Bilan

Franck Muller: «Je suis en colère»

La marque éponyme, à l’origine de nombreuses grandes complications, n’a pas été retenue pour le label «haute horlogerie».
  • Pour Franck Muller, le «Livre blanc» publié par la Fondation pour la haute horlogerie «n’est pas crédible».

    Crédits: Olivier Evard
  • La montre Evolution 3-1 de Franck Muller: une première mondiale avec un tourbillon tri axial.

    Crédits: Dr

Désormais établi à Monaco où il s’active dans l’immobilier avec son fils aîné, Franck Muller est très surpris par le Livre blanc de la haute horlogerie présenté récemment à la presse par la Fondation pour la haute horlogerie. De passage en Suisse, il nous a reçu dans sa propriété à Gland. 

Le cofondateur de la marque éponyme a d’abord tenu à préciser qu’il n’en était plus actionnaire. L’horloger s’est en effet dessaisi des 50% qu’il détenait. En 2003, il avait cédé 5% à cinq distributeurs du groupe. Puis, afin de régler la facture du litige fiscal intervenu entre lui et Vartan Sirmakes, l’autre cofondateur de la marque, il avait revendu au groupe un second paquet d’actions (10%). Rappelons que tous deux avaient fait l’objet d’un redressement fiscal.

Enfin, il y a quatre ans, l’horloger a cédé les 35% restants au groupe, et donc à Vartan Sirmakes. «Lors de ce deal, il était aussi convenu que je continue à représenter la marque. Un mandat renouvelable d’année en année dans lequel je m’engageais à effectuer une dizaine de représentations par an à travers le monde. Mais comme cela tombait fréquemment pendant les vacances de mes enfants, je suis en train de négocier une formule de mandats plus ponctuels.»

Cela étant précisé, Franck Muller a explicité les raisons de sa colère envers la Fondation de la haute horlogerie. Constatant les velléités de cette dernière à créer un label «haute horlogerie» et découvrant avec stupeur que la maison Franck Muller n’avait pas reçu le fameux sésame, l’horloger émet quelques critiques.

«Je constate qu’ils ont décidé de faire un vrai melting-pot en mélangeant des critères très variés (distribution et service après-vente, formations, image de marque et communication, etc.,ndlr.). Ma première question concerne le quartz. Peut-on produire une majorité de montres à quartz et bénéficier du label haute horlogerie? Par ailleurs, ne devrait-on pas avoir la maîtrise à l’interne de la fabrication des complications? A mon sens, en nous excluant de la haute horlogerie, ce Livre blanc n’est pas crédible. C’est oublier un peu vite que nous avons à notre actif la plupart des premières mondiales en matière de complications pour les montres-bracelets.» Autant de critiques auxquelles les représentants de la Fondation de la haute horlogerie ont tenté de répondre (voir l’encadré). 

«Nous avons payé le prix fort»

«J’ai été membre du comité organisant le Salon international de la haute horlogerie (SIHH) pendant près de cinq ans. Je reste d’ailleurs reconnaissant envers Alain-Dominique Perrin. Lorsqu’il a décidé de quitter Bâle avec Baume & Mercier, Piaget et Cartier pour créer le SIHH en 1991, il n’y avait que deux marques en dehors du groupe Richemont parmi les exposants: Gérald Genta et Daniel Roth. N’oublions pas que Cartier produisait des montres à quartz à l’époque et encore aujourd’hui. Suite à la démission de Daniel Roth, Alain-Dominique Perrin a accepté que je le rejoigne dès l’édition 1992. A l’époque, je venais de m’associer avec Vartan Sirmakes et d’ouvrir une boutique au Japon. Il est venu m’acheter une montre sans demander le moindre rabais, pour s’assurer de la justesse de son choix. Trois ans après, en tant que membre du comité des exposants, je reçois une convocation avec pour ordre du jour: définition de la haute horlogerie. Or, un des articles de l’époque disait en substance: ce n’est pas la production en nombre de montres à quartz ou mécaniques qui est prépondérant mais la valeur produite. Autrement dit: en réalisant 300 montres mécaniques d’une valeur dépassant la production de montres à quartz, on peut faire partie de la haute horlogerie. En tant qu’horloger, je ne pouvais y adhérer. J’ai voté non. Il m’a ainsi fallu quitter le SIHH pour une question de cohérence. Dès lors, nous avons créé le World Presentation de la haute horlogerie sur notre site de Genthod.»

«A l’époque, Gianni Versace, avec qui j’étais très ami, m’a expliqué qu’il avait été le premier à organiser ses défilés à Milan et non plus à Rome. Il me disait: «Il faut savoir passer sous les ponts.» Cela m’a aidé un peu, même si à l’époque j’en ai beaucoup souffert. Il faut dire que nous en avons payé le prix fort. Du jour au lendemain, nous avions perdu toute visibilité.» 

Franck Muller précise néanmoins ne pas être opposé pour autant aux montres à quartz: «Même Patek Philippe en fait. Nous nous sommes mis à en faire nous aussi, pour certains modèles féminins.» 

 

Serge Guertchakoff

RÉDACTEUR EN CHEF DE BILAN

Lui écrire

Serge Guertchakoff est rédacteur en chef de Bilan et auteur de quatre livres, dont l'un sur le secret bancaire. Journaliste d'investigation spécialiste de l'immobilier, des RH ou encore des PME en général, il est également à l'initiative du supplément Immoluxe et du numéro dédié aux 300 plus riches. Après avoir été rédacteur en chef adjoint de Bilan de 2014 à 2019, il a pris la succession de Myret Zaki en juin de cette année.

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