Bilan

Fischer Connectors délocalise au Portugal

La construction d’une nouvelle usine près de Porto va réduire ses coûts de production. A Saint-Prex (VD), jusqu’à 50 postes devraient être supprimés.

Jonathan Brossard, 32 ans, dirige depuis quatre ans le groupe familial de 550 employés.

Crédits: PHOTO: Darrin Vanselow

«Avec 95% de notre production exportée, nous devons être plus proches de nos marchés.» A 32 ans, Jonathan Brossard dirige un groupe familial de 550 employés répartis sur trois continents et dont le siège mondial se situe à Saint-Prex (VD). Le jeune CEO de Fischer Connectors est à la veille d’annoncer à son personnel un tournant décisif pour l’entreprise leader des connecteurs et câblage à haute fiabilité depuis soixante-cinq ans.

Alors que ses prédécesseurs ont concentré toute la production et le centre de recherche et développement sous un même toit, l’évolution du marché et les risques opérationnels liés à un site unique vont entraîner des changements: «Une extension décentralisée de notre empreinte industrielle au niveau international s’impose. Les règles ont changé: nous sommes passés à une logique toujours plus marquée de prix et de rapidité de livraison. Cela passera d’ici à deux ans par un déplacement géographique d’une partie des opérations liées à l’assemblage des connecteurs. Et par le développement, en parallèle, de solutions à haute technicité capables de façonner l’avenir de la connectivité, lesquelles seront majoritairement conçues en Suisse.»

Des coûts plus compétitifs

L’usine de Saint-Prex est située à 2 minutes du lac face au Mont-Blanc dans l’un des endroits où les coûts de production sont parmi les plus élevés au monde: «Tout cela pour fabriquer des connecteurs dont le prix varie de 30 à 70 francs pièce. Le Swiss made a été un atout, mais aujourd’hui notre nom lui-même est devenu synonyme de qualité et de fiabilité», constate le jeune patron qui a pris la tête de l’entreprise il y a quatre ans. Le groupe va donc investir dans une nouvelle unité de production qui aura ses propres compétences en termes de planification et d’achat.

Ne pas réaliser ce projet serait faillir à mon rôle, même si cela me coûte humainement de devoir nous séparer de collaborateurs
Jonathan Brossard, CEO

C’est au nord du Portugal, à Amarante, à 30 km de Porto, que Fischer Connectors a trouvé un savoir-faire industriel et un environnement culturel pour y construire une usine d’assemblage des connecteurs. Les coûts opérationnels y seront compétitifs pour répondre aux attentes des clients. Le groupe va aussi bénéficier d’aides européennes, sans que celles-ci n’aient été déterminantes dans ce choix stratégique.

Jusqu’à présent, les connecteurs du groupe Fischer n’avaient jamais été produits ailleurs qu’en terre vaudoise. En Inde, il existe bien un outil d’assemblage surtout destiné au marché indien, de même qu’aux Etats-Unis, à Atlanta, et en Allemagne près de Munich, mais il s’agit principalement de la production de câblages liés au catalogue de 30 000 pièces de connecteurs produites et assemblées à Saint-Prex. 

Dès 2023, deux tiers des connecteurs devraient être assemblés au Portugal. Il est prévu de commencer par quelque 40 à 50 employés, mais à terme les capacités devraient être portées à plusieurs centaines de collaborateurs. 

Dans une même proportion, 30 à 50 postes devraient être supprimés à Saint-Prex d’ici à 2023. Pour autant, le site lémanique, qui a vu ses effectifs gonfler d’une centaine d’employés ces cinq dernières années, restera le siège stratégique. Il hébergera les services généraux, gardera ses unités de décolletage et se concentrera sur la production à haute valeur ajoutée ainsi que sur la recherche et développement.

Dès 2023, l’usine d’Amarante assemblera les deux tiers des connecteurs.
PHOTO : DR

Un milliard de chiffre d’affaires

La direction ne cache pas son ambition de passer à 1 milliard de chiffre d’affaires d’ici à 2030-2031, en cumulant toutes ses activités. A lui seul, le secteur est en plein essor avec une progression de 4 à 5% par année, hors pandémie. Il existe une dizaine d’acteurs mondiaux qui dépassent le milliard de dollars pour un volume global de 65 milliards de chiffre d’affaires: «C’est un marché de niche qui suscite beaucoup de convoitise, mais qui devient aussi de plus en plus concurrentiel. Dans un monde globalisé où les règles sont internationales, on ne peut pas se limiter à une présence industrielle locale. Cela nous pousserait à répercuter des coûts opérationnels élevés sur les prix que les clients ne sont pas prêts à payer.»

Entre 2016 et 2019, la croissance du groupe a d’ailleurs augmenté de plus de 50%. Jonathan Brossard estime que ce secteur peut encore doubler dans les années à venir. Pas de n’importe quelle manière: «Le monde s’est endetté sérieusement avec la crise du Covid-19, ce qui exacerbe encore la concurrence déjà forte sur ce marché particulier. Saint-Prex doit par conséquent s’adapter sans se désinvestir, bien au contraire.»

A l’avenir, l’usine de Saint-Prex poursuivra une partie de sa production, mais surtout orientée vers la fabrication à haute valeur ajoutée, notamment l’herméticité pour les applications marines ou dans le vide. Le terrain imaginé à l’origine pour une extension future accueille des ruches. Des abeilles à la place d’une ruche industrielle… «Ne pas réaliser ce projet au Portugal serait faillir à mon rôle et à mes responsabilités, même si cela me coûte humainement de devoir nous séparer de collaborateurs. Fidèles à nos valeurs, nous le ferons le moment venu dans les règles et avec le plus grand respect.»


Le soldat connecté

Fischer Connectors vise notamment le secteur du «wearing», tel un gilet connecté qui permet d’intégrer des appareils (caméras, radios, etc.) sans alourdir l’équipement. Le militaire redoute en effet les ondes, qui le rendent détectable. La solution passe par un écosystème électronique alimenté par une batterie, relié à une centrale de communication. De quoi intéresser aussi le policier, le pompier, l’agent de sécurité ou l’ouvrier de chantier.

Grivatolivier
Olivier Grivat

JOURNALISTE

Lui écrire

Olivier Grivat est journaliste indépendant après avoir été rédacteur en chef adjoint de 24 Heures et travaillé 30 ans chez Edipresse. Licencié en droit, il s’est spécialisé dans les reportages et les sujets économiques (transports, énergie, tourisme et hôtellerie). Il a écrit plusieurs ouvrages, notamment sur la jeunesse suisse du roi de Thaïlande et la marine suisse de haute mer.

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