Bilan

Andrea Pfeifer: «Face à l'Alzheimer, les vaccins constituent la stratégie la plus prometteuse»

Andrea Pfeifer, CEO de la société lausannoise AC Immune, se réjouit de l’approbation par la FDA, l'autorité américaine des médicaments, du traitement de Biogen contre la maladie d'Alzheimer. Cette décision devrait contribuer favorablement à faire avancer la recherche.

Andrea Pfeifer, directrice de la société lausannoise AC Immune

Crédits: DR

Pour la première fois en près de vingt ans, les autorités sanitaires américaines ont autorisé, le 7 juin, un nouveau traitement contre la maladie d'Alzheimer. Il s’agit de l’Aduhelm, produit par l’entreprise américaine Biogen. Ce médicament est dirigé contre la cause de la maladie, la présence de plaques bêta-amyloïdes dans le cerveau.

Essais cliniques après essais cliniques, toutes les autres tentatives des sociétés pharmaceutiques en matière de lutte contre la maladie d'Alzheimer ont échoué. Après avoir mis un terme, en janvier 2019, à deux études de phase III sur l'anticorps monoclonal crenezumab dans la maladie d’Alzheimer, la société lausannoise AC Immune et son partenaire Genentech/Roche continuent de l’étudier en phase II afin de prévenir une forme génétique d’Alzheimer.

Andrea Pfeifer, la directrice d'AC Immune, réagit à l’approbation par la FDA d’un premier traitement contre l’Alzheimer.

L’approbation de l'Aduhelm, est-elle une bonne nouvelle pour les patients?

Andrea Pfeifer: La nouvelle est un signe d'espoir pour les millions de personnes touchées par cette maladie neurodégénérative dévastatrice pour laquelle il n’existait jusqu’ici aucun traitement. Toute option de traitement ayant un impact positif sur la maladie est une bonne nouvelle.

Rappelons que le nombre de personnes souffrant de la maladie d’Alzheimer, forme la plus courante de démence, est en hausse. Environ 50 millions de personnes dans le monde sont atteintes de démence. En Suisse, selon les estimations, 144'300* personnes sont atteintes de démence et on dénombre 30'910* nouveaux cas chaque année.

La maladie d’Alzheimer est complexe, et au-delà de l’approbation d’Aduhelm ciblant la protéine Abeta, elle reste difficile à traiter car chaque patient présente un profil différent. Notre conviction est que c’est une maladie à cibles multiples, avec plusieurs co-pathologies. C’est pourquoi nous défendons une approche thérapeutique combinée qui viserait toutes les cibles validées de la neurodégénérescence.

Quelle est votre réaction par rapport à la décision de la FDA? En novembre dernier, un comité d'expert s'était pourtant prononcé contre une autorisation, jugeant que le traitement de Biogen n'avait pas suffisamment fait preuve de son efficacité. Quelle est votre réaction?

Beaucoup de choses ont été écrites sur les pours et les contres du produit de Biogen. L'Aduhelm constitue désormais un précédent et renforce considérablement les possibilités de développement de nouveaux médicaments dans les maladies neurodégénératives.

Par ailleurs, les données de l'étude de confirmation demandée à Biogen par la FDA pourraient contribuer favorablement à faire avancer la recherche et mettre au point de nouveaux traitements avec une meilleure efficacité.

Il faut saluer le choix de la FDA d'avoir accepté une étude pivot positive comme base de décision dans les maladies où les besoins ne sont pas couverts. Ce faisant, l'Agence renforce considérablement les possibilités de développement pour des nouveaux traitements dans la maladie d’Alzheimer et d'autres maladies neurodégénératives pour lesquelles il existe peu ou pas d'options thérapeutiques.

Est-ce que cela redonne de l'espoir à l'anticorps monoclonal crenezumab d’AC Immune et Genentech? Pensez-vous relancer les études de phase III liées à ce traitement qui s'attaque aussi à la formation de plaques amyloïdes?

Le crenezumab est développé en partenariat avec Genentech/Roche. Toute décision concernant le développement clinique relève de la responsabilité de Genentech/Roche, il n'est donc pas approprié pour nous de faire des commentaires. Il convient de rappeler cependant qu'une étude de prévention à long terme de phase 2 du crenezumab est en cours en Colombie à travers l'Initiative de Prévention de la maladie d'Alzheimer (API). Nous attendons de nouvelles données de cette étude en 2022.

Comment expliquez-vous la forte hausse du titre d'AC Immune après l’annonce de Biogen?

La forte hausse de notre titre est évidemment liée à l’annonce de l’approbation d’Aduhelm ainsi qu’aux excellentes données cliniques que nous avons récemment présenté autour de nos vaccins contre la maladie d’Alzheimer, signe qu’un premier traitement thérapeutique dans la maladie d’Alzheimer suscite un énorme intérêt des marchés financiers.

Ceci étant dit, AC Immune a une approche diversifiée portant sur des cibles cliniquement validées ainsi que des cibles émergentes. Avec cinq candidats en phase 2 et des étapes à court terme dans des indications importantes et orphelines, nous continuons à faire preuve d'une forte progression dans l'ensemble de notre pipeline avec des annonces de résultats cliniques prévues au deuxième semestre.

