Bilan

Face à la crise, les PME suisses se réinventent et investissent

Plus de la moitié des petites et moyennes entreprises (PME) suisses n'avaient pas retrouvé leur niveau d'avant-crise ou en géraient encore la phase aigüe à la veille de la seconde vague automnale de contaminations au Covid-19. Un mauvais signe pour Credit Suisse, qui estime toutefois que les aides mises en place par les autorités fédérales ont permis d'éviter un déferlement de licenciements. Les firmes helvétiques cherchent d'ailleurs à transformer leur modèle économique ou à investir pour survivre.

Près d'une PME sur deux a modifié son modèle commercial durant la crise pour s'adapter aux nouveaux besoins de la clientèle.

Crédits: DR

Face à la crise pandémique et aux mesures de confinement décidées pour l'endiguer, les PME ne sont pas toutes à pied d'égalité. Ainsi, selon l'étude "Moniteur Suisse" dévoilée par Credit Suisse mardi, il n'y a qu'entre 2 et 5% des petites et moyennes entreprises actives dans l'industrie ou la construction qui étaient en gestion de crise aigüe à la mi-septembre, contre 16% pour le reste du secteur tertiaire.

A l'évidence, le secteur de l'hôtellerie, la restauration et certains services à la personne (coiffure, esthétique) ont fortement souffert des mesures de restriction.

L'important soutien financier accordé par le Conseil fédéral aux entreprises - 70 milliards de francs rien que sur la période mars/mai 2020 - a permis selon la banque aux deux voiles d'éviter une vague de licenciements. Selon l'enquête, seulement 4% des PME ont été contraintes de se séparer d'employés au printemps.

Se transformer pour résist
er

Pour Sara Carnazzi, co-auteure de l'étude et économiste auprès de la grande banque, "62% d'entre elles ont fait appel à l'indemnité pour réduction de l'horaire de travail entre mars et mai". Le chômage partiel a donc contribué à la sauvegarde des emplois. "Nous ne prévoyons pas non plus une vague de licenciements en 2021, même si le taux de chômage risque d'être plus élevé", précise l'experte lors d'une conférence de presse.

Par ailleurs, le contexte économique morose pousse les entreprises à remettre en cause leur modèle commercial. "Pour une PME sur dix, la crise a même été perçue comme une chance de se réorienter", affirme Mme Carnazzi.

L'étude révèle ainsi que près d'une PME sur deux a modifié son modèle commercial durant la crise pour s'adapter aux nouveaux besoins de la clientèle. Ces modifications resteront en vigueur après la crise dans 24% d'entre elles, 21% ayant opté pour des adaptations temporaires.

Martial Décoppet, responsable PME en Suisse romande, tempère toutefois: "toutes les entreprises remettent en question leur modèle commercial mais à des rythmes différents et à des ampleurs différentes".

51% des micro-entreprises ont ainsi opté pour une évolution depuis le début de la pandémie, contre 40% chez les moyennes entreprises. "Il semble donc que les micro-entreprises soient un peu plus agiles que leurs pendants de taille moyenne", conclut les auteurs de l'enquête.

Le télétravail est par exemple devenu de plus en plus répandu parmi les PME. "Pas de révolution" à l'horizon cependant pour Sara Carnazzi, qui penche plutôt pour une nouvelle forme hybride serait mise en place, entre télétravail et bureau.

Les investissements ne sont pas remis en cause


Malgré la crise, 59% des PME assurent vouloir opérer des investissements d'ici les trois prochaines années afin d'assurer "leur future croissance". Mais là encore ces projets sont dépendants de la taille de la firme, puisque 92% des moyennes entreprises y songent, alors que cela ne concerne que 43% des micro-entreprises.

Pour Mme Carnazzi, investir ou ne pas investir dépend moins de la marge de manoeuvre financière (20% des PME plébiscitent cette raison) que des incertitudes au vu de la future demande impactée par la crise (23%).

Les petites et moyennes entreprises helvétiques devront continuer à naviguer dans un climat marqué par une forte volatilité. De l'aveu même de Maxime Botteron, économiste auprès de Credit Suisse et qui a contribué aux prévisions du PIB pour 2021, "il y a forcément une part d'incertitude lorsqu'on fait face à une telle volatilité du produit intérieur brut comme cette année".

Credit Suisse prévoit un PIB en chute de 3,2% en 2020, un repli similaire à celui qui avait suivi la crise financière de 2009. La reprise devrait quant à elle être "extrêmement modérée" au début de l'année prochaine.

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