Bilan

Face à la crise, des startups agissent

Le marché n’est pas mort et offre de multiples occasions de briller, d’innover et de proposer des conseils utiles, selon divers témoignages recueillis en Suisse romande.

  • Chris Colaco (consultant en formation)

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  • Isabelle Bonnal (PositivBuzz)

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  • Marie-France Martinez (ZeBrigad)

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  • Cyrus Fazel (SwissBorg)

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C’est décidé, Swissborg va lancer la «wealth app», son produit phare, en plein coronavirus. Cette application de trading à haute vitesse de cryptomonnaies et de devises était très attendue par les investisseurs et la communauté de la société fondée en 2017 à Lausanne par Cyrus Fazel et Anthony Lesoismier-Geniaux. Un «live launch» en période de gel des activités fait sens pour les fondateurs, qui y voient «une opportunité de faire du trading et de l’arbitrage depuis chez soi, alors que tout le monde est sur son écran».

Alexander Fazel, chargé de la communication, veut organiser un événement virtuel à l’occasion du lancement. «Nous testons différents outils de conférence virtuelle, de type remo.co.» Découragés par la crise? Plutôt l’inverse. «Décentralisés depuis notre création, nous avons l’habitude de travailler à distance avec Slack et Hangout, ayant des bureaux à Londres, au Canada, au Japon et en Ukraine», répond Alexander Fazel. «Avec le travail à distance, on ne peut plus contrôler les employés de la même façon et on est appelés à collaborer, à devenir des membres d’une communauté, chacun a une voix, est responsabilisé», ajoute Cyrus Fazel, pour lequel employés et communauté ne feront qu’un à terme. Pour Anthony Lesoismier-Geniaux, les structures de gouvernance et de pilotage datent de l’âge industriel et doivent évoluer. Il adhère aux valeurs de responsive.org, mouvement international né aux Etats-Unis, dont le manifeste encourage l’échange ouvert d’informations et le décloisonnement des entreprises (ou plutôt communautés) à travers le monde, ce qui repose essentiellement sur le virtuel. «La transition des grands groupes va s’accélérer, elle aussi.»

«La crise du Covid-19 est aussi une opportunité pour innover», annonce le pôle d’innovation neuchâtelois Microcity, qui a lancé le 31 mars une bière locale avec la brasserie artisanale Celestial, à Marin. Commercialisée en ligne et livrée à domicile, la bière sera proposée en version blonde et pale-ale, et les bénéfices de la vente seront 100% investis dans un fonds de soutien à l’innovation destiné aux PME, startups et entrepreneurs neuchâtelois.

Redéfinir les offres

Cette attitude offensive se retrouve chez un certain nombre d’entreprises, observe Isabelle Bonnal, qui a fondé PositivBuzz en 2016 pour conseiller les sociétés sur leur positionnement. «Certaines entreprises m’ont dit que c’est le moment pour elles de se réinventer et souhaitent que j’accompagne leurs équipes pour redéfinir leurs valeurs et leur offre, sachant que les attentes du marché vont être différentes après la crise.» Elle profite donc de cette période pour s’impliquer dans les grandes réflexions des clients qui anticipent l’après-crise, des entreprises qui veulent réfléchir à des aspects plus fondamentaux de leur mission, à leur contribution à la société, qui veulent repositionner leurs outils de production, éventuellement pour devenir plus locaux et renforcer le tissu économique suisse. «C’est l’occasion d’un travail de fond qui ne sera pas forcément visible à travers une nouvelle pub», résume Isabelle Bonnal.

«Not just surviving, but thriving» (on ne fait pas que survivre, on prospère), résume de son côté Chris Colaco, consultant d’origine canadienne qui travaille à Genève dans la formation pour entreprises. Initialement, ses cours ont tous été reportés à la mi-mai en raison du confinement et des interdictions de voyage. «J’ai décidé que c’était l’opportunité de déplacer tout mon travail vers le virtuel: les employés continuent d’avoir besoin d’apprendre.» Il a reformaté ses programmes pour des interactions virtuelles et appris les techniques de présentation différentes qu’implique un contact à distance, quand l’énergie fournie par l’interaction directe n’est plus là. Il a aussi appris les subtilités des webinars, d’un meeting international, régional, avec sous-groupes et «salles» de réunion parallèles. Il a adapté au virtuel sa formation née il y a un an et appelée «1 minute feedback». Il y enseigne à présent comment gérer les équipes à distance grâce à la technique du feedback et comment utiliser celle-ci pour s’améliorer dans l’art de la visioconférence. «Obtenir un feedback, à la fois positif et négatif, c’est le meilleur moyen d’apprendre, de prendre conscience de ce qu’on fait bien ou mal, et de s’améliorer.» Tout cela lui a permis de décrocher plus de travail, avec les clients existants.

Nouveaux services

Les entrepreneures Marie-France Martinez et Sandrine Doppler venaient de fonder ZeBrigad. Cet atelier de production de contenus originaux a été lancé le jour même du semi-confinement. «On devait aller visiter un bureau pour s’installer. Tout a été annulé. On a dû très vite se réinventer.» Elles ont alors lancé sur les réseaux sociaux «les recettes des Confinettes», concept utile et dans l’ère du temps: proposer pour chaque jour de confinement des recettes simples à préparer à la maison, suggérées par des chef(fe)s cuisinier(ère)s, basées sur les denrées qu’on trouve localement et bonnes pour la santé (conseillées par Positive Food).

Lydie Lecoultre, psychologue du travail basée à Gland (VD) et fondatrice de Winds of Change, a lancé quant à elle un nouveau service: une cellule stress pour le coronavirus. Il lui a fallu réactiver son réseau par e-mail, téléphone, LinkedIn, pour agir à distance. «Je propose des entretiens téléphoniques avec des collaborateurs. Ils appellent et on parle du stress aigu que certains vivent, de sujets liés à la peur. A la mort, parfois. J’aide les gens à sortir de leur zone de confort. Il y a de l’intérêt.» Les grandes entreprises étant frileuses au niveau des dépenses, elle s’est adaptée en proposant un conseil souple, qui n’exige pas d’abonnement annuel.

Zaki Myret
Myret Zaki

RÉDACTRICE EN CHEF DE BILAN de 2014 à 2019

Lui écrire

Myret Zaki est journaliste indépendante, spécialisée en économie et finance, et conseillère pour influenceurs et leaders d’opinion. Entre 2010 et 2019, elle a travaillé au magazine Bilan, assumant la rédaction en chef à partir de 2014. Elle avait auparavant travaillé au Temps de 2001 à 2009, dirigeant les pages financières du journal. Ses débuts, elle les avait faits à la banque genevoise Lombard Odier dès 1997, où elle a appris les fondements de l'analyse boursière. En octobre 2008, elle publie son premier ouvrage d'investigation, "UBS, les dessous d'un scandale". Elle obtient le prix Schweizer Journalist 2008. En 2010, elle publie "Le Secret bancaire est mort, vive l'évasion fiscale" où elle prédit que la fin du secret bancaire profitera à d'autres centres financiers. En 2011, elle publie "La fin du dollar" qui prédit la fin du billet vert comme monnaie de réserve, puis «La finance de l'ombre a pris le contrôle» en 2016.

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