Bilan

Faire noter sa dette, combien ça coûte?

Obtenir une note de Fitch, Standard & Poor's ou Moody's permet à une entreprise de négocier au mieux son financement. Mais quel est le coût de cet examen et de la note? Une étude bfinance répond à cette question.
  • Pour obtenir des conditions avantageuses de financement, les entreprises sont de plus en plus souvent obligées de faire évaluer l'exposition au risque pour les investisseurs, via les agences de notation. Crédits: Keystone
  • Une récente étude bfinance a interrogé 30 émetteurs de dette: 96% d'entre eux font appelà Standard & Poor's. Crédits: Reuters
  • Pour 80% des émetteurs interrogés par bfinance, Moody's a été sollicitée pour noter la dette. Crédits: Reuters
  • Fitch est moins présente que ses deux grande concurrentes mais note tout de même 31% du panel interrogé par bfinance. Crédits: Reuters
  • Les récents accords dits de Bâle III devraient contribuer indirectement à restreindre l'accès aux marchés bancaires et donc renforcer le rôle des agences de notation. Crédits: Keystone
A l'heure du rendez-vous chez les investisseurs, les chefs d'entreprises tentent de négocier au mieux les conditions du financement. Et dans leur jeu, la meilleure carte est en général une bonne note attribué par l'une de ces trois agences qui font trembler le monde: Fitch, Moody's et Standard & Poor's.

Mais cette note a un coût. Selon une enquête bfinance reprise par le quotidien français La Tribune, la facture dépasserait les 300'000 francs. Or, la règle étant de présenter deux notes au moins, le budget dévolu à ce poste dépasserait en général les 600'000 francs annuels. Avec les commissions fixes et variables, basées sur les montants de dette émis, ce chiffre peut même doubler pour certaines.

Une facture en constante augmentation

Et cette facture devrait gonfler dans les années à venir: les accords de Bâle III, qui fixent les règles devant aboutir au renforcement des fonds propres des banques, devrait rendre plus difficile l'accès au financement bancaire. Et l'accès au marché financier ne pouvant s'imaginer sans le bulletin des agences de notation, ces dernières vont être davantage sollicitées et sans doute revoir leurs tarifs à la hausse.

Cette hausse est déjà entamée: bfinance estime à 10% en moyenne la hausse du coût moyen de la notation au cours des douze derniers mois. Et certaines entreprises interrogées évoquent des augmentations bien plus fortes: +15% selon 27% des émetteurs sondés et jusqu'à 60% selon quelques uns.

La note des agences devenue indispensable

Car, si les agences de notation sont devenues familières du grand public ces dernières années avec la crise de la dette dans la zone euro, elles ont aussi joué sur leur rôle vis-à-vis des entreprises: «les agences exercent une pression croissante sur les émetteurs pour que ces derniers fassent noter non plus seulement leur dette obligataire, mais également leur dette bancaire», indique Didier Philouze, directeur associé chez bfinance à La Tribune.

Leur argument? Si les entreprises ont obtenu de bonnes conditions de financement, c'est grâce à la note attribuée par elles... Et dans l'enquête de bfinance, les cadres dirigeants le reconnaissent: la note d'une des trois grandes est devenue «indispensable» pour négocier un bon financement: «Se faire noter permet d'acquérir une visibilité auprès des investisseurs».

Les raisons du surcoût

Incontournables, les agences de notation le sont d'autant plus qu'elles ne sont pas pléthore sur le marché: sur les 30 émetteurs interrogés par bfinance, 96% sont notés par Standard & Poor's, 80% par Moody's, et 31% seulement par Fitch, note La Tribune.

Du côté des agences, bfinance a obtenu des réponses quant aux tarifs en hausse: réalignement de prix avantageux accordés à certains émetteurs historiques, complexité croissante des outils de financement émis par les entreprises, investissements consentis par les agences elles-mêmes pour répondre aux critères de transparence de l'ESMA, autorité européenne des marchés financiers.

Si les chefs d'entreprises se plaignent de ces tarifs, ils sont contraints de continuer à faire appel aux agences une fois leur dette notée une fois au moins. Y renoncer serait suspect aux yeux des investisseurs et renchérirait significativement leur financement. Bien au-delà de ce qu'ils pourraient raisonnablement supporter.

Sans oublier que la notation d'une agence constitue une conditions sine qua non pour certains fonds obligataires.

Une nouvelle concurrence sur les PME et les ETI

Le véritable défi ne se situe évidemment pas au niveau des multinationales, mais des PME et les ETI (entreprises de taille intermédiaire), qui vont se retrouver en première ligne quand les banques restreindront l'accès au crédit pour se mettre en conformité avec les accords Bâle III.

Pour ces entreprises, une offre alternative a vu le jour récemment, avec des prestations spécialement adaptées à des sociétés de taille réduite. Scope Ratings a notamment réussi à se faire une place au soleil.

Face à cette nouvelle concurrence, les trois géants se doivent de réagir. De plus, de nouvelles règles ont été édictées par les autorités. «S&P et Moody's sont en train de travailler à une méthodologie de notation spécifique aux PME et aux ETI, avec un coût significativement moins élevé que celui en vigueur pour les grands émetteurs», indique David Laugier, directeur associé chez bfinance.
Matthieu Hoffstetter
Matthieu Hoffstetter

JOURNALISTE À BILAN

Lui écrire

Titulaire d'une maîtrise en histoire et d'un Master de journalisme, Matthieu Hoffstetter débute sa carrière en 2004 au sein des Dernières Nouvelles d'Alsace. Pendant plus de huit ans, il va ensuite couvrir l'actualité suisse et transfrontalière à Bâle pour le compte de ce quotidien régional français. En 2013, il rejoint Bilan et se spécialise dans les sujets liés à l'innovation, aux startups, et passe avec plaisir du web au print et inversement. Il contribue également aux suppléments, dont Bilan Luxe. Et réalise des sujets vidéo sur des sujets très variés (tourisme, startups, technologie, luxe).

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