Bilan

Genilem, le pygmalion de l’innovation romande

Pépinière d’entreprises lancée en pleine période de morosité économique, l’incubateur a accompagné près de 300 jeunes entreprises en vingt ans.
  • Le banquier genevois Armand Lombard lance en 1995 l’initiative Genilem, acronyme de Génération Innovation Lémanique.

    Crédits: Genilem
  • Anne Southam est nommée chef de projet.

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  • Frédéric Hohl, l’actuel président.

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  • A la tête de Genilem, Philippe Gaemperle dirige une équipe de 9 personnes.

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  • Deux innovations soutenues par Genilem: les enceintes acoustiques de JMC Lutherie

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  • Les conseils pour le développement durable de Quantis.

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  • Little Green House, une crèche multilingue qui prône les activités en plein air.

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  • Bees4You, un service de location de ruches

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  • Swiss Koo réinvente les coucous suisses.

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  • Les trois fondateurs Blisport, une application de running.

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  • Lambda Health System (LHS)cherche à rééduquer des jambes paralysées.

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  • Nicolas Durand

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Le point commun entre des ruches à louer, une garderie d’enfants multilingue et un appareil pour diagnostiquer les allergies? Tous ces projets ont été accompagnés vers le succès par Genilem. Association de soutien aux jeunes entrepreneurs fondée en 1995, Genilem fête ses 20  ans cette année.

A son palmarès, quelque 2500 emplois créés, près de 300 entreprises coachées dont 80% sont toujours actives. Des antennes ont ouvert dans toute la Suisse. Exploit remarquable pour une idée romande, elle a franchi la Sarine avec une représentation dès 2008 à Zurich, suivie par d’autres en Argovie, à Berne ou à Lucerne.

Mais projetons-nous un instant vingt ans en arrière. La récession s’étend sur le pays tandis que le taux de chômage crève un plafond à près de 7% de demandeurs d’emploi inscrits. Si la région francophone va connaître dès les années 2000 un effet de rattrapage avec une croissance supérieure à la moyenne nationale, la décennie des années 1990 est marquée par un long marasme.

Or, en cette année 1995, le banquier genevois Armand Lombard refuse de se résigner à la sinistrose ambiante. Le philanthrope lance l’initiative Genilem, acronyme de Génération Innovation Lémanique. Répercuté jusqu’à Zurich
par la prestigieuse NZZ, l’événement fait l’effet d’une potion revigorante chez les acteurs de l’économie. Si les organismes de soutien aux start-up pullulent aujourd’hui, Genilem effectue à ce moment-là un travail de pionnier.

Armand Lombard confie à Anne Southam le poste de chef de projet. Aussi dynamique que médiatique, la Genevoise expliquait à l’époque au Journal de Genève: «Au fil des expériences, nous avons pu constater que les petites entreprises ont besoin simultanément d’argent, de conseils et de complément humain.»

Plus récemment, Genilem a connu deux ans de turbulences lorsque Philippe Gaemperle a pris les commandes en 2009, remplaçant Pierre-Yves Tapponnier, le successeur d’Anne Southam en 1999. Relayées par la presse, des tensions entre le nouveau directeur et des membres du personnel aboutissent à des licenciements.

Les conflits de personnes s’apaisent et la situation se détend lorsque Frédéric Hohl – notamment organisateur de l’Euro 2008 à Genève – devient président à la suite de Pierre Kunz. Une fois la sérénité retrouvée, parrains et sponsors sont revenus vers l’association.

«A la fin 2014, plus de 65% de notre financement est privé, provenant de grandes entreprises, de sociétés accompagnées ou de bureaux d’avocats. Nous avons développé des mandats de formation avec la CTI – la Commission technique et innovation – les hautes écoles et le service de l’emploi», se félicite Philippe Gaemperle. Ancien de HP et d’UBS, il dirige à Genilem une équipe de 9  personnes.

Afin d’être sélectionnés pour un coaching Genilem, les entrepreneurs doivent passer devant un jury. Rituel immuable, les candidats disposent de trente minutes égrainées par un sablier pour présenter leur projet devant une vingtaine de personnalités. 

Zoom sur quelques success stories

Abionic développe l’abioSCOPE, un outil de diagnostic biomédical qui fournit aux médecins le profil d’allergie du patient. Fondée au sein de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne, la start-up emploie 15 collaborateurs.

«Le coaching dont nous avons bénéficié entre 2010 et 2013 nous a permis de sortir la tête du guidon. Nous avons reçu de l’aide pour les tâches administratives comme le recrutement, la mise en place des contrats de travail et l’approche d’investisseurs», relate Nicolas Durand, fondateur d’Abionic.

