associé de l’établissement. De quoi assurer la succession. Le patriarche a eu raison de préparer l’avenir, puisqu’il quitte les siens très tôt, à l’âge de 52 ans. Alfred Gonet, désormais aux commandes, a eu le temps de se former au métier de banquier avant de devenir seul maître à bord, en 1924.

Jusqu’à présent, la banque s’est toujours tenue éloignée de toute spéculation sur les fonds publics et sur les changes. Cependant, elle est témoin d’années d’euphorie boursière et voit ses concurrents multiplier les risques en investissant des sommes importantes. Elle résiste à l’appel de la bourse jusqu’en 1927. A 38 ans, Alfred Gonet ajoute dans le règlement de la banque la possibilité de se constituer un portefeuille de titres, tant que les liquidités le permettent. Ce choix judicieux remplira les coffres et permettra d’augmenter de 50% les salaires mensuels du personnel. Finalement, tout s’écroule lors du krach boursier de Wall Street, en 1929. La récession a des répercussions jusque dans le canton de Vaud et des propriétaires agricoles se voient contraints de vendre leurs terres, en particulier à des Bernois. Pour les banques régionales comme Gonet ayant une clientèle de proximité, ce qu’il faut bien nommer une migration interne de la Suisse fera office de planche de salut.

Pierre Gonet (à dr.) et David Rockfeller en 1969. (Crédits: Gonet)

Néanmoins, une seconde crise vient ébranler l’arc lémanique, en 1939: la Seconde Guerre mondiale. Faute de coffres-forts enterrés pouvant supporter des bombardements, Alfred Gonet transfère la totalité de ses liquidités dans les sous-sols du Crédit Foncier Vaudois, à Lausanne. S’ensuit une période d’après-guerre à la croissance modeste mais régulière, soutenue par la Confédération qui assure la stabilité du franc suisse.

L’immeuble  genevois. (Crédits: Gonet)

Un duo de choc pour survivre

Fidèle à la tradition initiée par ses ancêtres, Alfred Gonet se lance à la recherche d’associés pour développer l’établissement. Il y fait entrer la première femme de l’histoire de la banque en tant que cadre: Simone Durand. Malheureusement, le fils d’Alfred, Gérard, destiné à devenir lui aussi l’un des associés commanditaires, lui préfère la profession d’ingénieur. Alors âgé de 69 ans, le banquier propose la place à ses neveux, Bernard et Pierre Gonet. Il s’éteindra trop tôt, en 1958: les deux jeunes hommes terminaient à peine leurs études et durent renoncer à l’offre.

A la mort de la veuve d’Alfred, deux ans plus tard, la famille Gonet demeure actionnaire majoritaire mais se sépare de quelques-unes de ses parts. D’abord rachetée par Credit Suisse, la société subira de multiples fusions et remaniements. Depuis l’étranger, Pierre et Bernard Gonet observent le patrimoine familial passer de mains en mains. Tandis que le premier se résout à rester aux Etats-Unis auprès de la Banque Merrill Lynch, le second rentre en Suisse. Plus précisément à Genève, où la clientèle privée internationale semble avoir fait son grand retour. Nommé associé de la Maison Barrelet, Pidoux & Cie en 1968, Bernard proposera par la suite à son frère de le rejoindre. Devenus inséparables, Pierre et Bernard Gonet connaissent dès lors un succès plus qu’appréciable. En 1974, lorsque l’ancien associé des deux frères, M. Pidoux, se retire des affaires, la banque genevoise prend définitivement le nom de Gonet & Cie. La plus vaudoise des banques privées genevoises perpétue ainsi la tradition des Gonet. Le duo étend son business jusqu’au décès de Bernard Gonet en 1980. Seul à la barre, son frère poursuit la modernisation de l’établissement en augmentant considérablement ses fonds propres et en rachetant les murs de l’immeuble. En 1982, il crée Gonet Bank & Trust à Nassau, aux Bahamas, qui deviendra un acteur reconnu de la place financière.

Nicolas Gonet, à la tête de l’entreprise depuis 2008, a décuplé la masse sous gestion de 500 millions à 5 milliards de francs. (Crédits: Gonet)

Nicolas, l’ère du développement

Telle une évidence, les dernières années de commandement pour Pierre Gonet seront consacrées à former son fils, Nicolas. A 24 ans, ce dernier part pour l’Amérique, se lançant sur les traces de son grand-père et de son paternel, où il explorera différentes sociétés financières pour faire ses armes. De retour en terres genevoises, il seconde son père chez Gonet & Cie dès 1997. L’entreprise d’une vingtaine d’employés verra le jeune homme être nommé associé en 2003, puis propulsé à la direction des activités lors de la crise des subprimes en 2008.

Nicolas Gonet parvient à décupler la masse sous gestion de 500 millions à 5 milliards et les effectifs de l’établissement de 20 à 135 personnes en moins de dix ans. L’année suivante, toujours dans un esprit d’évolution, Gonet & Cie est transformée en société anonyme, dont Nicolas Gonet est le CEO. En 2018, une opération notable est entamée: la fusion-absorption de la banque privée Mourgue d’Algue et de sa quinzaine de collaborateurs. Une expansion entreprise par Nicolas Gonet, qui ne souhaite pas en rester là. Car il n’est pas prêt à rendre les rênes de l’entreprise familiale. En attendant que la sixième génération, ses filles Juliette, Estelle et Eléonore ou son fils Guillaume, veuille prendre le relais?


Sur les courts de tennis

Sponsoring En devenant le nouveau sponsor du Geneva Open dès 2021, le dernier représentant de la lignée Gonet, Nicolas, a propulsé la banque sur le devant de la scène sportive. Les courts du tournoi de tennis genevois, classé en catégorie ATP 250 depuis 2015, voient défiler, saison après saison, des champions européens tels que Stan Wawrinka ou encore Alexander Zverev. «Nous avons à cœur de contribuer à la pérennité d’un événement qui fait partie intégrante du patrimoine sportif romand et qui s’inscrit pleinement dans les valeurs de performance et d’esprit d’entreprise que nous exprimons au quotidien au service de notre clientèle», souligne le CEO de Gonet & Cie et cinquième représentant de la banque familiale.

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Julie Müller

Journaliste à Bilan

Lui écrire

Du Chili à la Corée du Sud, en passant par Neuchâtel pour effectuer ses deux ans de Master en journalisme, Julie Müller dépose à présent ses valises à Genève pour travailler auprès de Bilan. Quand cette férue de voyages ne parcourait pas le monde, elle décrochait des stages dans les rédactions de Suisse romande. Tribune de Genève, 24 Heures, L'Agefi, 20minutes ou encore Le Temps lui ont ainsi ouvert leurs portes. Formée à tous types de médias elle se spécialise actuellement dans la presse écrite économique.

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