Bilan

Faut-il repenser les aides?

Créer un fonds souverain suisse, privilégier l’entrepreneuriat hors des grandes écoles, mutualiser les ressources: présentation de quelques pistes pour mieux soutenir les entreprises.

Nadine Reichenthal rêve d’un fonds souverain, comme en Allemagne.

Crédits: Odile Meylan

Nadine Reichenthal a sélectionné des startups pour Venturelab en Suisse romande durant huit ans. «La CTI finançait 20% des projets, ceux qui étaient dans la ligne deeptech. Mais une partie de ces 20% quittait la Suisse.» Ayant fait un bilan «post-mortem» de cette activité, elle conclut: «Au final, cela a apporté peu de valeur ajoutée locale, alors que les aides sont payées par les impôts.» Ancienne créatrice de l’accélérateur de l’UNIL, Nadine Reichenthal prône d’encourager la valeur ajoutée locale. «Il ne s’agit pas forcément de créer le prochain Google, mais d’avoir un impact sur l’économie romande.»

Autre leçon apprise de ses dix années de coaching: «Il ne faut pas que les startups dépendent à l’excès de grandes entreprises intéressées à acheter des cerveaux et de l’innovation dans un but commercial, car ces ressources ne resteront pas forcément en Suisse. Et il faut que la recherche non corporate puisse être mieux financée.» Elle souligne l’insuffisance des fonds pour soutenir non pas la recherche, mais les entreprises directement: hors du monde académique, point de financement public, résume-t-elle, car on craint la distorsion de concurrence. Solution: «Depuis quinze ans, je défends l’idée de créer un fonds souverain à l’égal de ce qui se fait en Allemagne ou en Norvège, pour soutenir les petits commerces autant que les startups.»

Au niveau national, Innosuisse (ex-CTI) soutient des axes stratégiques comme les biotechs, medtechs, l’ICT ou l’innovation sociale. Douglas Finazzi, représentant de l’Institut für Jungunternehmen (IFJ) en Suisse romande, estime qu’il faudrait «favoriser davantage les jeunes entreprises qui ne sont pas passées par le circuit des hautes écoles». Il cite l’exemple d’une success story romande, celle de l’entrepreneur immigré kurde, Serhat Açig, titulaire d’un CFC, arrivé en 2003 dans le centre de réfugiés de Sainte-Croix, et dont la startup de pressing écologique a disrupté son secteur. «Ces petits entrepreneurs ultramotivés peuvent réaliser des prouesses avec quelques coups de pouce.» Douglas Finazzi souligne aussi le frein culturel: «Quels que soient les financements reçus, il faut sortir de l’entrepreneuriat de confort. Aux Etats-Unis, les gens lancent des entreprises pour survivre. En Suisse, nombre de jeunes ne sont pas prêts à prendre de risques et préfèrent un salaire régulier.» Il rédige en ce moment une bande dessinée sur l’entrepreneuriat destinée aux jeunes. A l’instar de l’initiative Graines d’entrepreneurs lancée par Nadine Reichenthal et Laurence Halifi dans les écoles, il s’agit selon lui d’«inculquer l’esprit d’initiative déjà, avant de créer des licornes».

«A moins d’avoir une réserve de liquidités suffisante, il est impossible, voire très difficile, de créer une entreprise en Suisse», estime Maité Florentin, fondatrice du site de partage de services B2B Cherry. Le projet est en attente de financement. «J’ai besoin d’aide pour le réaliser, témoigne l’entrepreneure. Un système de partage permettrait aux sociétés déjà installées et rentables, d’aider les plus jeunes en partageant leurs ressources à disposition, suggère-t-elle. Cela peut se faire en partageant locaux, matériel et compétences afin de réduire les frais des startups. C’est ce que j’essaie de faire connaître avec B2B Cherry.»

Elle voit un potentiel élevé dans la mutualisation des ressources des entreprises en général, afin de réaliser des économies en limitant le gaspillage et de valoriser les actifs dormants. Enfin, Maité Florentin estime elle aussi qu’il faut que les aides publiques allouées aux fondateur(trices) sur sélection de dossier le soient sur la base de critères plus larges qu’actuellement: «Pour qui sort d’une formation, ou se trouve en situation de chômage ou autre, ce qui existe actuellement ne permet pas de se lancer.»

Maité Florentin prône la mutualisation des ressources des entreprises. (Crédits: Odile Meylan)
Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

Myret Zaki est journaliste indépendante et responsable de la Filière communication au CFJM (Centre de formation au journalisme et aux médias). Entre 2010 et 2019, elle a travaillé au magazine Bilan, assumant la rédaction en chef à partir de 2014. Elle avait auparavant travaillé au Temps de 2001 à 2009, dirigeant les pages financières du journal. Ses débuts, elle les avait faits à la banque Lombard Odier dès 1997, où elle a appris les fondements de l'analyse boursière. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage d'investigation, "UBS, les dessous d'un scandale" qui lui vaut le prix Schweizer Journalist. En 2010, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale", puis en 2011 "La fin du dollar" qui prédit la fin du statut de monnaie de réserve du billet vert. En 2016 elle signe «La finance de l'ombre a pris le contrôle».

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