Au Brassus dans la vallée de Joux, JMC Lutherie fabrique des enceintes acoustiques en bois de résonance exportées dans plus de 40 pays. Créée il y a dix ans par Céline Renaud et le luthier Jeanmichel Capt, la société a créé une douzaine d’emplois. Début avril, la firme a conclu une nouvelle ronde de financement portant sur 1,2  million de francs. Au fil des ans, la société est devenue une manufacture suisse de référence.

Céline Renaud relate: «Genilem nous a apporté de la visibilité. Grâce aux lunchs avec parrains et entreprises, nous avons pu rencontrer des personnalités de renom inaccessibles pour des petites PME.»

Cofondée par Yves Loerincik en 2006, Quantis est aujourd’hui l’un des leaders mondiaux en conseil pour le développement durable et l’analyse du cycle de vie (ACV). C’est l’une des plus grandes compagnies issues de la famille Genilem. Avec des clients comme Danone, Nestlé ou Pfizer, Quantis International dispose de bureaux en Suisse, en Allemagne ou encore aux Etats-Unis.

Ce printemps, Yves Loerincik a cédé le poste de CEO à Arnaud Dauriat pour se concentrer sur le développement. Il confie: «J’étais prêt à m’épanouir dans un nouveau rôle davantage axé sur l’innovation.»

Garderie d’enfants reposant sur le principe du multilinguisme et des activités en plein air, Little Green House emploie 65 collaborateurs sur deux sites de la région genevoise après trois ans d’existence. «D’autres ouvertures sont à l’étude. La demande est très forte, notamment au sein de la communauté internationale», relève Barbara Lax, ancienne ingénieure chez Caterpillar.

«Genilem demande que votre affaire dégage déjà un revenu, alors j’ai d’abord lancé la première garderie avant de me présenter. J’ai engagé mes propres fonds dans l’affaire, puis j’ai obtenu un crédit auprès de la Banque Alternative Suisse. Le cautionnement des autorités cantonales m’a beaucoup aidée.»

A Genève, l’Hôtel Kempinski et UBS aux Acacias ont installé des ruches dans leurs espaces extérieurs afin de contribuer à la survie des abeilles. Cette possibilité d’œuvrer en ville au développement durable est offerte par le service de location de ruches de Bees4you. Ancien ingénieur chez Merck Serono, Nicolas Marsault ne pensait pas qu’il lancerait lui-même l’entreprise.

«Tout a commencé avec le prix IDDEA que j’ai remporté en 2012. Partenaire du concours, Genilem m’a aidé à structurer le projet à partir de mon idée. Par la suite, ils m’ont présenté à leur réseau de parrains et de communes associées, ce qui m’a été très précieux pour lancer l’affaire.»

«Nous travaillons sur un coucou géant conçu pour animer une façade sur une place de village touristique de Suisse romande.» Où ça? Mystère. Fondateurs de Swiss Koo à Renens (VD), Alexandre Gaillard et Martino D’Esposito doivent encore garder quelque temps le secret. Les deux entrepreneurs ont misé sur le dépoussiérage d’une icône helvétique, le fameux coucou suisse.

«De formation, nous sommes designers, et Genilem nous a permis par ses conseils de gagner beaucoup de temps dans la manufacture de produits et l’administration.» Alexandre Gaillard sourit à ce souvenir: «Notre conseiller nous a acheté un coucou lors de notre première séance de coaching.»

Les derniers arrivés

Parmi les derniers projets actuellement sélectionnés pour un coaching, Blisport développe une application de running qui incite les utilisateurs à convertir leurs efforts en soutien financier à l’association de leur choix. Le principe: un kilomètre parcouru dans des challenges sponsorisés équivaut à 10 centimes reversés à une cause.

Lancée par David Hirsch et deux autres entrepreneurs genevois, l’application permet aussi de suivre ses courses et d’accéder à l’analyse des performances comme la distance parcourue, le rythme et les calories brûlées.

Quant à Lambda Health System (LHS), elle a reçu le Prix GENILEM-HES en 2014, remportant la somme de 20   000  francs ainsi qu’un coaching de trois ans. Venant des laboratoires de la HEIG-VD à Yverdon, LHS développe l’appareil de réhabilitation Lambda, une structure robotique parallèle destinée à la rééducation des jambes paralysées.

«Aujourd’hui, plus de 10   personnes sont impliquées dans le projet. Notre objectif est de rentrer sur le marché en 2017. Le team va continuer de grandir d’ici là», indique Aurélien Fauquex, patron de LHS. 

Mary Vacharidis
Mary Vakaridis

JOURNALISTE

Lui écrire

Journaliste chez Bilan, Mary Vakaridis vit à Zurich depuis 1997. Durant sa carrière professionnelle, elle a travaillé pour différents titres de la presse quotidienne, ainsi que pour la télévision puis la radio romandes (RTS). Diplômée de l'Université de Lausanne en Lettres, elle chérit son statut de journaliste qui lui permet de laisser libre cours à sa curiosité.

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