Notre portefeuille de produits comprend actuellement neuf candidats thérapeutiques et trois candidats diagnostiques, dont six sont en cours d'essais cliniques. Ceux-ci forment la base d’un pipeline complet et avancé dans les maladies neurodégénératives. De plus, nos deux plate-formes technologiques, SupraAntigen™ et Morphomer™ continuent de générer des molécules qui ont le potentiel de devenir de futurs candidats en vaccins, diagnostiques et traitements thérapeutiques.

Avez-vous procédé à des restructurations au sein d'AC Immune? Combien de personnes travaillent actuellement chez AC Immune?

AC Immune a été fondée en 2003 avec six employés. La société continue de grandir, et nous avons maintenant 146 salariés au total. Nous n’avons donc jamais eu à déplorer de restructuration.

Aujourd’hui AC Immune dispose d'une position financière solide, avec 216,1 millions de francs suisses de trésorerie au 31 mars 2021, ce qui garantit que la société est entièrement financée jusqu'au premier trimestre 2024. De plus, nous avons conclu des partenariats avec plusieurs grandes sociétés pharmaceutiques, notamment Eli Lilly and Company, Genentech, membre du groupe Roche, et Janssen Pharmaceuticals, ce qui témoigne de la solidité de nos technologies et de notre portefeuille de produits. Dans l'ensemble, ces accords de partenariat ont une valeur potentielle totale de plus de 3,3 milliards de francs suisses.

Quels sont les projets en cours d'AC Immune?

Depuis nos débuts nous nous sommes concentrés sur les maladies neurodégénératives et la maladie d’Alzheimer en particulier. Nos années de recherche nous ont démontré l’importance d’intervenir plus tôt dans la maladie, la nécessité de cibler des populations plus homogènes, et de diagnostiquer précisément les pathologies présentes chez chaque patient individuellement.

Nous estimons que l'immunisation à long terme avec des vaccins représente la stratégie la plus prometteuse car elle pourrait servir non seulement pour le traitement, mais potentiellement la prévention de la maladie d’Alzheimer et ainsi prévenir le déclin cognitif.

Afin de couvrir la large gamme de co-pathologies et d’en permettre le diagnostic, notre portefeuille de produits pré-cliniques et cliniques comprend 12 candidats parmi lesquels des vaccins préventifs, des candidats diagnostiques et des candidats thérapeutiques ciblant les protéines validées, tel que Abeta et Tau, ainsi que des protéines plus récemment impliquées dans le développement de la maladie : l’alpha-synucléine, la TDP-43 et l’inflammasome NLRP3.

Quels sont les résultats concernant vos vaccins?

Récemment nous avons annoncé des résultats prometteurs sur deux de nos vaccins. L’ACI-35.030 qui est le premier candidat vaccin contre la maladie d’Alzheimer conçu pour générer des anticorps ciblant spécifiquement les protéines Tau phosphorylés (pTau) pathologiques dans le cerveau. Les anticorps anti-pTau générés en permanence dans l'organisme par l'ACI-35.030 ont le potentiel de réduire et de prévenir la propagation de la pathologie Tau, qui est une caractéristique majeure de la maladie d’Alzheimer.

Notre deuxième vaccin anti-Abeta ACI-24 a complété avec succès une étude clinique de phase 1b chez les patients vivant avec la Trisomie 21, une population particulièrement prédisposée à développer des symptômes comparables à ceux observés dans la maladie d’Alzheimer, et est également en phase 2 dans l’Alzheimer. Ce vaccin a montré sa capacité à générer des anticorps ciblant la protéine Abeta et une bonne innocuité. Les résultats scientifiques issus de l’étude de ce vaccin dans la Trisomie 21 seront présentés très prochainement au congrès mondial de l’Alzheimer's Association International Conference (AAIC) à Denver, les 26-30 juillet.

*Sources: .07.01F_2020_faits-demence-suisse-neu-web.pdf (alzheimer-schweiz.ch)



Bloch Ghislaine NB
Ghislaine Bloch

Journaliste

Lui écrire

Ghislaine Bloch a découvert le monde de la vidéo et du reportage dès son adolescence. Après l'obtention d'un master à la Faculté des Hautes Etudes Commerciales de l'Université de Lausanne, elle démarre sa carrière à L'Agefi où elle effectue son stage de journaliste. Puis elle rejoint le quotidien Le Temps en 2004 où elle se spécialise dans les sujets liés aux start-up, à l'innovation, aux PME et à la technologie. Des thématiques qu'elle continue de traiter chez Bilan depuis 2019.

Du même auteur:

ADC Therapeutics va entrer en Bourse
Andrea Pfeifer: AC Immune «mise surtout sur la prévention face à Alzheimer»

Les newsletters de Bilan

Le cercle des lecteurs

Le Cercle des Lecteurs est une plate-forme d'échanger sur tout ce qui touche votre magazine. C'est le reflet de vos opinions, et votre porte-parole le plus fidèle. Plus d'info


Merci de votre inscription
Ups, l'inscription n'a pas fonctionné
Image Footer

"Tout ce qui compte.
Pour vous."